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mercredi 5 avril 2017

101- Naturel vs synthétique -3- Pyréthrines vs pyréthroïdes

PYRÉTHRINES VS PYRÉTHROÏDES

LES PYRÉTHRINES NATURELLES

Parmi les extraits de plantes employés en agriculture biologique, les extraits de pyrèthre tiennent une place à part. En effet, ils ont une action directe et rapide, comparable à n'importe quel bon insecticide de synthèse antérieur aux années 90, et ils ont servi de modèle pour la création d'un grand nombre de molécules de synthèse, encore actuellement les plus utilisées à travers le monde.

Image: http://media.comprendrechoisir.com/usage=full:orientation=horizontal/pyrethre-d-afrique-fleurs

Les pyréthrines sont des principes actifs issus d'une plante, le pyrèthre de Dalmatie (Tanacetum cinerariifolium). Ils ont une forte capacité insecticide grâce à une action neurotoxique élevée. Leur polyvalence est importante, en faisant un insecticide phare de l'agriculture biologique.
D'autres plantes de la même famille ont des propriétés similaires, et possèdent aussi des propriétés pesticides, comme les chrysanthèmes, particulièrement le chrysanthème de Perse (Tanacetum coccineum).

Image: http://il2.picdn.net/shutterstock/videos/8427682/thumb/1.jpg

L'emploi des pyréthrines naturelles est très fréquent en agriculture biologique car leur action de choc est importante. Leur polyvalence permet de lutter contre de nombreux lépidoptères, diptères, homoptères, hémiptères, thysanoptères, hyménoptères, coléoptères, et j'en passe. Bref, elles sont actives sur pucerons, mouches, moustiques, punaises, guêpes, chenilles, asticots, cicadelles et autres.
Leur action neurotoxique est cependant faible ou nulle sur les animaux à sang chaud, ce qui permet leur utilisation dans le domaine domestique ou pour le traitement des puces dans la maison et sur les chiens. Mais les chats, parmi les rares exceptions, y sont très sensibles.
Elles sont donc un insecticide très apprécié pour lutter contre les insectes de maison.
On peut noter que leur dégradation est rapide, en particulier par l'action de la lumière, ce qui leur donne une action peu prolongée dans le temps. C'est un avantage en termes d'effets secondaires sur l'environnement, mais c'est un inconvénient sur le plan agricole, en termes de durée d’efficacité.
Pour maintenir la protection active, ou en cas d'attaques répétées ou prolongées d'insectes nuisibles, l'agriculteur peut être conduit à répéter les traitements plus d'une fois par semaine.

Pourtant, leur polyvalence pour lutter contre les insectes nuisibles s'accompagne de la même polyvalence à éliminer les insectes utiles. Les insectes auxiliaires comme les coccinelles, chrysopes, syrphes, anthocorides ou abeilles sont éliminés aussi rapidement que les nuisibles.
Autre inconvénient, et pas des moindres, ce groupe de molécules est extrêmement toxique pour la faune aquatique. Un déversement accidentel, même de quantités limitées, dans un cours d'eau, peut tuer la totalité des poissons sur plusieurs kilomètres.

Image: http://media.uccdn.com/images/6/1/3/img_insectos_beneficiosos_para_el_jardin_10316_orig.jpg

Bref, c'est un produit naturel, certes, autorisé et largement employé en agriculture biologique, mais qui exige les plus grandes précautions pour être correctement utilisé et pour éviter des effets extrêmement indésirables sur l'environnement.
On peut utiliser des pyréthrines naturelles issues d’extraction industrielle, les plus sures et régulières, mais on peut aussi les obtenir par macération des fleurs ou des feuilles des plantes concernées, comme c'est le cas avec le purin de tanaisie. Dans ce dernier cas, l'utilisation doit être rapide car les molécules libérées par macération et fermentation peuvent rapidement se dégrader sous l'effet de l'hydrolyse. A noter que ces purins ont la réputation de posséder également certaines propriétés répulsives d'insectes et fongicides.


