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vendredi 8 décembre 2017

120- Protection des plantes -6- Sentir le vent tourner

GLYPHOSATE : SENTIR LE VENT TOURNER

En pleine polémique dans toute l’Union européenne après la réautorisation du glyphosate pour 5 ans, une petite société française profite de la confusion ambiante pour se faire sa pub.

Image : personnelle

Elle explique qu’elle dispose d’une alternative bio au glyphosate, mais que sa commercialisation est bloquée par l’administration.
Elle diffuse largement sur les réseaux sociaux (avec l’aide de ses soutiens et/ou des lobbies environnementalistes) des articles disant à qui veut l’entendre que son produit existe, qu’il est d’une efficacité démontrée, mais que l’administration, depuis 4 ans, bloque son dossier sans motif. Elle se pose donc en victime d’une situation laissant penser que l’administration est sous influence.
Et ça marche. Depuis quelques semaines, elle a droit à des articles dans tous les périodiques, même les plus sérieux, elle passe à la télévision, même en dehors de la France. Une publicité bien orchestrée et, semble-t-il, efficace.
Voici quelques liens français. Il en existe beaucoup d’autres.

L’administration chargée du dossier, l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire
de l’alimentation, de l’environnement
et du travail), sans doute lasse de se voir attaquée de toutes parts, vient de publier un communiqué dans lequel elle précise la situation.



Elle y indique en particulier que, s’il est vrai que le  dossier n’avance pas, il est par contre totalement faux d’en rendre l’administration responsable. En fait, la société en question est la seule responsable de ne pas avoir fourni à l’administration compétente les éléments nécessaires, et de ne pas s’être acquittée des taxes correspondantes.

 « Dès réception du dossier, il est apparu que la plupart des pièces nécessaires étaient manquantes, y compris le formulaire de demande administrative Cerfa, qui précise notamment les caractéristiques du produit et de ses usages prévus, ainsi que par exemple :
- la composition intégrale (les substances actives qui entrent dans la composition devant
nécessairement être approuvées préalablement au niveau européen),
- les essais et études permettant d’évaluer l’efficacité du produit, et son impact sur la santé et
l’environnement,
- le projet d’étiquette du produit.
L’acquittement de la taxe pour l’instruction de dossier (taxe réduite à 2 000 € au lieu de 40 000 €,
s’agissant d’un produit de biocontrôle) n’a par ailleurs jamais été effectué. »
Il est donc très clair qu’un produit dit de biocontrôle, autrement dit un pesticide biologique, doit respecter une démarche claire et précise pour être homologué. On ne peut que s’en réjouir.
Le postulat disant que tout ce qui est naturel est bon est régulièrement battu en brèche par la réalité.


On peut citer, en vrac,
-       La nicotine, extraite du tabac, encore utilisée dans de nombreux pays comme insecticide biologique et pourtant directement responsable de millions de morts par an,
-       L’arsenic, minéral naturel dont la toxicité n’est pas à démontrer, utilisé comme fongicide (arséniate de sodium) sur les vignes jusqu'en 2001, et combiné avec du plomb (arséniate de plomb), autre minerai naturel dont la toxicité est largement reconnue, qui a été largement utilisé comme insecticide par exemple contre le doryphore de la pomme de terre jusqu’en 1971,
-       L’huile de neem, extrait végétal de l’arbre de neem, bouquet complexe de substances naturelles, autorisée dans le monde entier comme insecticide biologique, et perturbateur endocrinien avéré,
-       Les pyréthrines naturelles, extraites de certaines plantes, insecticides naturels très polyvalents, très largement employés même dans les insecticides domestiques, très toxiques sur la faune aquatique, et perturbateur des liaisons nerveuses (neurotoxique),
-       Le cuivre, premier pesticide dans l’histoire de l’agriculture moderne, fongicide et bactériostatique reconnu, très largement utilisé en agriculture, tant conventionnelle que biologique, malgré son statut de métal lourd et de polluant connu des sols et des eaux.
-       On pourrait aussi citer de nombreuses substances naturelles, connues depuis des siècles, comme la cigüe, le venin de serpent ou de scorpion, l’ergot de seigle, le curare, et un très long etc. Je n’ai décrit que quelques substances naturelles connues pour leur usage comme pesticide.


Il semble évident que la société en question s’est lancée dans une communication parfaitement malhonnête, essayant de faire avancer son dossier grâce à la pression de la société civile, la même qui a réussi à monter en mayonnaise le dossier du glyphosate, qui pourtant ne reposait au départ que sur de maigres suppositions.

Vous trouverez tous les détails sur le produit et ses démarches dans l’article de mon collègue Seppi sur le lien http://seppi.over-blog.com/2017/12/osmobio-le-successeur-du-glyphosate-serait-la.vraiment.html?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail

Cette charmante entreprise a sans doute pensé que si le glyphosate a failli disparaître sur la base d’un dossier totalement truqué et manipulé, pourquoi son produit ne pourrait-il pas être homologué, sans dossier du tout?
Il est devenu évident, pour tous ceux qui en doutaient encore, que les réseaux sociaux sont actuellement l’arme de manipulation et de propagande la plus puissante et efficace qui soit.

