L’ILLUSION VÉGANE
OU COMMENT PEUT-ON ÊTRE VÉGAN ?
Vous êtes végan ou végane, car vous refusez
la souffrance animale. Vous avez, par ce changement dans votre alimentation,
fait un acte militant pour dire que vous n'êtes pas barbare, que vous respectez
les animaux, qui sont des êtres
sentients (qui ont la capacité de souffrir). Vous allez nettement plus
loin que les végétariens dans la mesure où vous refusez tous les aliments
d’origine animale, les œufs, les produits laitiers, car vous vous opposez au
principe de l’élevage.
Ce
respect passe, pour vous, par un respect plus général de la Nature, qui vous
fait habituellement refuser aussi l'agriculture conventionnelle, car elle lutte contre un grand nombre d'animaux, "ennemis" des
cultures, qu'ils soient insectes, acariens, rongeurs, gastéropodes ou autres,
grâce à l'emploi de pesticides, d'appâts ou de pièges.
Vous
vous approvisionnez en général directement chez les producteurs quand vous en
avez la possibilité, et dans les boutiques ou rayons "bio" sinon.
Photo: http://www.vomhof.ch/fileadmin/Vomhof/Headerbilder/Hofladen_buehler.jpg
Là, vous faites une première erreur, car
les agriculteurs bio ont les mêmes problèmes, luttent aussi contre les mêmes
animaux « ennemis » des cultures, qu’ils soient insectes, acariens,
rongeurs, gastéropodes et autres, grâce à l'utilisation de pesticides, d'appâts
ou de pièges. Beaucoup de consommateurs associent l'agriculture biologique avec
la non-utilisation de pesticides. C'est absolument faux. Pourtant les enquêtes
de perception de ce qu’est l’agriculture biologique sont rares. Une enquête
récente montre que plus de la moitié des français ignore que l’agriculture
biologique utilise des pesticides.
Le bio utilise des pesticides chaque fois
que la gestion de la culture l’exige, mais d'origine naturelle, alors que les
agriculteurs conventionnels, en plus des produits naturels, ont la possibilité
des produits de synthèse. Donc il existe une vaste liste de pesticides
autorisés en agriculture biologique, qui font les mêmes effets et ont souvent
les mêmes défauts que les pesticides de synthèse. Sauf qu'ils sont d'origine
naturelle.
Sont-ils meilleurs pour autant? Non, juste
qu'ils sont d'origine naturelle et même pas toujours, d’ailleurs. On pourrait
par exemple longuement discuter l’origine naturelle de produits comme la
deltaméthrine, le spinosad, ou les phéromones, largement employés en
agriculture biologique, mais dont la SYNTHÈSE est parfaitement industrielle et
chimique.
Vous pouvez aller consulter le document http://www.agencebio.org/sites/default/files/upload/documents/3_Espace_Pro/guide_intrants_1015.pdf
Mais je m’éloigne du sujet.
Tout ça pour dire que vous achetez des aliments bio pour rester dans votre logique
philosophique. De cette manière vous vous assurez que vous n'avez aucune
incidence en relation avec l’exploitation animale et les mauvais traitements
aux animaux.
Est-ce bien certain?
Je suis au regret de vous annoncer que vous
vous trompez, sur ce point également. L'agriculture biologique utilise de
nombreux sous-produits de l'élevage. Or quand on fait de l'élevage, les animaux
vont être traits, tondus, exploités ou abattus, n’est-ce pas ?
Mais de quels sous-produits parlons-nous?
Et bien par exemple du fumier, engrais
naturel animal bien connu, dont l'origine n'est pas douteuse et qui est la base
même de la fertilisation en agriculture biologique. Evidemment, le fumier sera
issu d’élevage biologique, mais c’est tout de même de l’élevage, avec tout ce
que ça implique et que vous refusez catégoriquement.
Photo: http://www.science-et-magie.com/PLANTES/images/fumier.jpg
Mais les fumiers ne sont pas toujours
équilibrés par rapport aux besoins des plantes. Alors on peut avoir besoin
d'apporter des oligoéléments, ou des acides aminés, bref des compléments
nutritionnels pour les plantes. Une forme efficace, économique, et finalement
très fréquente pour apporter tout ça est le sang. Oui, le sang, un sous-produit
des abattoirs. Du sang de bœuf en particulier, ou de volailles, ou de mouton,
qui ne sont pas fréquemment utilisés dans l'alimentation humaine, au contraire
du sang de porc.
Si l'agriculteur a besoin de renforcer la
nutrition calcique de ses cultures, tout en apportant un complément de
phosphore, il peut aussi utiliser de la farine d'os, autre sous-produit des
abattoirs. La farine d'os peut aussi avoir un effet secondaire intéressant comme
répulsif des rongeurs, qui aiment aussi les fruits et les légumes bio.