LES PYRÉTHROÏDES DE SYNTHÈSE

Dans les années 60-70, les entreprises de l'agrochimie se sont intéressées  aux propriétés des pyréthrines. En effet le DDT et les autres organo-chlorés, dominant largement le marché à l'époque, présentaient des problèmes variés (sur la santé et sur l’environnement), sérieux (bien qu’on n’en mesurait sans doute pas encore toute la gravité) et de plus en plus nombreux. L'évolution des techniques et des technologies de mesure, des problèmes détectés et des mentalités montraient clairement qu'il devenait urgent de leur trouver des alternatives.
C'est l'époque de la multiplication des organo-phosphorés et surtout de l'apparition, puis de la multiplication, des pyréthroïdes de synthèse.
A partir des formules chimiques des pyréthrines naturelles, les chimistes étudient, avec succès, la possibilité de les modifier pour en augmenter les effets. C'est ainsi qu'on verra apparaitre, au fil des années, des molécules voisines dont le nom sont souvent en relation avec la famille chimique à laquelle elles appartiennent, comme la perméthrine, la cyperméthrine, la deltaméthrine, l'allométhrine, la cyfluthrine, la cihalothrine, mais aussi le fenvalérate, le fluvalinate, et j'en oublie beaucoup.

Image: http://aem.asm.org/content/75/17/5496/F1.large.jpg

Chaque molécule apporte quelques caractéristiques particulières et permet aux firmes chimiques de déposer des brevets, donc d'avoir des exclusivités techniques et commerciales.
Toutes ces molécules ont des spécificités, mais d'une manière générale, si elles conservent les principaux défauts des pyréthrines naturelles (toxicité pour la faune aquatique, polyvalence et toxicité sur beaucoup d'insectes utiles), elles leur apportent quelques caractéristiques importantes:
-       Elles sont spécifiques. Il ne s'agit plus d'un cocktail de molécules aux proportions variables, donc à l'efficacité et aux effets secondaires variables (voir mon article sur l'huile de neem pour en comprendre l'importance https://culturagriculture.blogspot.com.es/2017/02/98-naturel-vs-synthetique-2-huile-de.html).
-       Elles sont beaucoup plus persistantes. On passe ainsi de 4 à 5 jours de persistance, à 2 à 4 semaines. Comme l'effet de choc est similaire et la persistance plus grande, elles permettent de réduire le nombre d'applications pour une même protection, donc elles en réduisent les effets négatifs sur l'environnement.
-       Elles fonctionnent à des doses beaucoup plus basses, réduisant ainsi les pertes dans l'environnement et les effets secondaires négatifs.

Même si leur dégradation est plus lente, elles sont tout de même totalement dégradées en quelques semaines. De fait, elles restent une des familles de pesticides de synthèse dont la dégradation est complète dans l'environnement.
Mais, parmi ces pyréthroïdes de synthèse, il en est au moins un, le tau-fluvalinate, dont les effets secondaires sont nettement meilleurs. En effet, sa toxicité sur abeille est très faible, pour ne pas dire nulle. C’est tellement vrai que cette molécule, un pesticide synthétique de la plus belle espèce, est utilisé pur, directement dans les ruches, pour lutter le varroa, un microacarien parasite des abeilles, probablement la principale cause du déclin des ruches (et non les néonicotinoïdes, quoi que veuillent le faire croire les lobbies écologistes).
  

Image: http://southburnett.com.au/news2/wp-content/uploads/2016/07/varroamite.jpg

Finalement, on se retrouve avec une situation similaire à mon article sur l’huile de Neem. On a, face à face, des produits dont les effets secondaires négatifs sont les mêmes sur la faune aquatique ou sur les insectes utiles.
On peut même dire que certains produits de synthèse sont nettement meilleurs que les produits naturels, puisque le tau-fluvalinate est bien meilleur que les pyréthrines naturelles pour lutter contre le dépérissement des ruches.
Cette molécule de synthèse a longtemps été la seule disponible, et on peut dire qu’elle a sauvé d’une mort certaine des millions de ruches durant les années 80 à 2000. Depuis, d’autres solutions, dont certaines biologiques ont été trouvées, avec un niveau d’efficacité équivalent ou supérieur.
D’autre part, tout en ayant les mêmes effets négatifs, les pyréthroïdes de synthèse permettent une forte réduction des doses et du nombre d’applications. Dans ces conditions, les mêmes effets négatifs s’expriment moins souvent. Autrement dit, une protection à base de pyréthrines naturels, aura des effets secondaires négatifs plus graves car les interventions seront répétées plus fréquemment.

