mercredi 5 avril 2017

101- Naturel vs synthétique -3- Pyréthrines vs pyréthroïdes

PYRÉTHRINES VS PYRÉTHROÏDES

LES PYRÉTHRINES NATURELLES

Parmi les extraits de plantes employés en agriculture biologique, les extraits de pyrèthre tiennent une place à part. En effet, ils ont une action directe et rapide, comparable à n'importe quel bon insecticide de synthèse antérieur aux années 90, et ils ont servi de modèle pour la création d'un grand nombre de molécules de synthèse, encore actuellement les plus utilisées à travers le monde.

Image: http://media.comprendrechoisir.com/usage=full:orientation=horizontal/pyrethre-d-afrique-fleurs

Les pyréthrines sont des principes actifs issus d'une plante, le pyrèthre de Dalmatie (Tanacetum cinerariifolium). Ils ont une forte capacité insecticide grâce à une action neurotoxique élevée. Leur polyvalence est importante, en faisant un insecticide phare de l'agriculture biologique.
D'autres plantes de la même famille ont des propriétés similaires, et possèdent aussi des propriétés pesticides, comme les chrysanthèmes, particulièrement le chrysanthème de Perse (Tanacetum coccineum).

Image: http://il2.picdn.net/shutterstock/videos/8427682/thumb/1.jpg

L'emploi des pyréthrines naturelles est très fréquent en agriculture biologique car leur action de choc est importante. Leur polyvalence permet de lutter contre de nombreux lépidoptères, diptères, homoptères, hémiptères, thysanoptères, hyménoptères, coléoptères, et j'en passe. Bref, elles sont actives sur pucerons, mouches, moustiques, punaises, guêpes, chenilles, asticots, cicadelles et autres.
Leur action neurotoxique est cependant faible ou nulle sur les animaux à sang chaud, ce qui permet leur utilisation dans le domaine domestique ou pour le traitement des puces dans la maison et sur les chiens. Mais les chats, parmi les rares exceptions, y sont très sensibles.
Elles sont donc un insecticide très apprécié pour lutter contre les insectes de maison.
On peut noter que leur dégradation est rapide, en particulier par l'action de la lumière, ce qui leur donne une action peu prolongée dans le temps. C'est un avantage en termes d'effets secondaires sur l'environnement, mais c'est un inconvénient sur le plan agricole, en termes de durée d’efficacité.
Pour maintenir la protection active, ou en cas d'attaques répétées ou prolongées d'insectes nuisibles, l'agriculteur peut être conduit à répéter les traitements plus d'une fois par semaine.

Pourtant, leur polyvalence pour lutter contre les insectes nuisibles s'accompagne de la même polyvalence à éliminer les insectes utiles. Les insectes auxiliaires comme les coccinelles, chrysopes, syrphes, anthocorides ou abeilles sont éliminés aussi rapidement que les nuisibles.
Autre inconvénient, et pas des moindres, ce groupe de molécules est extrêmement toxique pour la faune aquatique. Un déversement accidentel, même de quantités limitées, dans un cours d'eau, peut tuer la totalité des poissons sur plusieurs kilomètres.

Image: http://media.uccdn.com/images/6/1/3/img_insectos_beneficiosos_para_el_jardin_10316_orig.jpg

Bref, c'est un produit naturel, certes, autorisé et largement employé en agriculture biologique, mais qui exige les plus grandes précautions pour être correctement utilisé et pour éviter des effets extrêmement indésirables sur l'environnement.
On peut utiliser des pyréthrines naturelles issues d’extraction industrielle, les plus sures et régulières, mais on peut aussi les obtenir par macération des fleurs ou des feuilles des plantes concernées, comme c'est le cas avec le purin de tanaisie. Dans ce dernier cas, l'utilisation doit être rapide car les molécules libérées par macération et fermentation peuvent rapidement se dégrader sous l'effet de l'hydrolyse. A noter que ces purins ont la réputation de posséder également certaines propriétés répulsives d'insectes et fongicides.


