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dimanche 12 mai 2019

146- Les alternatives aux pesticides -5- Le piégeage

LES ALTERNATIVES AUX PESTICIDES -5- LE PIÉGEAGE

L’utilisation de pièges est sans doute une des méthodes de chasse les plus anciennes, largement utilisé par les humains.
Le principe en est assez simple. Il consiste tout d'abord à bien connaitre les proies, leur rythme de vie, leurs habitudes, leur alimentation, leurs lieux de passage, leurs forces et leurs faiblesses.
A partir de ça, on place des pièges, soit de telle manière que la proie y soit irrésistiblement attirée, soit en travers de son chemin habituel de passage.
Dans tous les cas, l'objectif du piégeage est généralement la mort de l'animal, parfois sa capture pour le conduire ailleurs.

L'agriculture moderne a repris cette technique ancestrale pour réduire ou supprimer les dégâts de certains animaux nuisibles aux cultures agricoles.

Photo personnelle

Quand on parle de piégeage en agriculture, on pense en premier lieu aux lapins et autres rongeurs comme les campagnols. Et c'est vrai qu'on peut utiliser cette technique pour en réduire les dégâts.
Certains modèles de pièges à campagnols sont par exemple commercialisés pour être placés dans les galeries, afin de le substituer aux appâts empoisonnés habituellement utilisés.
Cela peut paraître cruel. Pourtant ces pièges modernes sont très efficaces et la mort de l’animal est presque instantanée, évitant sa souffrance beaucoup plus qu’avec la majorité des pièges artisanaux classiques ou qu’avec les appâts empoisonnés.
En fin de compte, on cherche avant tout, en ce qui concerne les vertébrés, davantage à faire une régulation des populations qu’à les éradiquer.
Et le piégeage a le mérite de réduire le risque de tuer des animaux non ciblés, comme par exemple leurs prédateurs (rapaces, serpents ou mammifères carnivores) par empoisonnement indirect.

Mais cette technique s'est surtout développée durant les 3 ou 4 dernières décennies avec les besoins de protection des récoltes contre les attaques d’insectes nuisibles.

La technique de piégeage est très utilisée pour la surveillance des populations d’insectes nuisibles à travers la capture d’individus dans un nombre limité de points de référence. Cela permet à l’agriculteur d’évaluer l’évolution du risque, et donc de mettre en application les mesures qu’il a prévues au moment le plus approprié.
Cette technique est très largement employée en production raisonnée ou intégrée et en agriculture biologique pour situer de manière la plus exacte possible les insecticides nécessaires à la protection de la culture.
Les attractifs employés sont, soit des phéromones sexuelles (dont je vous ai parlé dans le précédent chapitre http://culturagriculture.blogspot.com/2019/03/145-les-alternatives-aux-pesticides-4.html) qu’on utilise en particulier pour la surveillance des lépidoptères, nombreux sur de nombreuses cultures, soit des attractifs de type alimentaire comme on les utilise pour la mouche méditerranéenne des fruits (Ceratitis capitata), soit encore des obstacles, comme les bandes engluées pour surveiller les sorties des larves de cochenilles, ou des plaques ou bandes engluées de couleur (jaune ou bleue le plus souvent) pour la surveillance des aleurodes ou des thrips. Il existe aussi des pièges colorés ou encore des pièges lumineux pour certains usages, comme c’est le cas pour le piégeage domestique des moustiques.