Le patron de cette petite entreprise a par ailleurs déclaré ne pas utiliser de produits chimiques qui « détruisent la biodiversité ». Comme l’indique Seppi, son produit est lui-même issu de la chimie naturelle. Il s’agit donc bien d’un produit chimique.
Et comme tout bon désherbant, son rôle est avant tout de détruire la biodiversité par l’élimination des herbes indésirables. Dans le cas des pesticides, et sur le plan de la biodiversité, synthétique ou naturel, même combat.
Il me semble également bon de rappeler que par essence, l’agriculture lutte contre la biodiversité, même sous ses formes les plus écologistes, comme la permaculture.


A partir du moment où l’agriculteur sème un champ d’une seule espèce, avec ou sans labour, avec ou sans pesticides, quelle que soit la méthode de production et quelle que soit la surface dudit champ, il perturbe la biodiversité.
C’est la même chose avec un jardin. Vous voulez que votre jardin ne perturbe pas la biodiversité ? Laissez-le ouvert, et en friche.

Mais attention, la demande d’homologation concerne un « désherbant total des zones non agricoles », donc pour les voies ferrées et les routes, mais pas pour l’agriculture, et pas pour les jardins non plus.
Tout ça prend des airs de fausse nouvelle et de manipulation.

Petit malin.
Cet entrepreneur utilise toute la rhétorique écologiste, mais oublie juste de préciser les choses. Le mensonge par omission est à la mode, de nos jours.

Il est malgré tout rassurant de constater que la législation évolue en ce qui concerne les pesticides biologiques. En effet, jusqu’à un passé très récent, les exigences étaient très superficielles pour l’autorisation de commercialisation et d’usage des pesticides biologiques, laissant place à un flou règlementaire donnant lieu à des abus nombreux, toujours au prétexte que « c’est naturel ».
Une substance naturelle, pour pouvoir être utilisée sur des futurs aliments doit désormais démontrer, bien sûr son efficacité, mais aussi son innocuité aussi bien sur l’environnement que sur la santé.

On observe la même tendance avec des préparations à base de plante, comme le purin d’orties par exemple, qui doivent désormais démontrer leur innocuité, ce qui ne plait pas à tout le monde. http://www.sudouest.fr/2017/12/04/environnement-la-guerre-de-l-ortie-n-est-pas-vraiment-finie-4004118-706.php


Le principe de précaution, s’il s’applique aux substances synthétiques, doit s’appliquer exactement de la même manière et dans les mêmes proportions aux substances naturelles. Ne croyez pas que je défende le principe de précaution, je le considère comme une gangrène de notre société moderne, à cause du frein au progrès qu’il représente, souvent sans réelle justification. Il est trop souvent mis en avant. On ne doit pas faire n’importe quoi, mais ce n’est pas une raison pour paralyser tous les progrès.

Ceci étant dit, si ce produit est bon et si, comme la société qui le fabrique l’affirme, il respecte au mieux l’environnement, l’utilisateur et le consommateur, alors très sincèrement, comme agriculteur utilisateur (raisonnable et modéré) du glyphosate, je me réjouis de l’arrivée de cette alternative.
Encore faudrait-il que cette société fasse le nécessaire pour qu’il puisse être homologué. Elle a déjà déposé un brevet au Canada, aux Etats-Unis, en Europe et enfin un brevet International sur sa formule. Ça nous montre qu’elle compte en vendre, beaucoup même, pour gagner beaucoup d’argent.

Au démarrage de toute entreprise à but lucratif, ce qui est évidemment le cas de celle-ci, il y a la notion d’investissement, c’est-à-dire une dépense initiale de fonds destinés à être rentabilisés par les futures ventes du produit. Le brevet en fait partie bien évidemment, mais le dossier d’homologation aussi.
Donc cher monsieur, faites l’investissement nécessaire pour que votre produit puisse être homologué. Alors je me réjouirai de pouvoir l’utiliser, mais seulement hors des zones agricoles, à moins que vous ne fassiez le nécessaire pour que ce produit puisse aussi être utilisé dans les cultures.
A moins évidemment, que sa toxicité, ses résidus ou les risques qu’il présente pour la santé ou l’environnement ne bloquent son homologation, ou son éventuelle future extension d’usage aux cultures.

Même si c’est un produit naturel…

Image : https://static.actu.fr/uploads/2017/11/Osmobio-2-854x569.jpg

dimanche 26 novembre 2017

119- Réformer le bio n'est pas si naturel

REFORMER LE BIO N’EST SI PAS NATUREL

Le 8 Novembre dernier le quotidien belge La Libre Belgique publiait un court et concis dossier sur la réforme de la règlementation européenne de l’agriculture biologique, qui a failli échouer.
Il est intéressant de revenir sur la situation, maintenant que la réforme a enfin été adoptée, le 20 novembre dernier.
Vous pouvez lire la réaction du commissaire européen à l’agriculture, Phil Hogan après ce vote http://europa.eu/rapid/press-release_STATEMENT-17-4727_fr.htm


Ce dossier a été préparé par Isabelle Lemaire.

« Les nouvelles règles du bio en Europe : pourquoi ça coince.

L’Europe veut revoir sa législation sur le bio. Le vote, le 20 novembre, s’annonce très incertain. Tour d’horizon des réformes proposées et de ce qui coince.