Pourtant, encore une fois pour des raisons d’idéologie, de dogme, l’agriculture biologique préfèrera l’utilisation des pyréthrines naturelles.
Il parait donc préférable de provoquer des dégâts plus graves à l’environnement, plutôt que de changer quoi que ce soit à une idéologie dénuée de tout fondement scientifique.

Un bémol cependant : l’agriculteur biologique fera tout ce qui est en son pouvoir pour éviter d’avoir recours aux pyréthrines naturelles…

…tout comme l’agriculteur en production intégrée le fera pour éviter d’avoir recours aux pyréthroïdes de synthèse, mais lui est classé comme agriculteur conventionnel, donc considéré comme pollueur et empoisonneur.

vendredi 25 mars 2016

73- Sauver les abeilles sans couper de têtes

SAUVER LES ABEILLES SANS COUPER DE TÊTES.

Le 18 mars, les députés français ont voté l’interdiction de tous les insecticides de la famille des néonicotinoïdes, avec effet en septembre 2018.
Le parlement a décidé de couper une tête pour la montrer au peuple en colère. Un symbole. Le parlement montre ainsi qu’il écoute le peuple et agit … même en dépit du bon sens.

L’exécution du roi Louis XVI, un symbole plus qu’une nécessité.

Il est tout de même intéressant de constater que ce texte a été adopté par 51,7% des suffrages exprimés, donc une toute petite majorité des votants. C’est d’autant plus intéressant que les votants n’étaient 58 présents, pour 577 députés que compte l’Assemblée Nationale française !!!
C’est tout simplement une honte, un déni de démocratie. Comment un texte de loi peut-il être adopté avec seulement 5,2% de vote favorable ?
On se moque du monde !!!
Une loi, dont les conséquences pourraient être graves, est adoptée parce que Mesdames et Messieurs les députés ont voulu avancer de quelques heures leurs vacances de Pâques. Un peu de sérieux, s’il vous plait. Pourquoi croyez-vous que vous êtes élus ? Pour être absents du Parlement ? Vous êtes les représentants du peuple, et c’est votre devoir d’être présents. C’est juste un peu plus d’abus de pouvoir.
Espérons juste que le Sénat, qui doit encore ratifier ce texte, s’intéressera un peu plus sérieusement au sujet, et à l’avenir de l’agriculture.

Mais c'est une autre question.
Penchons-nous donc un peu au chevet de ces malheureuses abeilles, objets de toutes les convoitises économiques, politiques et idéologiques.
Je vous en ai déjà parlé l’année dernière, dans un article intitulé « Sauver les abeilles » https://culturagriculture.blogspot.com.es/2015/06/45-sauver-les-abeilles.html

Forum Phyto, un site dont je vous ai déjà parlé et auquel vous pouvez accéder directement depuis ce blog, a récemment publié un article sur le sujet, intitulé « Au Canada, des sachets de graines gratuits pour sauver les abeilles » http://www.forumphyto.fr/2016/03/16/au-canada-des-sachets-de-graines-gratuits-pour-sauver-les-abeilles/
Il y fait référence à une conférence tout à fait intéressante d'une grande spécialiste des abeilles, Maria Spivak. Elle dure 15 mn, en anglais avec sous-titrage français. Je vous conseille vivement de l'écouter. Je ne partage pas tout ce qu’elle dit, mais la cohérence de son discours et la passion qu’elle y met méritent le respect.
Allez-y, on se retrouve après.


Donc, que doit-on en retenir ?
Plusieurs points essentiels sur les causes multiples des mortalités des abeilles.

Le premier point est le changement des modes de culture après la seconde guerre mondiale. Les rotations de culture avaient, entre autres, comme objectif, d’intégrer des légumineuses, plantes qui ont la capacité à fixer l’azote de l’air, donc à enrichir le sol  lorsqu’on les enfouit comme préparation pour la culture suivante. L’utilisation massive des engrais azotés a supprimé ce besoin, et a pratiquement provoqué la disparition, au moins partielle, de ce système de rotation, malgré les autres avantages qu’ils apportaient, en particulier la présence de fleurs, donc un gros réservoir alimentaire pour les abeilles.

Ensuite, l’utilisation généralisée des herbicides, afin d’améliorer la production, et la suppression des couverts végétaux, en appauvrissant la biodiversité, ont aggravé la situation de manque de fleurs.

