dimanche 25 juin 2017

108- Agroécologie -5- (Agriculture urbaine -2-) Le compostage

AGROÉCOLOGIE – LE COMPOSTAGE

Faire son propre compost est un des meilleurs moyens pour réduire les volumes de déchets organiques, tout en préparant un excellent engrais pour les cultures ou le jardin.


En cultures ligneuses il est normal, mais pas généralisé, de broyer le bois issu de la taille pour le laisser sur place, restituant ainsi au sol la majeure partie des éléments minéraux extraits par les plantes. Cette pratique du broyage, avec ou sans enfouissement, se pratique aussi dans beaucoup de cultures annuelles.
Mais certaines situations peuvent exiger que ce broyage ne soit pas réalisé. C'est le cas de certaines maladies, ou des exigences de certains types de mécanisation (comme par exemple la récolte des amandes). Il y a aussi les agriculteurs qui simplement ne veulent pas le faire ou ne sont pas équipés de broyeurs.


Dans ces situations, la pratique la plus habituelle est de sortir le bois de la parcelle à l'aide un gros râteau attelé sur un tracteur, et de le bruler.
C’est une technique économique et rapide, mais le brûlage est un contresens agronomique, énergétique, nutritionnel, environnemental, et même économique, au moins dans les zones à climats tempérés. En effet les bénéfices des apports de matière organique sont nombreux (voir http://culturagriculture.blogspot.com.es/2015/10/54-la-matiere-organique-du-sol.html). Bruler systématiquement cette source de restitution accélère l'appauvrissement du sol agricole et oblige l'agriculteur à acheter des quantités de fertilisants considérablement supérieures à ce dont il aurait besoin en restituant cette matière organique.

Dans les situations où le broyage des restes végétaux sur place n'est pas fait, la meilleure solution est son compostage. Ces restes sont rassemblés sur une aire dégagée, broyés grossièrement, organisés en piles (en tas), mouillés et remués périodiquement.

Le processus est simple, économique, mais requiert une certaine organisation et de la rigueur. Le compostage en pile va passer par une phase thermophile, pendant laquelle la température au cœur du tas peut atteindre 70ºC durant quelques jours, produisant un effet stérilisant par l'élimination de la quasi-totalité des champignons, bactéries et insectes. Même provenant de plantes malades, les restes végétaux compostés se transforment en une source saine et économique de matière organique, donc de fertilisant organique pour les cultures.


Il existe, dans certaines régions des groupes ou entreprises spécialisés dans la récupération des restes strictement végétaux (d’origine urbaine en particulier) pour les acheminer jusqu'aux fermes où les agriculteurs en deviennent propriétaires et en réalisent le compostage pour leur propre usage. Les déchetteries voient les volumes à traiter réduits, les agriculteurs obtiennent un volume de restes végétaux qu'ils sont incapables de produire sur leur ferme, et ils fabriquent leur propre fertilisant organique.
J'ai d'ailleurs un ami et ancien collègue conseiller qui s'est spécialisé dans cette activité, en Provence, en créant la société Terre et Compost. Salut Eric !
Si le compostage est de qualité et les restes végétaux de qualité suffisante, le compost obtenu peut même obtenir le label bio (mais ça dépend principalement de la législation nationale).

Le compostage est une technique très ancienne, simple, économique et écologique pour disposer de matière organique de bonne qualité sur la ferme.

J’ai trouvé un intéressant article sur ce sujet sur une page Facebook francophone (Québécoise, donc de la partie francophone du Canada), hautement recommandable à tous ceux qui s’intéressent aux sols, Sols Vivants Québec  (https://www.facebook.com/groups/1643973612487835/?ref=group_header). Vous y trouverez beaucoup d’informations, avec une dose de science, une dose d’expériences vécues et une bonne dose d’idéologie et de militantisme. Chacun pourra y trouver son compte. Je ne suis pas toujours d’accord avec les idées, mais ça ne retire rien à l’intérêt de la majorité des publications.


Le texte suivant a été publié sur Agronouvelles.com, le blog de l’Ordre des Agronomes du Québec http://www.agronouvelles.com/2017/06/le-compostage-domestique-passion-volonte-et-connaissances-techniques-requises/


« Le compostage domestique : passion, volonté et connaissances techniques requises.

Le compostage est un domaine fascinant qui se pratique à grande, à moyenne et à petite échelle et qui s’adresse tant aux industriels, aux producteurs agricoles qu’aux jardiniers amateurs. Bref, à tous ceux qui s’intéressent  à l’environnement, à l’agriculture ou à l’horticulture.

Si l’agriculture urbaine suscite un intérêt croissant, le compostage domestique fait toujours et encore partie des outils qui sont à la disposition de l’horticulteur urbain, depuis longtemps comme un mode de production d’une matière vivante (le compost), et plus récemment, dans une perspective environnementale, comme un mode de gestion écologique pour certains résidus qu’il génère à la maison.

Ce faisant, le transport de ces matières organiques et tous les inconvénients et les impacts qu’il entraine sont ainsi minimisés. En utilisant le compost chez soi, on retourne au sol la matière organique et les éléments nutritifs essentiels à la croissance des plantes. En dépit de ces nobles objectifs, il faut de la passion horticole, des  convictions environnementales, un brin de volonté, et un minimum de temps et de connaissances techniques pour faire du compostage domestique une aventure pérenne.

Le compostage c’est quoi?