Le design du piège à insectes a aussi beaucoup d’importance dans son efficacité, et dépend à la fois du nuisible visé et de l’attractif employé.
Dans le cas des mouches par exemple, il faut qu’elles y rentrent sans pouvoir en sortir. On utilise donc le principe de la nasse, c’est-à-dire qu’une fois rentrée dans le piège, il lui soit presque impossible de retrouver le chemin inverse.
On jouera donc sur la forme du piège, sa couleur, la transparence ou l’opacité des matériaux employés.
Toujours dans le cas de la mouche, on l’attire grâce à la couleur jaune. A l’intérieur, on place un attractif alimentaire dont l’odeur la guidera jusqu’au trou d’entrée, situé sur la partie jaune et opaque. Le haut du piège est réalisé en matériau transparent. Une fois dedans, la mouche est attirée par la lumière, donc vers la partie transparente, et ne retrouve donc pas la sortie.
Le même principe est utilisé pour capturer les guêpes dans les jardins.
Une pastille imprégnée d’insecticide, synthétique ou naturel selon les cas, tue l’insecte à l’intérieur du piège. Dans certains cas, c’est l’attractif alimentaire en lui-même, liquide, qui tuera l’insecte par noyade. Dans d’autres cas, la pastille de phéromones est placée sur une plaque engluée dont l’insecte ne peut pas s’échapper.


Le même principe s’utilise dans la technique de piégeage massif, qui consiste à utiliser des pièges du même type que pour la surveillance, mais en très grand nombre, avec pour objectif de tenter de capturer la quasi-totalité des individus présents, évitant ainsi l’utilisation d’insecticides en contact direct avec la culture.
La technique marche bien dans certains cas, mal dans d’autres.
Dans la majorité des cas, les dégâts aux cultures sont produits par les larves des insectes. Il faut donc éviter que les adultes s’accouplent et se reproduisent.
L’efficacité est généralement bonne si on capture surtout des femelles.
Par contre, si l’attractif capture surtout des mâles, on ne peut éviter que des femelles, fécondées hors de la parcelle à protéger, viennent pondre sur la culture sensible.

Comme pour la technique de confusion sexuelle, le piégeage massif se base sur un important et long travail de recherche scientifique à partir duquel on peut développer ces techniques évitant l’emploi des pesticides au contact direct de la culture.
De la même manière, l’agriculteur doit posséder une très bonne connaissance de la situation de la culture et des risques phytosanitaires présents.

Ces techniques sont très sélectives et permettent donc de réduire au maximum les effets collatéraux indésirables de la protection des cultures.
Elles sont appelées à un probable fort développement dans les années à venir.

Image : http://image.made-in-china.com/2f0j00sSWaybQzJVrE/Yellow-Blue-Sticky-Trap.jpg

jeudi 28 mars 2019

145- Les alternatives aux pesticides -4- La confusion sexuelle

LES ALTERNATIVES AUX PESTICIDES -4- LA CONFUSION SEXUELLE

Ce nom peut paraître barbare voire risible pour les non-initiés. Il s’agit pourtant une vraie révolution dans le concept de protection des cultures.

Cette technique, mise au point dans les années 80, et d’abord développée sur vigne et en production fruitière, a ensuite été élargie à un grand nombre de cultures.

Le principe est particulier :
Chez les lépidoptères, et chez plusieurs autres genres d’arthropodes, le mâle et la femelle se retrouvent en vue de l’accouplement, par des signaux olfactifs lâchés dans l’air.
Concrètement, dans le cas des lépidoptères, les femelles matures produisent une phéromone, une substance volatile qu’elles libèrent dans l’air, et qui est destinée à permettre aux mâles de les localiser.


Les mâles sont dotés de récepteurs olfactifs très sensibles qui leur permettent de repérer la phéromone, et d’en suivre la piste jusqu’à en trouver l’origine.
Lorsque les mâles retrouvent les femelles, l’accouplement a lieu, les femelles pondent des œufs fécondés à partir desquels naitront les chenilles, leurs larves, qui s’alimenteront sur la culture en y faisant des dégâts, jusqu’à ce qu’elles puissent se métamorphoser pour devenir à leur tour des adultes reproducteurs.