La combinaison de ces deux problèmes a provoqué la formation de déserts alimentaires agricoles, dans lesquels les abeilles ne peuvent pas survivre, puisqu’elles ne sont pas capables de s’alimenter du printemps à l’arrivée de l’hiver. De très grandes régions du monde sont concernées par cette « désertification alimentaire », par exemple dans les grandes régions céréalières.

Pourtant, de nombreuses productions agricoles ont besoin des abeilles. Les pratiques actuelles tendent à faire voyager les ruches d’une région à l’autre pour la pollinisation des cultures. Beaucoup d’apiculteurs se sont même spécialisés dans la pollinisation, car c’est plus rentable que le miel.
En effet, un point dont ne parle pas Maria Spivak, est la faible rentabilité de la production de miel. C’est pourtant important d’en parler car c’est une des causes de la diminution du nombre de ruches. Moins d’apiculteurs, moins de ruches. Et les apiculteurs restant, en leur majorité, vivent de la pollinisation, le miel ne constituant qu’un complément de leurs revenus.
Et pour polliniser, il faut déplacer les ruches d’une parcelle à l’autre, d’une ferme à l’autre, ou d’une région à l’autre. Une même ruche peut ainsi faire 3 ou 4 pollinisations par an, avec les voyages d’aller et de retour à chaque fois. Or chacun de ces transports successifs est traumatisant et provoque des désorientations et des pertes importantes d’abeilles.


Les insecticides sont une des causes du déclin des abeilles, c'est évident. Personne ne le nie et les agriculteurs sont les premiers à s'en inquiéter, après les apiculteurs, bien sûr. Les néonicotinoïdes ont une particularité, ils sont systémiques, c’est à dire qu’ils sont absorbés par la plante et circulent par la sève. A ce titre, ils présentent un danger spécifique: ils peuvent effectivement, si les conditions d'utilisation ne sont pas appropriées, se retrouver dans le nectar. Or ces produits, même en quantité très faible, ont la propriété de réduire la capacité des abeilles à s'orienter, donc à retourner à la ruche.
Il faut pourtant relativiser le discours de Maria Spivak. L’utilisation des pesticides ne répond pas au besoin de lutter contre des ravageurs, herbes et maladies qui n’auraient pas existé sans l’agriculture intensive. Ce n’est que très partiellement vrai. La vraie raison est le besoin de produire plus par hectare, pour faire face à plusieurs évolutions : la demande alimentaire considérablement plus importante par l’augmentation exponentielle de la population, et la stagnation, voire la baisse du prix des denrées alimentaires (au moins ce qu’en touche l’agriculteur), qui oblige l’agriculteur à produire davantage pour compenser la baisse de revenu.

L’enrobage des semences, dont elle parle, présentait un énorme intérêt : l’insecticide se diffusant dans la plante, son action interne évite l’utilisation du même insecticide ou d’un autre, potentiellement plus dangereux, à des doses infiniment plus élevées, et en traitement aérien, donc avec des risques d’effets collatéraux beaucoup plus importants, y compris sur les abeilles.
Mais cette méthode est désormais interdite et le déclin des abeilles n’a pas été enrayé pour autant…

Un autre point essentiel dans les problèmes de mortalité des abeilles, est le problème sanitaire des ruches, avec, en particulier, les attaques de varroa, un acarien parasite, dont la lutte est difficile, mais rendue possible en particulier grâce à un autre insecticide de synthèse, le tau-fluvalinate. Mais il faut aussi compter avec les bactéries de la loque américaine et de la loque européenne, ainsi que de nombreux virus, et, plus récemment, l’extension de son terrible prédateur, le frelon asiatique.

Ensuite, et semble-t-il surtout, la monoculture, très pratiquée en agriculture dans certaines régions, ainsi que la progression de l'urbanisation réduisent considérablement les possibilités alimentaires des ruches. Les abeilles sont des animaux qui doivent s'alimenter quotidiennement (pas possible !). Elles ont donc besoin de trouver des fleurs à butiner durant toute leur période d'activité.
La pauvreté de la biodiversité dans certaines zones cultivées, autour des villes, sur le bord des routes ou des voies ferrées, augmente encore l’effet de désert alimentaire.
Durant un temps, en France, l'Etat aidait les agriculteurs qui choisissaient de semer des jachères fleuries. Les problèmes de rotation des cultures, et surtout la fin des jachères obligatoires, donc subventionnées, a fait presque disparaitre cette pratique, pourtant si bénéfique pour les ruches.