Négociations. Si la réforme de bio aboutit, elle aura été le processus législatif le plus long de toute l’histoire de l’Union européenne. Il aura en effet fallu 18 trilogues pour aboutir, le 28 juin, à la proposition actuelle. Tout a très mal commencé puisque le secteur du bio s’est d’emblée vivement opposé à un changement législatif. En 2007, la première règlementation avait été vivement critiquée car elle s’appuyait sur le plus petit dénominateur commun. Mais elle a depuis été âprement défendue par le secteur du bio, face au projet de nouvelles règlementations. Les négociations, entamées en 2015, ont été particulièrement laborieuses car les États membres défendaient à tous crins leurs demandes particulières. Cela a provoqué des crises à répétition au sein du Conseil européen et des arrêts du processus de discussion.


Les grandes nouveautés en 7 points :
Au terme de près de trois années d’intenses négociations, le Conseil européen votera, le 20 novembre, une réforme de la législation sur le bio. Un vote dont l’issue est très incertaine, les intérêts particuliers de certains États membres semblant inconciliables. Si le texte passe, il sera d’application dès le 1er juillet 2020. En voici les grandes nouveautés.

1-    Pas (encore) de seuils de produits chimiques autorisés.
La Belgique, l’Italie, la Tchéquie et la Slovaquie ont mis en place des seuils de produits chimiques (pesticides, engrais), non-autorisés en agriculture biologique, dans les denrées bio. La Commission européenne (et la Belgique qui a pratiqué un lobby intensif, ralliant plusieurs petits pays à sa cause) voulait en faire la norme au sein de l’Union. Mais cela a été refusé par l’Allemagne et la France notamment, qui craignaient que le label bio y perde en authenticité.
À la place, la réforme prévoit des mesures de précaution renforcées afin d’éviter toute contamination par des produits chimiques. Si un soupçon de contamination pèse sur le produit, il ne pourra pas être libellé bio, le temps qu’une enquête prouve éventuellement le contraire. Les quatre pays qui ont des seuils pourront les maintenir. Dans quatre ans maximum, la Commission produira un rapport sur les raisons des contaminations et pourrait décider d’une harmonisation législative (seuils ou pas seuils pour les 28 États membres).

2-    L’agriculture hors-sol est interdite
Les pays baltes et les Pays-Bas voulaient obtenir de faire de la culture bio hors-sol mais ils n’ont pas eu gain de cause. Les productions hydroponiques en agriculture biologique restent interdites mais trois pays (Suède, Danemark et Finlande) bénéficieront d’une dérogation pendant dix ans. Cela ne concerne qu’une surface de 20 hectares en tout.


3-    Les règles d’équivalence pour le bio non-européen sont supprimées.
C’était une aberration à l’échelle planétaire, dénoncée par l’Organisation Mondiale du Commerce. Pour les produits bio qu’elle importe, l’UE reconnaît des organismes de contrôle en dehors de l’UE pour la certification de produits bio répondant à des règles de production équivalentes. La réforme y mettra progressivement un terme. Dès 2025, les pays hors UE devront respecter le cahier des charges européen du bio s’ils veulent vendre leurs produits sur les marchés européens. Des dérogations seront possibles pour certains produits comme les bananes.

4-    L’accès aux semences est facilité.
Les variétés traditionnelles, aujourd’hui interdites à la vente, et des variétés spécialement créées pour être adaptées à ce type de production seront disponibles pour l’agriculture biologique.

5-    Contrôles dans les fermes renforcés.
Actuellement, les producteurs sont contrôlés sur le terrain et sur dossier, une fois par an, afin de vérifier s’ils ne fraudent pas. Ils font aussi l’objet de contrôles inopinés. Avec la réforme, les contrôles seront basés sur une analyse des risques systématique. Les contrôles annuels et inopinés seront maintenus mais si aucune irrégularité n’est constatée pendant trois ans, le contrôle de terrain n’aura plus lieu que tous les deux ans. Par contre, si des anomalies répétées sont constatées, les contrôles s’intensifieront.

6-    Les petits producteurs se regroupent.
La nouvelle législation autorise la formation de groupements de producteurs, où l’on met en commun l’infrastructure et le matériel. Les petits agriculteurs pourront ainsi mutualiser leur coût de production et de certification bio, qui est très élevé.

7-    De nouveaux produits labellisés
Il s’agit des lapins, cervidés, huiles essentielles, le liège, coton, sel ou la laine. 


3 QUESTIONS À
Blanche Magarinos-Rey.
Avocate spécialisée en droit de l’environnement.

Vous défendez la proposition de réforme de la législation sur le bio. Pourquoi ?
Le texte comporte de réelles avancées sur les semences, la biodiversité par exemple. La suppression des règles d’équivalence avec les pays tiers pourra permettre au bio européen de se développer puisque, à l’heure actuelle, 50% des produits bio vendus dans l’Union européenne sont importés. Si ce compromis est rejeté ce serait, à mon sens, une véritable catastrophe, un gâchis. Il est peu probable que la Commission planche sur un nouveau projet de réforme. On gardera alors la législation de 2007 avec ses imprécisions, ses dérogations, le système bancal des importations de produits bio, etc. »
(Les autres questions concernent le vote en lui-même et le cas particulier de la Belgique).