La technique de confusion sexuelle consiste à diffuser dans les champs à protéger une grande quantité de phéromone sexuelle de l’insecte nuisible, en installant un grand nombre de diffuseurs.
Les mâles sont incapables de suivre une piste olfactive claire. Ils ne retrouvent donc pas les femelles, la fécondation n’a pas lieu, il n’y a donc pas de pontes ni de larves qui puissent faire des dégâts aux cultures.
On protège la culture en empêchant l’espèce nuisible de s’y développer.

En fait, cette technique n’est pas parfaite, car des rencontres de hasard peuvent avoir lieu.
L’espèce n’est donc pas menacée, mais ses dégâts sont négligeables.
Ces rencontres de hasard ne représentent aucun risque agricole, sauf dans certains cas de présence très excessive (ou invasive) du ravageur. Dans ces rares situations, il peut être nécessaire de compléter la confusion par un ou plusieurs traitements insecticides, jusqu’à ce que la régulation des populations soit suffisante. C’est habituellement assez rapide.
Un des problèmes des monocultures, c’est l’augmentation anormale de certains problèmes phytosanitaires, due à la concentration d’une unique espèce végétale, situation qui ne se produit jamais dans la nature.
C’est d’ailleurs pour cette raison, entre autres, que la préoccupation pour le respect de la biodiversité a pris une telle importance ces dernières années, ainsi que les nombreux efforts réalisés dans les fermes agricoles.
La confusion sexuelle évite la multiplication anormale d’une même espèce.


Cependant cette technique est opérationnelle pour la protection contre certains insectes, surtout des lépidoptères, mais il en reste de nombreux contre lesquels la technique n’a pas encore été mise au point.
La détermination de la composition exacte du « bouquet phéromonal » de chaque espèce est un travail de recherche très long. Une fois déterminé, il faut trouver la manière de le fabriquer, mettre au point un système de diffusion opérationnel (type de diffuseur et densité par hectare), puis le tester pour en vérifier l’efficacité, et son absence d’effets secondaires.

Les effets secondaires sont normalement négligeables car chaque phéromone est spécifique à une seule et même espèce, afin que mâles et femelles se retrouvent, sans risquer de se croiser avec d’autres espèces.

J’ai eu la chance, dans les années 80, de participer aux essais au verger de mise au point, dans le sud de la France, de la première technique de confusion sexuelle contre la tordeuse orientale du pêcher (Cydia molesta), par une société australienne pionnière. Je peux vous certifier que ça fonctionne.
La manipulation habituelle des diffuseurs faisait que j’étais imprégné de phéromones, et j’étais suivi par une troupe de mâles, forcément déçus lorsqu’ils se rendaient compte que je n’étais qu’un vulgaire humain !
« Je ne suis pas celle que vous croyez ! »


Il convient de préciser que, s’il est vrai que cette technique est une véritable alternative à l’emploi des pesticides, elle ne répond en revanche absolument pas à la volonté déclarée par une partie de la société civile de sortir de la chimie de synthèse.
En effet, tous les diffuseurs autorisés et disponibles y sur le marché sont remplis de phéromone synthétique, copie des phéromones naturelles (sinon ça ne marcherait pas). On appelle ça du biomimétisme. Elles sont produites dans des usines chimiques tout à fait semblables à toutes les usines chimiques du monde.
En fait, étant donnée la quantité de phéromones nécessaire pour que cette technique fonctionne, il est totalement inenvisageable d’en réaliser l’extraction à partir de femelles d’élevage.

Mais cette technique représente à mon avis une vraie révolution dans la manière de concevoir la protection phytosanitaire des cultures :
On ne cherche pas à tuer l’insecte, on cherche à éviter que sa population atteigne des niveaux de présence qui le transforment en nuisible.
C’est tout à fait différent, et ça ouvre la porte sur un vrai changement de pensée.
On n’a pas besoin de protéger une culture qui n’est pas agressée.
Mais il faut pouvoir éviter que l’agression ne se produise.

Ce changement de paradigme ouvre la perspective vers d’autres techniques, plus naturelles que la confusion sexuelle, et qui cherchent à obtenir un résultat similaire par d’autres voies.
Nous en reparlerons.

