dimanche 10 juin 2018

132- Intempéries -11- Vortex polaire


INTEMPÉRIES – VORTEX POLAIRE


Cette année 2018 a encore apporté son lot d’intempéries, ici, en Andalousie, comme dans beaucoup d’autres endroits de la planète.
Ce n’est pas tant le type d’intempéries qui est remarquable, sinon leur enchainement, leur fréquence et leur intensité, et bien entendu leurs conséquences. Dans le cas du pêcher ici, on peut parler de la formation de fruits multiples, conséquence de la chaleur en automne, de la difficulté pour les plantes à entrer en dormance, due à un automne interminable, aux dégâts de gel de printemps, aux dégâts de frottement de vent sur les jeunes fruits, aux dégâts de grêle, etc.


Depuis juin 2017, c’est à dire en l’espace d’un an, on peut citer, dans l’ordre, un été particulièrement chaud, battant le record de jours à plus de 40ºC, un automne très sec, chaud et long, un hiver sans pluie et très froid pour la région, des gelées de printemps, puis à partir de fin février, des pluies abondantes et à répétition, accompagnées de vents violents et de nombreux épisodes de grêle, un mois de mai particulièrement frais et peu lumineux, et un mois de juin qui démarre sous le signe de la fraicheur et de l’humidité.
Les années se suivent et ne se ressemblent vraiment pas. Elles ne se ressemblent tellement pas que mes données historiques, accumulées depuis 1974, ne me servent pratiquement plus à rien.
Or comme je vous en ai déjà parlé, les modèles mathématiques sont habituellement d’une grande utilité pour prévoir, anticiper.
Cette capacité à anticiper nous sert à prévoir les dates et la gravité de certains risques phytosanitaires, à situer les dates de récolte, à réaliser des apports d’irrigation ajustés, à fixer les dates des semis, etc.
Ces modèles représentent un élément essentiel dans les méthodes d’agriculture respectueuses de l’environnement, que ce soit la production intégrée ou toutes les formes d’agriculture biologique.

L’agriculture repose sur des cycles naturels, eux-mêmes conditionnés par la météorologie. Les dérèglements du temps affectent très directement les comportements des plantes et des animaux, avec des conséquences potentiellement graves sur la production des aliments.

Image personnelle

Je constate ici que 2018 est la troisième année consécutive montrant des signes tangibles d’un dérèglement climatique. Une année atypique de temps en temps a toujours été la règle. Une période de sécheresse prolongée sur plusieurs années, aussi. Mais une telle succession d’anomalies diverses est très remarquable.

Jusqu’à présent, on nous a toujours dit que le réchauffement climatique est difficile à apprécier localement, que ce sont les données globales qu’il faut prendre en compte. Et jusqu’à 2015, on pouvait le constater, avec une variabilité, somme toute, assez habituelle.
Mais cette série de trois années atypiques devient préoccupante. Il semble que nous entrons dans une phase, également annoncée depuis longtemps par les météorologistes, celle des phénomènes extrêmes.

Un article, publié au mois de mars dernier dans une revue digitale mexicaine, nous apporte une partie de l’explication de cette situation, et nous invite à nous préparer à devoir subir de sérieuses difficultés climatiques dans les décennies à venir.


L’affaiblissement du vortex polaire provoque des froids extrêmes en Europe
Vendredi 2 Mars 2018

Le même phénomène, qui est lié au réchauffement global anthropogénique, a affecté notre pays en janvier dernier

Figure 1 : Le graphique montre les valeurs de températures historiques pour cette époque de l’année dans l’Arctique. La courbe rouge correspond à la température durant les premiers mois de 2018, la courbe blanche la valeur attendue. Ce phénomène crée un dégel historique dans la région qui entoure le Pôle Nord.



Par :
Dr. Alfredo Sandoval Villalbazo, coordinateur du Programme de Service Départemental de Physique du Département de Physique et Mathématiques de l’Université Ibéro Américaine Ville de Mexico.
Chercheur National Niveau II (SNI)


En 2014 fut publiée dans la revue Nature une étude dans laquelle était analysé l’effet du réchauffement de l’Arctique sur le comportement des courants d’air froid qui existent dans cette région de la planète (1). Les auteurs de l’étude montraient que ce réchauffement altèrerait de manière significative l’équilibre du vortex polaire, au point que des masses d’air très froid descendraient éventuellement vers les continents, produisant des froids extrêmes à des latitudes moyennes.

Quatre ans plus tard, l’effet prévu par les auteurs de cette étude s’est vérifié de manière dramatique, affectant la côte Est des Etats-Unis, le Nord-Est du Mexique (2) et plus récemment la Sibérie et l’Europe Occidentale, où ont été constatés des dizaines de décès dus aux froids extrêmes.