On peut aussi parler de biopesticides, aux
propriétés fongicides et bactéricides, dont l'un, récemment découvert, et de
plus en plus utilisé, est le chitosan, un polymère naturel extrait des coques
de crustacés (crevettes, langoustes, homards, crabes, etc.), donc sous-produit
de l'industrie de la pèche.
Quelle
horreur ! Peut-être pensez-vous déjà à vous réfugier dans la biodynamie,
qui elle, au moins, n'utilise pas de pesticides ni de fertilisants, même bio? C'est vrai, là-dessus vous avez raison. La biodynamie est une agriculture
à part, qui cherche l’équilibre entre la culture et son environnement par des
voies spécifiques. C'est plus difficile à trouver, car la production est très
marginale, et plus difficile à mettre en œuvre pour l’agriculteur, en
particulier sur les fruits et légumes, mais là au moins, on est sûr de ce qu'on
va trouver.
Est-ce bien certain?
Deux des préparations essentielles de la
biodynamie, sans lesquelles il n'y a pas d'agriculture biodynamique, puisque ce
sont les éléments de base de la méthode, sont la bouse de corne (préparation
500), et la silice de corne (préparation 501).
Photo: http://unboutdebois.com/WordPress3/wp-content/uploads/2013/10/IMG_4267.jpg
Ces deux préparations, comme leur nom
l'indique, utilisent des cornes de vaches, et en grandes quantités. Dans un
cas, la corne est remplie de bouse fraiche (autre sous-produit de l'élevage), dans
l'autre de silice, avant d'être placées en terre durant plusieurs mois, pour
suivre leur processus de préparation, avant d’en extraire un principe actif qui
sera pulvérisé sur les cultures.
Et où trouve-t-on des cornes en grandes
quantités?
Dans les abattoirs, j'en ai bien peur...
La biodynamie utilise 6 autres
préparations, destinées au compostage. La préparation 502 utilise la vessie de
cerf, la 503 l’intestin grêle de bovin, la 505 les crânes d’animaux domestiqués,
et la 506 le mésentère de vache. Bref, l’agriculture biodynamique a besoin de
beaucoup d’animaux morts.
Et
en plus, l’agriculture biodynamique privilégie la traction animale sur la
traction mécanique, utilisant les bœufs, les mules ou les
chevaux de trait.
Photo: http://vernoux.org/ecodyn/wp-content/uploads/2014/04/Pulve%E2%95%A0%C3%BC-traction-animale.jpg
Tous ces organes d’animaux morts, et les
efforts physiques importants et les possibles souffrances que représente la
traction d’outils agricoles, sont-ils compatibles avec le véganisme ?
Désespéré(e),
vous décidez donc de produire vous-même vos fruits et vos légumes, et tous vos
aliments, de manière totalement naturelle, dans votre jardin, sous votre
entière responsabilité et avec l'aide de personne, pour être sûr(e) de
l'origine de ce que vous allez manger.
Bien, d'abord, si vous êtes citadin(e), ce
qui est le cas de beaucoup de végans, idéologie peu prisée à la campagne, vous
allez devoir changer de vie. Un jardin, pour alimenter une famille toute
l’année, ça ne se fait pas facilement dans un deux pièces en centre-ville.
Gommons cet inconvénient. Vous changez de
vie et vous vous installez à la campagne.
Vous allez pouvoir préparer votre potager
et votre verger ! Enfin !
Il vous faut donc arracher les mauvaises
herbes, labourer, retourner le sol pour l'ameublir, le préparer pour faire
place nette avant de semer ou de planter vos futurs aliments. Mais en
labourant, vous allez faire de sérieux dégâts à la faune et à la micro faune du
lieu. Mais, bon, disons que c'est un sacrifice nécessaire.
Les plantes vont devoir s'alimenter. Elles
vont devoir prélever les éléments nutritifs dans le sol. Et d'où viennent-ils,
ces éléments nutritifs du sol? De la décomposition de restes végétaux, mais
aussi de la décomposition de restes animaux. La faune et micro faune du sol vivent
et meurent, pour être ensuite décomposées et les éléments minéraux qu'elles
contiennent sont mis à la disposition de la flore locale.
Gommons cet autre inconvénient, car c'est
le cycle de la vie, et que les humains n'ont rien à y voir.
Quand
vos cultures sont installées, vous les observez avec gourmandise. Quelles
belles tomates, pommes, céréales, courgettes et autres! Quel plaisir!