LES PYRÉTHROÏDES DE SYNTHÈSE

Dans les années 60-70, les entreprises de l'agrochimie se sont intéressées  aux propriétés des pyréthrines. En effet le DDT et les autres organo-chlorés, dominant largement le marché à l'époque, présentaient des problèmes variés (sur la santé et sur l’environnement), sérieux (bien qu’on n’en mesurait sans doute pas encore toute la gravité) et de plus en plus nombreux. L'évolution des techniques et des technologies de mesure, des problèmes détectés et des mentalités montraient clairement qu'il devenait urgent de leur trouver des alternatives.
C'est l'époque de la multiplication des organo-phosphorés et surtout de l'apparition, puis de la multiplication, des pyréthroïdes de synthèse.
A partir des formules chimiques des pyréthrines naturelles, les chimistes étudient, avec succès, la possibilité de les modifier pour en augmenter les effets. C'est ainsi qu'on verra apparaitre, au fil des années, des molécules voisines dont le nom sont souvent en relation avec la famille chimique à laquelle elles appartiennent, comme la perméthrine, la cyperméthrine, la deltaméthrine, l'allométhrine, la cyfluthrine, la cihalothrine, mais aussi le fenvalérate, le fluvalinate, et j'en oublie beaucoup.

Image: http://aem.asm.org/content/75/17/5496/F1.large.jpg

Chaque molécule apporte quelques caractéristiques particulières et permet aux firmes chimiques de déposer des brevets, donc d'avoir des exclusivités techniques et commerciales.
Toutes ces molécules ont des spécificités, mais d'une manière générale, si elles conservent les principaux défauts des pyréthrines naturelles (toxicité pour la faune aquatique, polyvalence et toxicité sur beaucoup d'insectes utiles), elles leur apportent quelques caractéristiques importantes:
-       Elles sont spécifiques. Il ne s'agit plus d'un cocktail de molécules aux proportions variables, donc à l'efficacité et aux effets secondaires variables (voir mon article sur l'huile de neem pour en comprendre l'importance https://culturagriculture.blogspot.com.es/2017/02/98-naturel-vs-synthetique-2-huile-de.html).
-       Elles sont beaucoup plus persistantes. On passe ainsi de 4 à 5 jours de persistance, à 2 à 4 semaines. Comme l'effet de choc est similaire et la persistance plus grande, elles permettent de réduire le nombre d'applications pour une même protection, donc elles en réduisent les effets négatifs sur l'environnement.
-       Elles fonctionnent à des doses beaucoup plus basses, réduisant ainsi les pertes dans l'environnement et les effets secondaires négatifs.

Même si leur dégradation est plus lente, elles sont tout de même totalement dégradées en quelques semaines. De fait, elles restent une des familles de pesticides de synthèse dont la dégradation est complète dans l'environnement.
Mais, parmi ces pyréthroïdes de synthèse, il en est au moins un, le tau-fluvalinate, dont les effets secondaires sont nettement meilleurs. En effet, sa toxicité sur abeille est très faible, pour ne pas dire nulle. C’est tellement vrai que cette molécule, un pesticide synthétique de la plus belle espèce, est utilisé pur, directement dans les ruches, pour lutter le varroa, un microacarien parasite des abeilles, probablement la principale cause du déclin des ruches (et non les néonicotinoïdes, quoi que veuillent le faire croire les lobbies écologistes).
  

Image: http://southburnett.com.au/news2/wp-content/uploads/2016/07/varroamite.jpg

Finalement, on se retrouve avec une situation similaire à mon article sur l’huile de Neem. On a, face à face, des produits dont les effets secondaires négatifs sont les mêmes sur la faune aquatique ou sur les insectes utiles.
On peut même dire que certains produits de synthèse sont nettement meilleurs que les produits naturels, puisque le tau-fluvalinate est bien meilleur que les pyréthrines naturelles pour lutter contre le dépérissement des ruches.
Cette molécule de synthèse a longtemps été la seule disponible, et on peut dire qu’elle a sauvé d’une mort certaine des millions de ruches durant les années 80 à 2000. Depuis, d’autres solutions, dont certaines biologiques ont été trouvées, avec un niveau d’efficacité équivalent ou supérieur.
D’autre part, tout en ayant les mêmes effets négatifs, les pyréthroïdes de synthèse permettent une forte réduction des doses et du nombre d’applications. Dans ces conditions, les mêmes effets négatifs s’expriment moins souvent. Autrement dit, une protection à base de pyréthrines naturels, aura des effets secondaires négatifs plus graves car les interventions seront répétées plus fréquemment.