Sur le plan technique, il est à noter l’interdiction des cultures hors-sol. Ce point me parait particulièrement discutable, dans la mesure où cette technique permet de mettre en pratique une agriculture confinée, totalement hors d’atteinte des maladies et ravageurs, donc une absence totale de besoin l’emploi de pesticides, ni synthétiques, ni naturels. Il est vrai que l’aspect nutritionnel est encore difficile, mais de grands progrès ont été réalisés dans ce domaine, rendant une nutrition organique possible en hydroponie.
Les cultures hors-sol permettent aussi de mettre en valeur des zones incompatibles avec l’agriculture, avec une utilisation optimale des ressources en eau, presque sans aucun gaspillage (tout y est récupéré, composté et recyclé, des substrats aux solutions nutritives, en passant par les plastiques et les restes des cultures antérieures), avec des productivités très élevées par unité de surface, et la possibilité de produire localement des aliments sains tout au long de l’année. C’est donc une agriculture moderne, performante, pratiquement sans effet négatif sur l’environnement ni sur la santé humaine.


Il me semble dommage d’éliminer a priori une voie intéressante dont il paraît évident qu’à court ou moyen terme, on sera capable de la conduire de manière totalement compatible avec l’agriculture biologique.
Il existe aussi un nombre croissant de projets d’agriculture urbaine hors-sol qui ne pourront désormais pas bénéficier du label bio, même si les techniques employées semblent être en accord avec la philosophie, mise à part l’absence de sol.
Ça me parait dommageable à la fois pour les producteurs et pour les consommateurs.
A mon avis, c’est une grossière erreur, typique d’une idéologie à la vision réductrice, strictement limitée à l’application bête et méchante du dogme.


Mais bon, la réforme a finalement été votée. Mais à quel prix !
Nous sommes passés à deux doigts d’un blocage par pur immobilisme, pour défendre des intérêts particuliers au détriment de l’intérêt commun.

Ça me renforce encore dans l’idée de moins d’État, plus d’Europe. Bref, si on veut que l’Europe fonctionne vraiment, il faut la sortir de ces querelles de clocher. Elles ne font qu’entraver le bon fonctionnement du système, et au bout du compte, le préjudice se reporte toujours sur les habitants et sur les entreprises qui dépendent de ces décisions politiques.

Vous savez que je ne suis pas un fanatique du bio, non pas en ce qui concerne la production, mais en ce qui concerne sa communication. Il s’agit avant tout d’une vaste manipulation de l’opinion publique, basée sur un dogme selon lequel tout ce qui est naturel est bon pour la santé et non-contaminant, et tout ce qui est synthétique est mauvais et contaminant. En soi c’est une ânerie, mais surtout ça donne lieu à toutes sortes d’abus sous le seul prétexte que « c’est naturel ».
Pourtant, le bio est une voie qui prend chaque jour plus d’ampleur, qui concerne une part grandissante de l’alimentation, tant en Europe que dans le reste du monde. C’est aussi une ligne directrice qui aura eu le grand mérite de remettre en cause beaucoup de pratiques critiquables dans toutes les branches de l’activité humaine. L’agriculture est en train de gagner en durabilité en partie grâce aux apports techniques issus de la réflexion sur la production biologique.

L’Union européenne est actuellement un exemple en matière d’exigence, de contrôle et de sérieux en matière de législations concernant l’environnement, les pesticides, la santé, la qualité de l’alimentation.
Il s’en est fallu de très peu qu’elle demeure à la traine en matière d’agriculture biologique.

Un peu d’harmonisation ne fera pas de mal, afin que les consommateurs s’y retrouvent un peu mieux, et afin que les agriculteurs puissent travailler avec des moyens plus adaptés, et mieux contrôlés.

Image: http://bi.gazeta.pl/im/78/17/c3/z12785528Q,Warzywa.jpg

dimanche 15 octobre 2017

116- Supprimer le glyphosate, et après...?

SUPPRIMER LE GLYPHOSATE, ET APRÈS… ?


Sous ce titre Mathieu, sur la page web Graines de Mane, publiait le 15 février 2017 un bel article, concis, sur les interrogations que laisse dans la profession, la possible future interdiction du glyphosate.


« Depuis quelques jours le feuilleton sur la suspension du glyphosate, herbicide vedette de Monsanto, est reparti. Une quarantaine d’ONG a lancé le 8 février dernier une pétition européenne appelant à « l’interdiction du glyphosate, conformément aux dispositions européennes sur les pesticides, qui interdisent l’usage de substances cancérigènes chez l’homme ».  Cette initiative survient notamment après que l’OMS a classé le glyphosate cancérogène, et les tergiversations des instances européennes à propos du renouvellement de son autorisation d’emploi en Europe. Au final, en juin 2016, l’Union européenne a finalement décidé de prolonger son utilisation pendant dix-huit mois jusqu’à la publication d’un nouvel avis scientifique.