Image : http://agrobonsens.com/wp-content/uploads/2018/11/confusionsexuelle-3.jpg

lundi 11 mars 2019

144- Le sol -6- L'union fait la force

LE SOL -6- L’UNION FAIT LA FORCE

Il y a peu de temps, la page Facebook « Sols vivants – Québec » (page francophone, très recommandable pour qui s’intéresse aux influences réciproques de la vie du sol et de la production agricole), publiait un article très intéressant concernant la scientifique Christine Jones et ses travaux sur la diversité sur et dans les sols.

Cet article, du 18 février 2019 et publié dans le journal indépendant La Junta Tribune-Democrat, de l’État du Colorado, met en lumière quelques points dont on parle peu, mais qui pourraient être essentiels pour l’avenir d’une agriculture durable et productive, et pour la lutte contre le réchauffement climatique.

Image personnelle

Christine Jones explique que la vapeur d’eau est le principal gaz à effet de serre. Elle n’est pas la première à en parler, mais curieusement, le débat public s’est focalisé sur le CO2, alors que la vapeur est en réalité beaucoup plus importante.

Ensuite elle y parle de la diversité comme source de puissance vitale pour les sols et de fertilité pour les cultures.
C’est un point jamais abordé, mais qui peut donner une intéressante piste d’expérimentation et de travail pour tous les agriculteurs et chercheurs qui, d’une manière ou d’une autre, tentent d’éviter ou de réduire les labours et d’augmenter la biodiversité sur leurs fermes.
On peut résumer son message par cette phrase
«Aujourd'hui, nos sols ne sont pas déficients en minéraux, ils sont déficients en microorganismes»


Comme d’habitude, je publie l’article dans sa totalité. J’ai pourtant ici supprimé une partie qui annonce une conférence à laquelle Christine Jones doit participer quelques jours plus tard. À la date de publication de ce post de blog, la conférence est terminée. Je supprime donc cette partie pour qu’elle ne parasite pas la lecture. Mais vous pouvez y accéder par le lien vers l’article original.



Une écologue des sols conteste la pensée dominante sur le changement climatique

Par Candace Krebs / pour Ag Journal
  

La gestion des terres cultivées et des pâturages est le moyen le plus efficace de remédier au changement climatique, une approche qui ne reçoit pas toute l'attention qu'elle mérite, selon une australienne, écologiste des sols renommée qui parle de la santé des sols dans le monde entier.

«L'eau située en surface du sol va s'évaporer. La vapeur d’eau, causée par l’évaporation de l’eau parce qu’elle ne s’est pas infiltrée, est le gaz à effet de serre qui a le plus augmenté depuis la révolution industrielle », a déclaré Christine Jones lors d’un discours prononcé à la conférence No Till on the Plains de Wichita en Janvier.


«Il est scientifiquement démontré que la vapeur d’eau représente 95% de l’effet de serre, alors qu’au plus 3% du dioxyde de carbone est le résultat de la combustion de combustibles fossiles, et que le dioxyde de carbone ne représente que 0,04% de l’atmosphère», a-t-elle poursuivi. «Alors, comment un gaz présent à l'état de trace peut-il changer le climat mondial?»

C’est un détail crucial que les médias généralistes et une grande partie du grand public ont largement omis, selon elle.

«Cela n'a rien à voir avec le fait de brûler du charbon ou non», a-t-elle déclaré avec emphase.

Docteur en biochimie des sols, Jones a travaillé dans le domaine de la recherche publique et du développement agricole avant de devenir consultante en santé des sols sur la scène internationale.

Elle préconise de garder le sol couvert en permanence de diverses communautés végétales tout en réduisant considérablement la dépendance aux fongicides, aux pesticides et aux engrais artificiels. La solution pour des campagnes saines et productives ne consiste pas en davantage d’intrants, ni même en plus de pluies, explique-t-elle, c’est une compréhension et une capitalisation des avantages de divers mélanges de plantes qui travaillent ensemble pour extraire le carbone de l’atmosphère et le ramener dans le sol.