Pourtant, encore une fois pour des raisons d’idéologie, de dogme, l’agriculture biologique préfèrera l’utilisation des pyréthrines naturelles.
Il parait donc préférable de provoquer des dégâts plus graves à l’environnement, plutôt que de changer quoi que ce soit à une idéologie dénuée de tout fondement scientifique.

Un bémol cependant : l’agriculteur biologique fera tout ce qui est en son pouvoir pour éviter d’avoir recours aux pyréthrines naturelles…

…tout comme l’agriculteur en production intégrée le fera pour éviter d’avoir recours aux pyréthroïdes de synthèse, mais lui est classé comme agriculteur conventionnel, donc considéré comme pollueur et empoisonneur.

6 commentaires:

  1. Bonjour
    Pour produire des pyréthrines naturelles, il convient de cultiver des fleurs de pyrèthres. De plus en plus de pyrèthres, puisqu'il y a de plus en plus d'agriculture biologique.
    Savez vous si la culture de ces fleurs de pyrèthres se fait en agriculture biologique ?

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    1. Bonjour, c'est une bonne question, et ça fait partie de mes inquiétudes concernant l'agriculture biologique. Imaginons que demain la planète entière passe en bio. Quelle proportion des terres cultivables devra-t-elle être consacrée à la production de plantes pour la fabrication de pesticides bio? Car les purins d'ortie, tant qu'il y a plus d'orties que d'agriculteurs, pas de problème, mais après?
      Je n'ose même pas penser que des champs de pyrêthre destinés à la fabrication de pesticides bio puissent être cultivés avec des pesticides de synthèse. Mais, y a-t-il un contrôle? Je n'en sais rien.

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    2. Et bien vous allez tomber sur le cul !

      https://erwanseznec.wordpress.com/2016/10/12/comment-le-bio-externalise-les-pesticides-conventionnels-chez-les-pauvres-121016/

      Mais puisqu'on en est aux questions, savez-vous si l'azadirachtine du Neemazal-T/S (qui vient d'être autorisée pour 120 jours à la demande des milieux du bio) est "naturelle" ou de synthèse ? Je suppose que c'est de synthèse, mais j'aimerais en être sûr.

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    3. Je viens de tomber sur le cul !!!!!!!!!!!!!!!

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  2. Bonjour,

    Je viens de retomber dessus dans mes pérégrinations: pour un de vos futurs articles sur ce passionnant sujet:

    http://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0011250

    Choosing Organic Pesticides over Synthetic Pesticides May Not Effectively Mitigate Environmental Risk in Soybeans
    Christine A. Bahlai, Yingen Xue, Cara M. McCreary, Arthur W. Schaafsma, Rebecca H. Hallett

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  3. Merci pour ces liens. C'est bien, ma liste pour cette série, s'allonge, s'allonge. Il y'aura finalement plus à en dire que ce que j'imaginais en la démarrant.

    En ce qui concerne le Neemazal-T/S, il est commercialisé en Espagne depuis plusieurs années, je l'ai d'ailleurs utilisé. C'est a priori un bon produit.
    La fiche technique indique que c'est un extrait naturel. Je vous donne quelques liens, en espagnol. Vous y verrez que c'est un extrait de noix de Neem. Vous y verrez aussi que d'autres substances y sont présentes en quantités variables. Le 3ème lien est celui de Agrichem, qui le commercialise ici, vous y trouverez le "folleto", donc l'info en principe complète. Mais je crois que c'est le premier lien qui est le plus intéressant.

    http://www.agromodol.com/uploads/documentos/Neemazal.PDF

    http://ecotenda.net/es/insecticidas/6271-insecticida-natural-neemazal-ts-1l.html

    http://www.agrichembio.com/producto/neemazal-ts-3/

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