Dans l’attente d’une éventuelle suspension d’autorisation de la molécule, la question dans les exploitations agricoles se pose donc de la manière suivante : comment faire sans le glyphosate ? Des agriculteurs arrivent à s’en passer ou bien à réduire les doses mais son statut d’herbicide le plus vendu dans le monde montre à quel point bon nombre de systèmes agricoles en sont dépendants… Et pas uniquement des systèmes d’agriculture intensive. Ainsi, certains agriculteurs, bien qu’engagés dans des pratiques environnementales vertueuses, continuent d’utiliser ce produit à faible dose. C’est par exemple le cas de l’agriculture de conservation, qui vise à garder un sol constamment couvert par de la végétation et à ne pas labourer le sol pour préserver au maximum sa structure, la vie qu’il héberge (vers de terre et faune diverse) et limiter l’érosion. Ces techniques représentent une solution pour augmenter la fertilité des sols et donc la durabilité à long terme des systèmes agricoles. En supprimant le labour, les agriculteurs améliorent la santé de leurs sols mais se passent d’un moyen efficace de gestion des mauvaises herbes. La bonne réussite de ces cultures dépend donc en grande partie de l’emploi d’herbicides, dont le glyphosate.


Pour ces agriculteurs, la suppression du glyphosate déboucherait donc sur une impasse technique qui pourrait avoir pour conséquence l’abandon de leurs pratiques environnementales vertueuses.

Les préoccupations de la société civile sont parfaitement légitimes et les agriculteurs font évoluer leurs techniques pour y répondre. Se rendre compte des effets des pratiques agricoles sur l’environnement ou la santé permet d’éclairer quotidiennement nos choix de consommateurs. Savoir comment sont produits les aliments qui se retrouvent dans nos assiettes est donc primordial. Comprendre les conséquences des volontés des citoyens sur la réalité du fonctionnement technique des exploitations agricoles aussi. Le débat soulevé par la suppression du glyphosate en appelle donc un autre : celui, urgent, de la recherche d’alternatives permettant aux producteurs d’éviter le saut dans l’inconnu, tout en répondant aux nouveaux défis environnementaux de l’agriculture. Chaque jour des producteurs, chercheurs, organismes de développement agricole, innovent pour des formes d’agricultures plus vertueuses. La suppression annoncée du glyphosate sera d’autant plus efficace si des alternatives durables sur les plans agronomiques, environnementaux et économiques sont développées. Supprimer, c’est une chose, proposer des alternatives, c’est encore mieux. Là est sans doute le vrai défi des acteurs de l’agriculture dans les années à venir. »



Depuis la publication de cet article, beaucoup de choses se sont passées, à propos du Glyphosate, depuis l’annonce fracassante par le ministre français du vote négatif de la France, jusqu’à l’annonce, par le même ministre d’une proposition d’un renouvellement de plus courte durée, afin d’avoir du temps pour chercher des alternatives.
Nous avons aussi vu l’OMS annoncer que le glyphosate n’est probablement pas cancérigène, prenant ainsi à contrepied la classification de sa propre agence, le CIRC.
Nous avons vu toutes les agences de sécurité alimentaires du monde, et tous les scientifiques non engagés (sans financement privé ni pression politique ou idéologique) clamer haut et fort que le glyphosate, dans des conditions normales d’utilisation, ne pose aucun problème, ni pour la santé, ni pour l’environnement.
Il est également vrai qu’il est très difficile de savoir (et c’est d’ailleurs soigneusement calculé), parmi les milliers d’études publiées, quelles sont les objectives (une minorité), et celles qui sont financées par un bord ou l’autre (ou dont les comités scientifiques sont orientés, comme ç’a été le cas pour le CIRC), et qui sont la majorité.

Le dossier du glyphosate est un dossier truqué, manipulé, falsifié depuis le début. Cet herbicide, le plus utilisé dans le monde et aussi le plus inoffensif (selon toutes les études scientifiques objectives) est devenu le bouc émissaire, symbole involontaire de la lutte contre les OGM et contre Monsanto (qui n’en est pourtant plus propriétaire depuis 17 ans, et qui n’en génère que +/- 15% de ses bénéfices https://www.fool.com/investing/2016/05/26/how-much-money-does-monsanto-make-from-roundup.aspx), devenant la cible d’une vaste manipulation idéologique.

On pourrait longuement débattre sur les raisons de cette invraisemblable propagande, utilisant habilement tous les moyens mis à sa disposition (radio, télévision, pétitions, manifestations, réseaux sociaux et j’en passe), digne des plus sombres heures des pires dictatures de l’histoire récente, ou plus près de nous, des pires mouvements citoyens ou indépendantistes comme dernièrement celui de la Catalogne (très habile dans son rôle perverti du David catalan contre le Goliath espagnol), ou encore le Brexit.

Affiche de propagande chinoise de l’époque de la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne, montrant les intellectuels comme responsables des maux du pays.


