PYRÉTHRINES VS PYRÉTHROÏDES
LES PYRÉTHRINES NATURELLES
Parmi les extraits de plantes employés en
agriculture biologique, les extraits de pyrèthre tiennent une place à part. En
effet, ils ont une action directe et rapide, comparable à n'importe quel bon insecticide
de synthèse antérieur aux années 90, et ils ont servi de modèle pour la
création d'un grand nombre de molécules de synthèse, encore actuellement les
plus utilisées à travers le monde.
Image: http://media.comprendrechoisir.com/usage=full:orientation=horizontal/pyrethre-d-afrique-fleurs
Les pyréthrines sont des principes actifs
issus d'une plante, le pyrèthre de Dalmatie (Tanacetum cinerariifolium). Ils
ont une forte capacité insecticide grâce à une action neurotoxique élevée. Leur
polyvalence est importante, en faisant un insecticide phare de l'agriculture
biologique.
D'autres plantes de la même famille ont des
propriétés similaires, et possèdent aussi des propriétés pesticides, comme les
chrysanthèmes, particulièrement le chrysanthème de Perse (Tanacetum coccineum).
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L'emploi des pyréthrines naturelles est
très fréquent en agriculture biologique car leur action de choc est importante.
Leur polyvalence permet de lutter contre de nombreux lépidoptères, diptères,
homoptères, hémiptères, thysanoptères, hyménoptères, coléoptères, et j'en passe.
Bref, elles sont actives sur pucerons, mouches, moustiques, punaises, guêpes,
chenilles, asticots, cicadelles et autres.
Leur action neurotoxique est cependant
faible ou nulle sur les animaux à sang chaud, ce qui permet leur utilisation
dans le domaine domestique ou pour le traitement des puces dans la maison et
sur les chiens. Mais les chats, parmi les rares exceptions, y sont très sensibles.
Elles sont donc un insecticide très
apprécié pour lutter contre les insectes de maison.
On peut noter que leur dégradation est
rapide, en particulier par l'action de la lumière, ce qui leur donne une action
peu prolongée dans le temps. C'est un avantage en termes d'effets secondaires
sur l'environnement, mais c'est un inconvénient sur le plan agricole, en termes
de durée d’efficacité.
Pour maintenir la protection active, ou en
cas d'attaques répétées ou prolongées d'insectes nuisibles, l'agriculteur peut
être conduit à répéter les traitements plus d'une fois par semaine.
Pourtant, leur polyvalence pour lutter
contre les insectes nuisibles s'accompagne de la même polyvalence à éliminer
les insectes utiles. Les insectes auxiliaires comme les coccinelles, chrysopes,
syrphes, anthocorides ou abeilles sont éliminés aussi rapidement que les nuisibles.
Autre inconvénient, et pas des moindres, ce
groupe de molécules est extrêmement toxique pour la faune aquatique. Un
déversement accidentel, même de quantités limitées, dans un cours d'eau, peut
tuer la totalité des poissons sur plusieurs kilomètres.
Image: http://media.uccdn.com/images/6/1/3/img_insectos_beneficiosos_para_el_jardin_10316_orig.jpg
Bref, c'est un produit naturel, certes, autorisé
et largement employé en agriculture biologique, mais qui exige les plus grandes
précautions pour être correctement utilisé et pour éviter des effets extrêmement
indésirables sur l'environnement.
On peut utiliser des pyréthrines naturelles
issues d’extraction industrielle, les plus sures et régulières, mais on peut
aussi les obtenir par macération des fleurs ou des feuilles des plantes
concernées, comme c'est le cas avec le purin de tanaisie. Dans ce dernier cas,
l'utilisation doit être rapide car les molécules libérées par macération et
fermentation peuvent rapidement se dégrader sous l'effet de l'hydrolyse. A
noter que ces purins ont la réputation de posséder également certaines
propriétés répulsives d'insectes et fongicides.
LES PYRÉTHROÏDES DE SYNTHÈSE
Dans les années 60-70, les entreprises de
l'agrochimie se sont intéressées aux
propriétés des pyréthrines. En effet le DDT et les autres organo-chlorés,
dominant largement le marché à l'époque, présentaient des problèmes variés (sur
la santé et sur l’environnement), sérieux (bien qu’on n’en mesurait sans doute
pas encore toute la gravité) et de plus en plus nombreux. L'évolution des
techniques et des technologies de mesure, des problèmes détectés et des
mentalités montraient clairement qu'il devenait urgent de leur trouver des
alternatives.