J'ajouterai un point supplémentaire, peut-être pas suffisamment mis en avant, mais pourtant très sérieux, et mettant en cause les apiculteurs eux-mêmes: l'origine des abeilles. Dans de nombreux cas, des reines sont importées pour augmenter la capacité productive des ruches. Leur origine peut-être lointaine, parfois même de l’hémisphère sud. Mais leur adaptation à leur nouvel environnement et au climat est parfois difficile, surtout si en plus il y a aussi un changement de saison dû au changement d’hémisphère. Vous pouvez lire l’article du Huffington Post (édition française) intitulé «Les abeilles victimes des pesticides? Ce n'est pas aussi simple... »  http://www.huffingtonpost.fr/2015/06/17/abeilles-victimes-pesticides-pas-aussi-simple_n_7604548.html  ainsi que le livre dont il parle, du journaliste scientifique Vincent Tardieu, « L’étrange silence des abeilles », dans lequel l’ensemble des causes est abordé http://lesilencedesabeilles.over-blog.com/

Finalement, si on reprend, à la fois la conférence de Maria Spivak, le travail de Vincent Tardieu et les nombreuses études de toutes origines publiées sur ce sujet, on se rend compte que le problème est extrêmement complexe, et que le point dominant n’est pas, comme certains veulent le laisser croire, un coupable idéal et si facile à condamner, un groupe d’insecticides.


Bref, les causes sont multiples. Les députés français ont choisi, par leur vote ou par leur absence, de céder au diktat de lobbies environnementalistes, dont les objectifs sont pour le moins douteux, et les moyens de pression encore plus douteux. Pourtant rien de nouveau n’a été publié sur le sujet, aucune étude ou expertise récente ne met davantage en cause ces pesticides, rien qui vienne corroborer la thèse que cette interdiction puisse résoudre d’une quelconque manière le problème de déclin des abeilles. Mais, en France, nous sommes en période préélectorale, et il faut aller à la pêche aux voix, satisfaire le petit peuple, même si les conséquences sont graves.

Mais cette interdiction aura des conséquences, n’en doutez pas, mais sans doute pas celles attendues. Les problèmes des cultures disparaitront-ils avec cette interdiction ?
Que croyez-vous que feront les agriculteurs qui devront continuer de produire et de rentabiliser leur travail ?
Ils traiteront encore plus, puisque les produits qui leur ont permis de traiter moins ces dernières années seront désormais interdits. Car l’arrivée des néonicotinoïdes, au début des années 90, a permis une nette réduction des quantités d’insecticides appliquées par hectare. Et ils traiteront avec des produits beaucoup moins sournois, c’est vrai, des produits qui tuent les abeilles net, bien net, en quelques minutes, comme au bon vieux temps
Car ces produits ont une autre particularité, leur mode d’action, qui permet à l’agriculteur, lorsque les problèmes sont graves, d’alterner les familles de produits et surtout les modes d’action, de manière à éviter le risque d’apparition de souches résistantes des parasites. Encore une famille de moins, après les organo-chlorés, les carbamates, les organo-phosphorés, entre autres.
Car un des principes de base de la production raisonnée ou intégrée est précisément l’alternance des modes d’action, de manière à réduire, d’une part le risque de résistances, et d’autre part l’impact, non pas du traitement en lui-même, mais de l’ensemble des applications qui pourraient être réalisées au cours d’une année.
Une famille de moins, c’est un peu plus de poids environnemental de ce qui reste. Et qu’est-ce qui reste, d’ailleurs ? Quelques nouveaux produits, et surtout les pyréthroïdes de synthèse, un groupe de molécules à puissant effet de choc, très polyvalents, relativement respectueux des abeilles, mais extrêmement toxiques pour la faune aquatique.
Bonjour les abeilles, adieu les poissons. Ça c’est de l’écologisme cohérent !!!

Ne serait-il pas plus raisonnable de contrôler le bon usage de ce qui existe ? Car les néonicotinoïdes, s’ils sont bien utilisés, ne posent pas de problème sérieux. Il suffit pour ça de s’assurer que les périodes d’application ne permettent pas à ces produits de se retrouver dans le nectar.
Par exemple, dans les vergers dont je m’occupe, la ferme principale fait 300 hectares, tout en pêcher, sauf 15 hectares de prunier. Ces pruniers ont besoin de ruches pour leur pollinisation. L’ensemble des vergers reçoit habituellement deux applications de néonicotinoïdes par an, parfois plus, au cas par cas. Regardez les deux vidéos de ruches de ce printemps, après 3 semaines de présence dans les pruniers.