Rappelons, pour que les choses soient bien claires, cette déclaration de Mr Bernard Url, directeur exécutif de l’EFSA, qui expliquait, le 1er Décembre 2015, devant le parlement européen, pour expliquer la position de l’EFSA (traduction de Wackes Seppi http://seppi.over-blog.com/2016/01/m-bernhard-url-directeur-executif-de-l-efsa-le-parlement-europeen-et-le-glyphosate.html ) :
« La lettre de 96 personnes a été mentionnée très souvent. Pour moi, c'est un très bon exemple de la différence entre les modes de travail des deux organisations. Nous travaillons sur le glyphosate avec 100 scientifiques des États Membres. Ils voient les preuves, ils contribuent, ils contestent, ils participent à des téléconférences – c'est le processus de revue par les pairs – et c'est avec cet ensemble de 100 scientifiques que nous avons pu produire un résultat.
Nous n'avons pas demandé à ces scientifiques de signer une lettre, qu'ils aiment ou non le résultat. Un membre du Parlement l'a exprimé de manière fort juste. Elle a dit : "96 scientifiques se sentent mal à l'aise face à l'opinion de l'EFSA." Et c'est bien de cela qu'il s'agit. Des gens qui n'ont pas contribué aux travaux, qui n'ont vraisemblablement pas vu les preuves, qui n'ont pas eu le temps d'entrer dans le détail, qui ne sont pas impliqués dans le processus, ont signé une lettre de soutien.
Je suis désolé de le dire, mais avec cette lettre, vous quittez le domaine de la science, vous entrez dans le domaine du lobbying et des campagnes (« campaigning »), et ce n’est pas la façon dont l’EFSA travaille. Pour moi, ceci est le signe que nous entrons dans l’âge Facebook de la science. Vous avez une évaluation scientifique, vous la mettez sur Facebook et vous comptez combien de personnes « aiment ». Pour nous, ce n’est pas un progrès. Nous, nous produisons une opinion scientifique, nous la défendons, mais nous n’avons pas à prendre en compte si c’est aimé ou pas ».



C’est un vrai problème. Si un rapport scientifique va à l’encontre de l’opinion publique, qui en général n’aborde le sujet que sur le plan affectif, il est immédiatement vilipendé, médiatiquement massacré, et les scientifiques (ainsi que leurs soutiens et défenseurs) soupçonnés ou clairement accusés d’avoir été corrompus par quelqu’un.
Nous sombrons dans une décadence qui prend le chemin de ruiner notre civilisation.

Mais là n’est pas la question.
En ce qui concerne le glyphosate, le mal est fait. Il sera impossible de faire marche arrière. Rappelez-vous l’affaire Alar, qui pourtant s’est déroulée bien avant l’existence des réseaux sociaux, et de la grande mode des « pétitions citoyennes ». Nous sommes dans une situation de manipulation similaire de l’opinion, mais beaucoup plus grave. http://culturagriculture.blogspot.com.es/2015/02/38-laffaire-alar.html

La question n’est plus de savoir si le glyphosate sera interdit ou pas, tôt ou tard il le sera. Elle est plutôt de savoir comment les agriculteurs vont devoir s’adapter à sa disparition, légale ou exigée par les marchés, trop effrayés de l’opinion des consommateurs, susceptibles de se tourner vers d’autres enseignes s’ils apprenaient que leurs aliments ont pu être cultivés avec du glyphosate.
Car je ne me fais aucune illusion. Je m’attends à voir le glyphosate, jusqu’ici autorisé dans tous les cahiers des charges de clients (sauf pour la production biologique, bien sûr), passer au statut de déconseillé ou interdit, avec ou sans justification légale.


Or les futurs produits de substitution du glyphosate, qui ne manqueront pas d’arriver, seront forcément 5 à 6 fois plus chers. C’est normal, c’est la règle. Mais ça change considérablement les données du problème pour les agriculteurs, qui ont souvent déjà bien du mal à rentabiliser leur travail.

Il est donc très urgent de trouver des alternatives. Espérons que la Commission Européenne aura l’intelligence de ne pas abandonner la molécule dans un délai trop court, et saura favoriser la recherche de méthodes alternatives.

Un très intéressant article sur le sujet a récemment été publié dans le périodique chrétien « La Croix » https://www.la-croix.com/Sciences-et-ethique/Sciences-et-ethique/Comment-passer-glyphosate-2017-10-03-1200881487
On peut y lire l’intéressant témoignage d’un jeune agriculteur français, profondément convaincu et impliqué dans une nouvelle conception de l’agriculture. Il y travaille depuis longtemps et nous explique :
« On m’a dit que j’étais fou, que je ne pouvais pas réussir. Mais, après plusieurs années de travail et d’ajustements, ça y est : j’ai eu de bons résultats l’année dernière, j’attends qu’ils se confirment mais je suis confiant ».
Pourtant, il est conscient que cette transition est difficile :
« Je ne suis pas arrivé là du jour au lendemain. Et si je reste convaincu que l’on pourra à terme se passer des herbicides grâce aux couverts végétaux, une interdiction brutale serait une erreur. »


Que mes lecteurs non européens n’en doutent pas. Si le glyphosate est interdit dans l’Union Européenne, premier marché alimentaire mondial, le reste du monde y viendra aussi, à plus ou moins longue échéance.
La recherche de solutions alternatives permettra de sauvegarder les techniques d’agriculture vertueuse, comme l’agriculture de conservation et la production intégrée.

On n’a pas le droit, pour de sombres raisons idéologiques, de remettre en cause tout ce qui est une garantie de sécurité alimentaire, de qualité et de sécurité des aliments, et de réduction des effets de l’agriculture sur le réchauffement climatique.

L’agriculture européenne est la plus performante, la plus saine et la plus respectueuse au monde. On vient de tous les coins de la planète pour apprendre des méthodes et techniques utilisées.
Elle poursuivra son évolution et s’adaptera à toutes les situations, comme elle l’a toujours fait. Mais tout changement profond exige du temps, de la formation, des coûts, de la recherche, de l’investissement.