[…]


Le principe sur lequel Jones ne saurait insister davantage dans ses exposés, c’est le pouvoir de la diversité.

Elle appelle à plus de diversité dans le régime alimentaire humain - affirmant que les humains ont besoin de manger au moins 30 aliments végétaux différents chaque semaine pour que le biome intestinal fonctionne correctement - plus de diversité dans les régimes alimentaires du bétail, citant les travaux de Fred Provenza, professeur émérite à la Utah State University qui a effectué des recherches approfondies sur les modèles d'alimentation des animaux et, enfin, divers paysages reflétant la complexité de la prairie primitive, qui contenait autrefois plus de 700 espèces différentes d'herbes et de non-graminées dans chaque petite parcelle de Terre.

Pour expliquer pourquoi la diversité des plantes est si importante, elle utilise un terme qui pourrait être nouveau pour beaucoup d'agriculteurs: «la détection de quorum» (quorum sensing).

Les microorganismes du sol peuvent sentir lorsque le nombre de plantes atteint un point critique dans la communauté, a-t-elle déclaré en conférence à Wichita.

«Un quorum dans une organisation est ce seuil qui doit être atteint pour prendre des décisions et mener des affaires», a-t-elle déclaré. «Ce que nous savons maintenant sur les populations microbiennes, c'est qu'elles doivent également respecter un seuil pour obtenir un «comportement coordonné dépendant de la densité». Lorsque cela se produit, elles travaillent ensemble en tant que super-organisme, capable de tolérer la sécheresse ou des sols pauvres en nutriments, ou une quelconque situation de ce genre».


Elle a évoqué des recherches effectuées en Allemagne qui montraient que la combinaison de plusieurs plantes augmentait davantage la production de biomasse que d'ajouter 200 unités d'azote par hectare aux cultures en monoculture. Dans d'autres expériences, des cultures de plantes mélangées ont pu se développer avec un minimum d'eau, tandis que des bandes de monocultures montraient un sévère stress de sécheresse.

«Ce qui se passe ici dépasse la simple idée de complémentarité, dans laquelle chaque plante occupe un créneau différent», déclare-t-elle.

Divers mélanges augmentent la photosynthèse, ce qui entraîne davantage de stockage de carbone dans le sol, explique-t-elle.

«On peut se demander pourquoi nous nous inquiétons tant des mauvaises herbes», plaisante-t-elle.

Les avantages d'une biodiversité accrue sont autant valables pour les terres agricoles que pour les pâturages, ajoute-t-elle.

Bien que certaines plantes tirent plus de bénéfices de la diversité que d’autres, c’est l’impact global de réseaux interdépendants complexes de racines et de microorganismes du sol, qui transforme la fonction du paysage dans son ensemble. Tout revient à renforcer la capacité de séquestration du carbone, déclare-t-elle.

Elle soutient depuis longtemps que le carbone du sol est essentiel pour que les plantes tirent pleinement parti des nutriments tels que l'azote, ce que l'agriculture moderne a tendance à négliger.

«Aujourd'hui, nos sols ne sont pas déficients en minéraux, ils sont déficients en microorganismes», affirme-t-elle.

Une quantité suffisante de carbone est également nécessaire pour la pleine expression du potentiel génétique d’une plante.

«Dans le monde végétal, la sélection génétique peut vous orienter dans une certaine direction, mais si vous agissez pour la santé de votre sol, vous pouvez faire des progrès considérables en un temps beaucoup plus court», déclare-t-elle.

La preuve que le sol est sain est une couleur sombre et riche, une teneur élevée en matière organique, une structure riche en agrégats et des réseaux complexes de filaments colonisant les racines des plantes, permettant une absorption accrue de l'eau et des nutriments.