Et figurez-vous que l’apiculteur nous demande d’héberger ses ruches toute l’année, chose que nous faisons depuis plus de 10 ans. De fait, la floraison est finie, et les ruches sont effectivement sur la ferme.
Alors, qui intoxique qui ?
L’agriculteur avec les pesticides ?
Ou plutôt les lobbies environnementalistes avec la pollution du débat public ?

Au Canada, la marque de céréales Cheerios a lancé une opération de marketing très intéressante, dans la mesure où elle aidera à faire prendre conscience au public, d'une part de l'importance de ce problème, et d'autre part que chacun peut participer, depuis son jardin ou son balcon, à la sauvegarde des abeilles, en semant des fleurs. Des fleurs du printemps à l'automne, des fleurs diverses, variées, qui permettent aux abeilles de se nourrir durant toute leur période d'activité.

Alors oui, je vous le confirme, sur cette ferme de 300 hectares, il y a quelque chose de particulier, une large bordure végétale sauvage, qui isole la ferme du fleuve qui la longe sur plus de 5 km, où la végétation est libre, et où la biodiversité est élevée, permettant aux abeilles de s’alimenter toute l’année.


Cessons de raconter n’importe quoi, et cessons d’interdire.
Il faut règlementer, contrôler, s’assurer du bon emploi des produits disponibles.
Il faut surtout forcer, par tous les moyens possibles (aides, assistance, amendes), l’installation de nombreuses zones de biodiversité. Pour cela, il faut éduquer, inciter, aider, subventionner toutes les démarches positives, mais aussi pénaliser si c’est nécessaire.
Et vous verrez comme tout changera, sans besoin, une fois de plus d’agresser l’agriculture.

Mais il est plus facile, moins cher, et électoralement plus rentable d’interdire.
C’est pitoyable et ridicule. Les parlementaires français ont choisi la pire des solutions. Ils vont provoquer une aggravation de la situation environnementale des zones agricoles et ne vont rien résoudre au niveau des abeilles.

En fait, chacun peut aider, participer au sauvetage des abeilles. Semez donc dans votre jardin, sur votre balcon, dans les pots de fleurs, au bord des routes, partout, des mélanges de fleurs, ceux qu’on trouve pour les jachères fleuries ou pour un jardin fleuri tout l’été. Ces petites contributions individuelles sont faciles, abordables pour tous, et très importantes car très efficaces.

Sans ça, et malgré toutes les interdictions de pesticides, les abeilles continueront de mourir, de faim.

Le jour où les députés comprendront qu’il est plus efficace (mais plus difficile) d’inciter que d’interdire, alors la société civile sera à la veille d’un changement profond.
Mais c’est tellement plus facile d’avoir un bouc émissaire, une tête de Turc, un coupable idéal dont on peut montrer la tête guillotinée au petit peuple bien manipulé et avide de vengeance.

dimanche 21 juin 2015

45- Sauver les abeilles

SAUVER LES ABEILLES
David contre Goliath ?

Une photographe française, Marie Lasource, de Marseille, que je suis sur Facebook, vient de publier une série de photos magnifiques sur les abeilles. Je vous invite à aller les voir sur le lien suivant :

Elle me procure l’occasion d’aborder le sujet des abeilles, dont je ne vous ai pas encore parlé.
Comme illustration de l’article je vais mettre une photo que j’ai faite ce printemps. Elle n’a pas la qualité d’une photo professionnelle, mais je l’aime bien.


La polémique concernant les effets des insecticides sur les abeilles gonfle jour après jour au niveau mondial.
Le sujet a été très largement repris et sur-utilisé par les différents lobbies écologistes, dans le but principal de faire supprimer toute une famille entière d’insecticides, les néonicotinoïdes, très largement utilisés dans l’agriculture mondiale.
Pourtant, les évidences scientifiques mises en avant sont très largement discutables. Même la propre communauté scientifique mondiale reconnait que le problème est extrêmement complexe.
N’étant pas moi-même scientifique, je ne vais pas entrer dans ce débat.