Bien des questions, cruciales, restent à poser, bien des points essentiels n’ont sans doute pas été envisagés, ou pas assez profondément.
L’agriculture européenne perdra-t-elle en compétitivité face à la concurrence non communautaire?
Les acteurs des canaux commerciaux des aliments, joueront-ils le jeu de l’augmentation des coûts, en respectant les prix de revient des agriculteurs ?
Les consommateurs, seront-ils prêts à accepter une augmentation probable des prix de leurs aliments ?
Les marchés préfèreront-ils acheter des produits non communautaires, moins chers mais souvent moins sûrs, afin de préserver leurs marges sans augmenter les prix à la consommation ?

L’avenir de la qualité de l’alimentation européenne est en jeu, mais pas grand monde ne semble s’en rendre compte.

Image : https://www.bioversityinternational.org/fileadmin/user_upload/research/Quinoa_Bridge.jpg

lundi 7 août 2017

111- Une grave crise phytosanitaire: Xylella fastidiosa

UNE GRAVE CRISE PHYTOSANITAIRE : XYLELLA FASTIDIOSA

José Miguel Mulet est professeur de biotechnologies à l’Université de Valencia, en Espagne, et c’est aussi un grand pourfendeur des idées reçues concernant l’agriculture et l’alimentation. Il donne de nombreuses conférences et a écrit plusieurs ouvrages dont le plus célèbre est « Comer sin miedo » (manger sans avoir peur).
Il tient aussi un blog en espagnol http://jmmulet.naukas.com/

Dans l’article suivant, il nous relate l’histoire véridique et édifiante de la propagation de l’une des pires crises sanitaires des plantes cultivées, probablement comparable à la crise du phylloxera sur la vigne au XIXème siècle.



L’olivier se trouve actuellement dans une situation de risque sans précédent pour un problème phytosanitaire d’une extrême gravité. Il s’agit d’une bactérie dont une souche très virulente a commencé, en 2013, à s’étendre depuis le Sud de l’Italie et progresse rapidement vers le reste de l’Europe, provocant la mort de millions d’arbres centenaires sur son passage.

Malgré le travail des scientifiques et un plan européen de confinement des foyers de l’épidémie, la bactérie Xylella fastidiosa est actuellement hors de contrôle en Italie.


Depuis 2015, la bactérie a été détectée en France, d’abord sur l’île de Corse, puis sur le continent, en Provence.
Depuis 2016, elle a aussi été détectée en Espagne, d’abord aux Iles Baléares, et plus récemment sur le continent, dans la région d’Alicante.
Les foyers français et espagnols sont pour l’instant sous contrôle, mais personne n’est actuellement capable de prédire l’évolution de l’épidémie.


On peut malheureusement craindre que tous les oliviers européens puissent être attaqués, et anéantis en quelques années, si une solution n’est pas rapidement trouvée.
L’observation des infections montre que certaines variétés sont extrêmement sensibles et que d’autres semblent être plus tolérantes. Là réside un espoir de sauver l’espèce, et de pouvoir refaire des plantations là où la bactérie aura tué les oliviers des variétés sensibles.

La recherche travaille d’arrache-pied pour trouver une solution pour au moins stabiliser l’épidémie, mais il faut bien reconnaitre qu’aujourd’hui, nous nous trouvons face à une impasse.
Et les oliviers meurent tous les jours par milliers en Italie.
La France et l’Espagne ont choisi de confiner les foyers grâce à des arrachages préventifs tout autour, en espérant que ces mesures seront suffisantes.



Mais comment a-t-on pu en arriver à ce désastre ?

C’est là que ce drame aux dimensions encore imprécises devient un cas d’école.

Voici le texte complet, seulement épuré de certains commentaires de JM Mulet dont je ne partage pas le ton, même si je suis d’accord avec le fond, et qui n’apportent rien à l’histoire en elle-même.

« Il y a quelques semaines nous arrivait la mauvaise nouvelle de la détection des premières infections de Xylella fastidiosa dans la péninsule, concrètement à Guadalest (Alicante). Elle était arrivée à Majorque fin 2016. Cette bactérie, connue comme « l’Ebola de l’olivier », obstrue les canaux par lesquels circule la sève et la plante sèche, affectée par la maladie de Pierce. La bactérie se propage d’arbre en arbre en utilisant des insectes comme vecteurs.


La Xylella est endémique d’Amérique. Elle a été d’abord identifiée en Californie où, de manière périodique, elle attaque les vignes. D’autres variétés de la bactérie peuvent attaquer les citronniers, les pêchers, les lauriers. C’est l’un des pathogènes végétaux les plus craints, qui est donc périodiquement surveillé, et on contrôle son apparition dans tous les centres de Protection des Végétaux.

Le problème fut détecté en Italie, concrètement dans les Pouilles, en 2013. Pour nous situer sur la carte, si l’Italie a la forme d’une botte, les Pouilles en sont le talon.
Automatiquement les scientifiques alertent de la gravité du problème et la Commission Européenne élabore un plan, dénomme plan Silletti, pour contenir l’épidémie. Actuellement il n’existe aucun traitement efficace contre la Xylella, donc la seule solution est d’éliminer tous les arbres dans un rayon de 100 mètres autour du point d’infection pour éviter que l’insecte [qui transmet la maladie] puisse se déplacer d’arbre en arbre. L’Union Européenne libère un budget pour mettre en place ce plan et poursuivre la surveillance. L’action rapide et précoce est la meilleure solution face à une crise de ce type.