C'est l'époque de la multiplication des
organo-phosphorés et surtout de l'apparition, puis de la multiplication, des pyréthroïdes
de synthèse.
A partir des formules chimiques des pyréthrines
naturelles, les chimistes étudient, avec succès, la possibilité de les modifier
pour en augmenter les effets. C'est ainsi qu'on verra apparaitre, au fil des
années, des molécules voisines dont le nom sont souvent en relation avec la
famille chimique à laquelle elles appartiennent, comme la perméthrine, la
cyperméthrine, la deltaméthrine, l'allométhrine, la cyfluthrine, la cihalothrine,
mais aussi le fenvalérate, le fluvalinate, et j'en oublie beaucoup.
Image: http://aem.asm.org/content/75/17/5496/F1.large.jpg
Chaque molécule apporte quelques
caractéristiques particulières et permet aux firmes chimiques de déposer des
brevets, donc d'avoir des exclusivités techniques et commerciales.
Toutes ces molécules ont des spécificités,
mais d'une manière générale, si elles conservent les principaux défauts des pyréthrines
naturelles (toxicité pour la faune aquatique, polyvalence et toxicité sur
beaucoup d'insectes utiles), elles leur apportent quelques caractéristiques
importantes:
- Elles sont spécifiques. Il ne s'agit plus d'un cocktail de molécules aux
proportions variables, donc à l'efficacité et aux effets secondaires variables
(voir mon article sur l'huile de neem pour en comprendre l'importance https://culturagriculture.blogspot.com.es/2017/02/98-naturel-vs-synthetique-2-huile-de.html).
-
Elles sont beaucoup plus persistantes. On
passe ainsi de 4 à 5 jours de persistance, à 2 à 4 semaines. Comme l'effet de
choc est similaire et la persistance plus grande, elles permettent de réduire
le nombre d'applications pour une même protection, donc elles en réduisent les
effets négatifs sur l'environnement.
- Elles fonctionnent à des doses beaucoup plus basses, réduisant ainsi les
pertes dans l'environnement et les effets secondaires négatifs.
Même si leur dégradation est plus lente,
elles sont tout de même totalement dégradées en quelques semaines. De fait,
elles restent une des familles de pesticides de synthèse dont la dégradation
est complète dans l'environnement.
Mais, parmi ces pyréthroïdes de synthèse,
il en est au moins un, le tau-fluvalinate, dont les effets secondaires sont
nettement meilleurs. En effet, sa toxicité sur abeille est très faible, pour ne
pas dire nulle. C’est tellement vrai que cette molécule, un pesticide
synthétique de la plus belle espèce, est utilisé pur, directement dans les ruches,
pour lutter le varroa, un microacarien parasite des abeilles, probablement la
principale cause du déclin des ruches (et non les néonicotinoïdes, quoi que
veuillent le faire croire les lobbies écologistes).
Image: http://southburnett.com.au/news2/wp-content/uploads/2016/07/varroamite.jpg
Finalement, on se retrouve avec une
situation similaire à mon article sur l’huile de Neem. On a, face à face, des
produits dont les effets secondaires négatifs sont les mêmes sur la faune
aquatique ou sur les insectes utiles.
On peut même dire que certains produits de
synthèse sont nettement meilleurs que les produits naturels, puisque le
tau-fluvalinate est bien meilleur que les pyréthrines naturelles pour lutter
contre le dépérissement des ruches.
Cette molécule de synthèse a longtemps été
la seule disponible, et on peut dire qu’elle a sauvé d’une mort certaine des
millions de ruches durant les années 80 à 2000. Depuis, d’autres solutions, dont
certaines biologiques ont été trouvées, avec un niveau d’efficacité équivalent
ou supérieur.
D’autre part, tout en ayant les mêmes
effets négatifs, les pyréthroïdes de synthèse permettent une forte réduction
des doses et du nombre d’applications. Dans ces conditions, les mêmes effets
négatifs s’expriment moins souvent. Autrement dit, une protection à base de
pyréthrines naturels, aura des effets secondaires négatifs plus graves car les
interventions seront répétées plus fréquemment.
Pourtant,
encore une fois pour des raisons d’idéologie, de dogme, l’agriculture
biologique préfèrera l’utilisation des pyréthrines naturelles.
Il parait
donc préférable de provoquer des dégâts plus graves à l’environnement, plutôt
que de changer quoi que ce soit à une idéologie dénuée de tout fondement
scientifique.
Un bémol cependant : l’agriculteur
biologique fera tout ce qui est en son pouvoir pour éviter d’avoir recours aux
pyréthrines naturelles…