C'est sûr, mais vous n'êtes pas les seuls à
regarder cette merveille de la Nature avec gourmandise. Une quantité
hallucinante d'animaux de tous genres et de toutes tailles va s'y intéresser,
comme par exemple des escargots, des limaces, des rongeurs, des oiseaux, des
sangliers, des cervidés, des pucerons, des acariens, des cochenilles, des
nématodes, des coléoptères, des lépidoptères, des diptères, des hémiptères, des
thysanoptères, et j'en oublie...
Photo: http://plandejardin-jardinbiologique.com/wa_images/lapin%20dans%20un%20potager.jpg
Vous allez donc vous heurter à un autre
problème: soit vous augmentez (beaucoup) la taille de votre potager et de votre
verger, afin qu'ils donnent suffisamment pour vous, votre famille et pour toute
l'impressionnante faune du lieu,
soit vous allez devoir avoir recours aux
pièges, aux appâts, aux répulsifs, et même, et même, et même… aux pesticides
(bio bien sûr).
Bref,
vous allez devoir agresser, repousser, ou même tuer de très nombreux animaux.
La
vie est dure. C'est une lutte pour l'alimentation, une lutte pour la survie.
Et j'ai bien peur que le véganisme ne soit
qu'une illusion, un mouvement intellectuel issu avant tout de l'ignorance du
fonctionnement de la Nature.
Nous n'en sommes qu'un des composants. Le
cycle naturel implique obligatoirement, pour tous les animaux et tous les
végétaux, d'utiliser la vie et la mort des autres pour ses propres besoins, et
de lutter, tous les jours, pied à pied, pour sa propre survie et pour la
concurrence alimentaire.
L'être
humain ne peut en aucun cas écarter l'exploitation, volontaire ou involontaire
des animaux. C'est la loi de la Nature.
Bon, soyons positif, tout ceci ne veut pas
dire qu'il faille accepter la maltraitance animale. Au contraire, je suis tout
à fait favorable à l'imposition dans l'agriculture d'une charte de bonnes
pratiques d'élevage et de bonne pratique d'abattage. Plusieurs scandales ont
éclaté récemment et c'est inacceptable, mais je ne crois pas que le refus de consommer
n’importe quel produit ou sous-produit animal soit une solution.
C'est une illusion. Chacun pourra en
accepter l'évidence, ou pas. Mais il n’y a aucun doute.
Le végétarisme et le véganisme sont suivis,
avec toute la bonne foi du monde, par des gens qui en ignorent les tenants et
les aboutissants, et qui ne sont pas conscients (ou refusent de voir) qu'ils
sont avant tout, une cible marketing.
Oui, vous êtes un marché juteux de gens
prêts à payer au prix fort, des produits dont vous croyez qu'ils sont
compatibles avec vos convictions.
Vous faites partie des niches de marché, au
même titre que les céliaques et allergiques de tous poils, donnant ainsi des
marges très lucratives à tous les produits sans gluten, sans lactose, sans
sucre, sans phosphate, sans viande, ou végans.
Mais
bon je suis sûr que vous êtes totalement cohérents avec vos convictions.
Vous n'avez donc chez vous,
Rien en cuir, ni sofa, ni siège de voiture,
ni ceinture, ni vieux livres, ni portefeuille, ni gants,
Rien en corne, ni peigne, ni couteaux
anciens,
Rien en poils, ni brosse, ni pinceaux, ni
toque, ni matelas ou sièges en crin, ni cols,
Rien en ivoire, ni en faux ivoire fait en
os,
Rien en autres dérivés animaux, comme les
abat-jours en vessie, par exemple.
Vous n’utilisez non plus aucun produit de
beauté qui contienne de la graisse animale.
Et bien entendu, vous n’avez non plus aucun
vêtement en laine, mohair, mérinos, shetland, pashmina, alpaga, angora, ni
chaussures, pantalons ou blousons en cuir, chemisiers ou foulards en soie, sans
parler, bien entendu, des fourrures, mais ça va sans dire.
La cohérence doit aller jusqu'au bout. La
moindre incartade est une fleur faite à l'exploitation et aux mauvais
traitements infligés aux animaux.
Photo: https://potterfs.files.wordpress.com/2008/10/pasmina.jpg
C'est
que c'est très difficile d'être vraiment végan.
J'irai même jusqu'à dire que c'est presque impossible.
Comment
peut-on être végan ?
Depuis que le monde est monde, l’être
humain est omnivore et tue des animaux pour en utiliser presque tout, la
viande, la peau, les os, ou les viscères pour ses besoins.
Allez, soyez raisonnables, un peu de
viande, sans excès, bien choisie, produite par des agriculteurs consciencieux
et respectueux, comme il y'en a heureusement beaucoup, issue d'animaux bien
traités, abattus dans les meilleures conditions possibles, ne me parait pas être
un crime contre l’animalité.