Le scénario a également été anticipé, de manière plus urgente, dans une communication scientifique récente envoyée à la Société Météorologique Nord-Américaine; cette dernière fut soumise à un rigoureux arbitrage en mai 2017 et publiée en ligne le 1er février 2018 (3).

Les concentrations élevées de dioxyde de carbone dérivées des activités humaines telles que la combustion des carburants fossiles et les habitudes alimentaires ont fait que l’Arctique enregistre un taux de réchauffement très supérieur au reste de la planète (4).

Pendant les mois de janvier et février 2018, les températures enregistrées dans l’Arctique ont dépassé de près de 20ºC leurs valeurs normales historiques (voir figure 1). Les courants d’air relativement chaud qui ont pénétré dans le cercle polaire boréal ont agi comme une dague qui a donné lieu à deux grandes masses d’air froid lesquelles, en descendant vers les continents, ont provoqué des températures inhabituellement basses, d’abord en Amérique du Nord et ensuite en Europe (voir figure 2).

Figure 2 : Sur cette image, élaborée par l’Institut du Changement Climatique de l’Université de Maine le 10 février 2018, on observe le vortex polaire coupé en deux. Les températures autour du Pôle Nord se trouvent environ 20ºC au-dessus de leur valeur normale (région rouge près du pôle), pendant qu’en Europe et en Amérique du Nord on enregistre des températures significativement basses (régions bleues).



Depuis le début février, la masse d’air polaire située en Sibérie a commencé à se déplacer vers l’Europe de l’ouest formant ce qu’on appelle « la Bête de l’Est », qui a provoqué des tempêtes de neige impressionnantes, même dans des régions situées très au sud de l’Italie (voir figure 3).

Les conséquences du dégel dans l’Arctique ne se limitent pas à des épisodes d’hivers très froids capables d’engendrer des dégâts irréversibles dans les communautés vulnérables. « Ce qui se produits dans l’Arctique ne reste pas dans l’Arctique », mais les altérations dans les modèles des courants atmosphériques extrêmes tels que les ouragans de forte intensité et les vagues de chaleur mortelles.

De plus, on a enregistré des changements dans les propriétés physiques des océans qui affectent les écosystèmes, provocant la migration de nombreuses espèces animales et dans certains cas des scénarios d’extinction.

Figure 3 : sur cette image du début mars 2018 on voit le vortex polaire divisé, avec l’Arctique anormalement chaud, des températures très basses en Europe et des températures modérément basses sur la côte ouest des États-Unis. Les couleurs indiquent les déviations par rapport aux valeurs moyennes pour cette époque de l’année.



A cause des caractéristiques inhabituelles des phénomènes climatiques enregistrés en 2018, de nombreux moyens de communication à l’étranger ont dû concentrer leurs efforts pour fournir la compréhension du phénomène de l’affaiblissement du vortex polaire (5). Il est ironique de constater que ces médias ont dû recourir à de l’information connue depuis des années, publiée dans des revues scientifiques de haut niveau, mais qui était alors passée inaperçue.

Les concentrations de gaz à effet de serre ne baisseront pas dans les prochaines décades jusqu’aux niveaux enregistrés au début du XXème siècle. Il est donc évident qu’on continuera à assister à des phénomènes extrêmes en lien avec le réchauffement climatique. C’est seulement grâce à un meilleur rapprochement entre la communauté scientifique, la société et les différents secteurs des gouvernements qu’on pourra affronter avec succès les scénarios dérivés de la crise écologique que traverse l’humanité. »


Références :

(1)  Baek-Min Kim , Seok-Woo Son, Seung-Ki Min, Jee-Hoon Jeong, Seong-Joong Kim , Xiangdong Zhang, Taehyoun Shim & Jin-Ho Yoon,  “Weakening of the stratospheric polar vortex by Arctic sea-ice loss”,  Nature Communications 5, 4646 (2014)

(2)  A. Sandoval-Villalbazo, ¿Por qué el calentamiento ártico agudiza el frío en nuestro país?, Prensa Ibero, 16 de enero de 2018.

(3)  Kretschmer M. , D. Coumou, L. Agel, M. Barlow, E. Tziperman & J. Cohen,  2017: “More-persistent weak stratospheric polar vortex states linked to cold extremes”,: Bulletin of the American Meteorological Society 

(4)  A. Sandoval-Villalbazo, “ANÁLISIS: Ritmo de calentamiento en el Ártico, superior al resto del planeta”, Prensa Ibero, 2 de mayo de 2017.

(5)  Quelques notes de médias internationaux dans lesquelles sont incluses des descriptions du comportement du vortex polaire dans le contexte du froid en Europe sont :

La revue Forbes

Le journal ABC en Espagne

Le tabloïde britannique The Sun

Le journal Financial Times

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