On allègue souvent que le compostage est un procédé naturel. Malgré les similitudes que l’on voit entre le compostage en pile et les processus de décomposition observés en nature, force est de constater que l’empilement sur plusieurs pieds d’épaisseur de matières organiques de diverses origines que l’on dispose sur une surface restreinte ou dans une enceinte close  ne se produit pas en nature.


Le compostage devrait donc être vu comme un procédé que l’on contrôle et qui se distingue d’un amas au champ ou d’un empilement de résidus organiques qu’on laisse se décomposer et qui finit, au fil des mois et des ans, par se transformer en une matière qui ressemble à la terre noire.

Dans les ouvrages spécialisés comme les normes et les guides, le compostage est synonyme de « procédé dirigé de bio-oxydation d’un substrat organique solide incluant une phase thermophile ». Cette définition sous-entend le maintien de conditions aérobies au sein de la masse et l’atteinte de températures thermophiles (correspondant à des Tº > 45ºC) dans l’ensemble de la masse. Cette notion d’atteinte de températures élevées est importante, notamment pour le compostage à grande échelle, car elle permet d’obtenir un effet d’hygiénisation. Grâce aux températures élevées, le procédé de compostage permet de réduire la teneur en micro-organismes pathogènes et la destruction des graines de mauvaises herbes, réduisant ainsi les risques de contamination et de dissémination. Le terme compost devrait désigner, en toute logique, le produit issu du compostage, c’est-à-dire une matière stabilisée, hygiénisée et désodorisée qui est bénéfique à la croissance des végétaux.

Faut-il en déduire que le compost provenant d’un compostage domestique sans élévation de température n’est pas de qualité? Absolument pas! En suivant les règles de l’art, on parvient à produire un compost de bonne qualité; encore faut-il, à l’instar de la fabrication de vins ou de bières à la maison, prendre la peine de s’instruire, car il y a une limite à pouvoir concilier facilité et qualité lorsque les processus en cause sont complexes.

Le compostage à petite échelle

Le compostage à différentes échelles et l’utilisation de composts ont fait l’objet de nombreux ouvrages et publications. Chez nous [au Québec], le récent livre intitulé « Le compost : Pourquoi? Comment? » de l’agronome Lili Michaud aborde le sujet de façon claire et détaillée et fournit une mine d’informations utiles, voire essentielles, pour celui qui s’intéresse notamment au compostage domestique. Inutile donc de reprendre ici des informations déjà amplement traitées.

Quelle que soit l’échelle à laquelle on pratique le compostage, les processus qui impliquent le travail de micro-organismes sont les mêmes et le but du composteur demeure la satisfaction des exigences des micro-organismes pour que le travail soit adéquatement réalisé. Si les micro-organismes se fichent de la taille des opérations, ils ont besoin d’un bon environnement (humidité, oxygène) et de nourriture (carbone, azote) pour faire leur travail et survivre dans la jungle microbienne.


Le choix de résidus de qualité est crucial et ceci est d’autant plus vrai en l’absence de températures élevées. Ce mode de transformation « froid » exige un minimum de vigilance. Par exemple, les matières pouvant contenir des agents pathogènes (excréments d’animaux, plantes malades) et les plantes considérées comme de mauvaises herbes (à rhizomes ou en graines) sont à éviter.

De plus, et toujours pour des raisons de qualité, les matières pouvant contenir des métaux ou des composés non biologiquement dégradables (ex. : résidus de pesticides, cendres de bois traité, matières plastiques), ou les matières générant des odeurs désagréables (pour vous ou vos voisins) comme les poissons, les viandes et les crustacés sont aussi à éviter pour des opérations à petite échelle. Finalement, certaines matières peuvent être mises au compostage, mais en faibles quantités  (coquilles d’œufs, gazon frais humide, cendres).


Le compost est avant tout un amendement organique pour les sols et il s’utilise avantageusement d’abord  comme source de matière organique qui, en se décomposant dans le sol, apportera les éléments nutritifs essentiels à la croissance des plantes. La qualité des composts est un domaine complexe, tant par la multitude des paramètres à prendre en considération que par la complexité des processus en cause, de la fabrication du compost jusqu’à son utilisation.

Un professeur grisonnant disait un jour à un jeune agronome : « Sachez qu’il faut plus qu’un thermomètre pour faire du compostage ». À mon tour de dire : «Il faut plus qu’un pH-mètre pour évaluer la qualité du compost ».

Teneur en matière organique, humus, capacité de rétention en eau, ratio C/N, azote, phosphore, potassium, oligo-éléments, pH, maturité, éléments traces métalliques et agents pathogènes ne sont que quelques exemples de la terminologie associée à la notion de qualité des composts.

Ces paramètres sont importants pour ceux dont le travail est d’assurer une bonne croissance des végétaux tout en préservant la qualité des sols et de l’environnement.
Bienvenue dans les plates-bandes des agronomes!


Agronome depuis 1982, Denis Potvin [l’auteur de l’article] est spécialisé dans le domaine de la gestion des biomasses et des matières résiduelles fertilisantes de diverses origines, notamment par compostage. Il a joint l’Institut de recherche et de développement en agroenvironnement (IRDA) en 2012 à titre de chargé de projets en valorisation des biomasses. Denis Potvin travaille maintenant comme agent de transfert de technologies tout en continuant de s’impliquer dans la réalisation de projets qui mettent son expertise à profit. »


Si vous souhaitez réaliser votre propre compost, informez-vous bien sur le processus. C’est simple, mais il y a quelques règles à respecter.
Vous trouverez de nombreux liens utiles, par exemple en tapant sur votre moteur de recherche « fabriquer son propre compost ».

Au travail !

  

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