Il faut avant tout signaler que le déclin des abeilles est un phénomène très préoccupant, mais dont la gravité réelle est relative, dans la mesure où la population globale d’abeille ne va pas si mal que certains veulent nous le faire croire. La courbe ci-dessous, extraite de http://pflanzenschuetzer.ch/mit-den-honigbienen-geht-es-aufwaerts/?lang=fr
et provenant de données de la FAO, montre que les colonies d’abeilles, ainsi que la production de miel (prouvant que les colonies d’abeilles sont actives) suivent une tendance positive de progression.
Ce que l’on constate en général, ce sont de brusques aggravations locales, avec des mortalités parfois dramatiques, mais le plus souvent ponctuelles.
L’étude Epilobee en Europe montre d’importantes variations de mortalité de colonies d’une année à l’autre (http://ec.europa.eu/food/animals/live_animals/bees/study_on_mortality/index_en.htm).
La tendance sur le long terme reste tout de même positive.
Il est donc important de relativiser la gravité du problème, même s’il faut le prendre très au sérieux. Aujourd’hui, selon la FAO, ainsi que selon Epilobee, il n’y a aucune raison de craindre une disparition des abeilles.

Je veux me placer, encore une fois, du côté de l’agriculteur.
Dans ce débat, comme dans beaucoup d’autres, les agriculteurs sont soupçonnés de défendre ces insecticides dans un but essentiellement productiviste.
Pourtant, il y a ici un point très contradictoire.
Un des arguments les plus mis en avant, est que la disparition des abeilles provoquerait la disparition de nombreux aliments végétaux, dont la production serait pratiquement annihilée.
Les premiers touchés par des problèmes de pollinisation seraient donc les agriculteurs eux-mêmes, avec des dégâts beaucoup plus graves que ceux provoqués par la disparition d’une famille d’insecticides. Ils sont donc les premiers, après les apiculteurs bien sûr, à avoir un intérêt direct dans la préservation des abeilles.
Je suis moi-même producteur de pêches, qui se pollinisent très bien sans assistance, mais aussi de prunes, qui ne produiraient pratiquement pas sans la participation active des abeilles. Pourtant j’utilise des pesticides, même des néonicotonoïdes, mais avec d’infinies précautions, de la même manière que j’utilise n’importe quel autre pesticide, en tenant compte de tous leurs effets indésirables.
Ce qu’il faut comprendre, c’est que l’utilisation des insecticides répond à une préoccupation d’un autre ordre. Il s’agit avant tout de garantir la bonne santé des plantes et la qualité des aliments produits. Si les pesticides dans leur ensemble, sont correctement utilisés, qu’ils soient chimiques ou biologiques, ils ne représentent pas de danger pour les abeilles. Et c’est la même chose pour les néonicotinoïdes. Ces derniers souffrent d’une réputation exécrable auprès du public, due essentiellement à des effets inattendus de l’enrobage des semences. Cette technique, pratiquée dans les années 1990-2000, avait des conséquences graves sur les abeilles lors du butinage, plusieurs semaines ou plusieurs mois après le semis. Une fois ces problèmes identifiés, cet usage a été interdit. Mais tout ce groupe d’insecticides est resté la cible d’attaques injustifiées.
Le débat sur les effets des produits sur les abeilles est loin d’être simple. Sur le link suivant, vous trouverez (en anglais) un article, en fait un appel à l’interdiction de deux insecticides biologiques, la roténone et l’azadirachtine pour leurs graves effets secondaires sur les abeilles et l’environnement.
Il faut aussi savoir que la simple pulvérisation d’eau, sans aucun produit ajouté d’aucune sorte, aux heures de butinage des abeilles, provoque la mort d’un grand nombre d’individus. Les abeilles sont des insectes très fragiles. Les agriculteurs le savent et en tiennent toujours compte. Ils ont besoin des abeilles et savent les préserver.
Or la suppression d’une famille entière d’insecticides provoquera inévitablement la sur-utilisation des rares produits restant, et dans des conditions qui ne seront pas forcément favorables aux abeilles, ou d’une façon plus générale à l’environnement.
L’intérêt, pour un agriculteur, de disposer d’une diversité de produits et de modes d’action pour protéger les cultures, est avant tout de pouvoir alterner les familles. Cela permet d’augmenter l’efficacité tout en réduisant le nombre d’applications nécessaires et le risque de voir apparaitre des souches résistantes de la maladie ou de l’insecte à combattre.
Car depuis une quinzaine d’années, la Communauté Européenne, comme je vous l’ai déjà expliqué, a supprimé environ 70% des pesticides autorisés. Les suppressions ont répondu à plusieurs types de considérations, en particulier les risques environnementaux, la capacité de ces molécules à se dégrader rapidement dans l’air, l’eau, les sols et les aliments, et les risques sanitaires.
Les produits actuellement autorisés sont déjà passés par de nombreuses phases expérimentales destinées à vérifier qu’elles soient aptes à être autorisées. Les gouvernements nationaux restent cependant libres d’être plus sévères que la règlementation européenne. En aucun cas ils ne peuvent être plus laxistes.