Et c’est là qu’est le problème. Rapidement commencent à apparaitre des rumeurs. Des groupes d’agriculteurs mettent en doute que la Xylella soit la cause de la maladie et s’oppose à l’abattage des arbres. Certains accusent de la maladie, un champignon qui peut être détruit sans tuer les oliviers, d’autres prétendent que la Xylella est facilement contrôlable. Pendant ce temps les scientifiques déterminent que la cause de la maladie est une souche de Xylella très virulente importée par une plante ornementale en provenance du Costa Rica. En parallèle, l’opposition au plan Silletti se développe, orchestrée, bien sûr, par des groupements d’agriculture biologique et biodynamique (…). Ils suggèrent que la Xylella fait partie de l’écosystème et que la solution est de ne rien faire, pour qu’elle s’y intègre, et d’utiliser des fertilisants naturels.
Non, je ne l’invente pas. Vous pouvez lire ici les propositions qu’ils font pour freiner la Xylella (http://xylellareport.it/2015/08/30/who-we-are/).
Certains appellent même à l’action violente contre ce plan (http://xylellacodiro.blogspot.com.es/2016/06/eu-court-of-justice-confirms-xylella.html).


L’opposition commence à s’organiser et devient plus forte. Elle convainc les politiciens et les juges. Par un surprenant et indignant retournement, les écologistes non seulement réussissent à freiner le plan, mais en plus ils accusent les scientifiques d’avoir propagé intentionnellement la maladie. Le procureur présente des charges pénales contre Donato Boscia, de l’Institut de Protection Végétale Durable de Bari. D’après eux, il s’agit d’une souche introduite pour un atelier sur Xylella dans l’Institut lui-même. Le fait que cette souche ne soit pas celle de la maladie et n’affecte pas les oliviers, semble ne pas avoir été suffisant. Le juge poursuivit donc le procès et ordonna une perquisition de l’Institut de Recherche qui avait lancé l’alerte, réquisitionnant les ordinateurs et le matériel de recherche, et freinant donc curieusement le travail des scientifiques les plus qualifiés pour lutter contre la maladie.

Le résultat de l’action judiciaire, de la paralysie du plan de choc et des techniques agroécologiques de contention des maladies, a été que l’épidémie s’est propagée dans tout le Sud de l’Italie affectant des millions d’oliviers et 235.000 hectares, et que la maladie se soit étendue jusqu’aux Baléares et à Guadalest.

Espérons que notre autorité sache prendre exemple de la catastrophe italienne et n’essaient pas de minimiser le problème avec des techniques agroécologiques. Il y a bien longtemps, nous avons vu comment le phylloxéra anéantissait les vignes, et plus récemment comment le grand charançon rouge a exterminé les palmiers. Si nous ne mettons pas en route d’urgence un plan de choc, nous devrons nous habituer à l’huile de soja ou de tournesol, ou à l’huile d’olive de Californie ou d’Afrique du Sud. »



C’est un cas tout à fait intéressant par le déroulement des évènements. Il montre clairement les risques d’une idéologisation de la politique et de la justice en démocratie.

C’est une évolution de plus en plus fréquente dans les pays les plus industrialisés, dans lesquels des groupes de tous poils développent des théories du complot, prennent le pouvoir par réseaux sociaux interposés et manipulent l’opinion par ce même biais.
Il y est « tendance » de penser que la Science s’est vendue aux multinationales qui elles, cherchent à dominer le monde, à contrôler l’alimentation de la planète.

Et si les autorités, qu’elles soient politique, policière ou judiciaire, ne savent pas faire la part des choses, on peut en arriver à des désastres aux dimensions effrayantes.
C’est malheureusement le cas de cette crise phytosanitaire, dont les conséquences seront probablement très graves, sur le plan économique, social, et environnemental.

Et on en arrive à ce genre d’absurdité, qui serait risible si elle n’était pas si grave.


Car si vous comptez, entre arrachages, assainissement, achat des plants, replantations et entretien jusqu’à l’âge adulte, c’est au moins 40.000 € (50.000 $) par hectare qu’il faut compter pour que ces surfaces soient à nouveau productives en huile d’olive, sans compter la dizaine d’années qu’il faudra attendre pour les arbres poussent. Faites le compte : 235.000 hectares x 40.000 euros, nous parlons d’environ 10 milliards d’euros (12 milliards de dollars)…pour l’instant !!!
Et tout ça, en ne prenant en compte que les dégâts agricoles, et en supposant qu’il soit possible de replanter de l’olivier rapidement après l’infestation par cette bactérie, chose qui est loin d’être sûre.
A ça, il faut ajouter les structures oléicoles ruinées, les industries d’emballage, les entreprises de logistique, les milliers de poste de travail perdus, et j’en oublie sûrement. Ce deuxième total est probablement proche du précédent.

Qui rendra des comptes pour ces dégâts terribles ?
Qui est responsable de ce désastre devant la loi et devant la société civile ?

Et les coupables de la perte de contrôle de cette épidémie, qu’ils soient agriculteurs inconscients, militants écologistes, ou agriculteurs inconscients, politiciens ou juges, seront-ils punis pour ce crime ?



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