Soyons clairs, on va interdire les néonicotinoïdes, mais on ne résoudra pas de problème visé. Mais par contre, on en provoquera un autre, grave, aux conséquences difficilement prévisibles.

En effet, la mortalité des abeilles est un phénomène complexe, dans lequel il est probable que les insecticides jouent un rôle aggravant, mais sans doute pas le rôle principal.
Pourquoi, sinon, les abeilles déclinent-elles en zones de montagne où les insecticides sont très peu utilisés, ou dans certaines régions d’Afrique par exemple, où l’agriculture reste très traditionnelle avec une très faible utilisation de pesticides ?

Les causes principales sont un développement non contrôlé d’un certain nombre de problèmes sanitaires des abeilles et des ruches (varroa,  bactéries de la loque américaine et de la loque européenne, frelon asiatique, plus de 20 types de virus, etc), une réduction préoccupante de la biodiversité dans certains secteurs, et des importations de races d’abeilles d’autres origines, pas toujours préparées à survivre dans leurs nouvelles conditions de vie (voir à ce propos, le récent article du Huffington Post dans son édition française http://www.huffingtonpost.fr/2015/06/17/abeilles-victimes-pesticides-pas-aussi-simple_n_7604548.html#.)
Les abeilles ont besoin de fleurs. La diversité végétale leur permet de trouver des aliments tout au long de leur période d’activité. La réduction locale de cette diversité provoque, dans les colonies d’abeilles, des périodes de manque qui les oblige à voler toujours plus loin pour trouver des fleurs, et oblige aussi les abeilles à commencer à voler plus jeunes. Bref, les abeilles ont faim, et une des solutions consiste à alimenter les ruches. Voyez l’article suivant, en français. http://www.forumphyto.fr/2014/09/05/pour-la-sante-des-abeilles-une-seule-priorite-les-nourrir/
Tout cela provoque un épuisement des ouvrières et un affaiblissement des ruches, ce qui les rend plus sensibles aux attaques des parasites et aux effets secondaires combinés des pesticides et de la pollution.
Cette réduction de biodiversité est très marquée autour des villes, autour des routes, voies ferrées et autres services publics. Dans des régions a priori peu sensibles à ce genre de phénomène, elle est aussi affectée par les changements climatiques. Elle est également marquée au niveau de l’agriculture, surtout par la spécialisation de régions entières. Une région céréalière par exemple, ne pourra chercher la biodiversité que dans le maintien ou l’établissement de zones boisées ou non cultivées, de jachères. Une région spécialisée en cultures fruitières et légumières à l’air libre aura peu de risque d’appauvrissement de la biodiversité.

Ce qu’il faut bien comprendre, c’est qu’on stigmatise un unique problème, en l’occurrence secondaire, alors que l’on n’agit pas sur les causes profondes.
Plutôt que de supprimer une famille entière de pesticides utiles, je suis plutôt partisan d’une révision de leurs conditions d’utilisation, accompagnée d’un contrôle strict, de manière à réduire encore leur impact sur l’environnement.
Pour moi, leur interdiction serait une aberration agronomique et environnementale.
Heureusement, on a aussi créé des organismes de recherche pluridisciplinaires, comme l’étude Epilobee en Europe, pour comprendre le phénomène dans son ensemble

Cette interdiction, si elle se produit, fera que le petit peuple soit content. Il aura l’impression d’avoir gagné une bataille contre les méchants politiques et les terribles agriculteurs, sans doute à la solde de lobbies qui cherchent à dominer le monde, et contre les toute puissantes sociétés chimiques.
David contre Goliath.

Mais les abeilles continueront de mourir.