"On ne devrait jamais voir les racines exposées sur une plante", a déclaré Jones. "Si vous pouvez voir les racines de la plante, c’est qu’elles ne communiquent pas correctement avec le sol."

Toutes ces qualités indiquent une augmentation active de la séquestration du carbone.

Jones conclut que les changements intervenus dans les pratiques agricoles au cours du siècle dernier ont eu plus d'impact sur le climat mondial qu'on ne le reconnaît généralement. Mais cela signifie également que l'amélioration des pratiques agricoles recèle un potentiel considérable pour améliorer le climat.

"La température croissante, l'aridité croissante, sont le résultat d'une gestion agricole inappropriée", a-t-elle déclaré. «Nous avons apporté d’énormes changements au paysage en le simplifiant, en supprimant les arbres et les plantes et en passant de plantations diversifiées à des champs qui ne produisent plus qu’une seule chose à la fois.»



Il serait trop simple de réduire les causes des changements climatiques en stigmatisant l’agriculture. Son rôle y est pourtant important.

Mais il faut, d’une part savoir reconnaitre les erreurs du passé, même si elles ont été faites sans mauvaises intentions, et d’autre part souligner et favoriser la capacité de l’agriculture à devenir l’acteur principal de la lutte contre le réchauffement global et de la réduction des gaz à effet de serre.

Image : https://www.patmo.net/photos/images/ah110430004.jpg

jeudi 24 janvier 2019

142- Les alternatives aux pesticides -2- Le suivi de culture


LES ALTERNATIVES AUX PESTICIDES -2- LE SUIVI DE CULTURE


On ne peut pas vraiment classer le suivi de culture parmi les alternatives aux pesticides, mais j’ai décidé d’en faire le point de départ de cette série car c’est le fondement de la Protection Phytosanitaire Intégrée ou Raisonnée, et de la protection phytosanitaire en Agriculture Biologique.
Aucune des méthodes, techniques et nouveautés qui y entreront ne pourront se développer ni fonctionner correctement sans cette étape fondamentale.


Tout suivi (ou surveillance) des cultures sous-entend l’intégration d’un aspect rarement commenté et pourtant essentiel pour une agriculture moderne, productive, respectueuse, saine et durable: la connaissance.
Une agriculture durable est une agriculture de science et de connaissance.
Connaissance de la culture d’abord, son cycle physiologique, son adaptation climatique, ses exigences agronomiques, ses besoins nutritionnels, ses sensibilités sanitaires et physiologiques, sa compatibilité avec les cultures environnantes, etc.
Connaissance du sol, qui est le support vital de la culture, afin de prendre en compte les facteurs de sensibilité potentiels (pathogènes, risques de nématodes, d’asphyxie radiculaire, etc.), et de connaitre les apports nutritionnels du sol à la culture (y compris les risques de déficiences ou de carences).
Connaissance des risques adverses, comme en particulier les risques climatiques, les maladies, les ravageurs.
Connaissances des auxiliaires pour la défense des cultures (insectes, champignons et vertébrés prédateurs), ceux qui seront utiles pour aider à résoudre les problèmes spécifiques de la culture.
Connaissance de l’environnement des zones de culture, afin de savoir quelle aide il pourra nous apporter (zones favorables au développement de certains auxiliaires par exemple), ou quelles contraintes il suppose (la proximité de zones illuminées peut augmenter la présence de certains lépidoptères nocturnes nuisibles aux cultures par exemple), et ce que l’agriculteur devra faire, ou ne pas faire afin de tenir compte de cet environnement tout en tirant le meilleur parti possible pour son activité.

Précisons que ce niveau de formation et de connaissances, aujourd’hui reconnu comme étant le point de départ indispensable pour toute évolution de la production agricole vers des pratiques vertueuses, est un acquis récent (et pas encore totalement généralisé) dans les pays les plus développés (à partir de la deuxième moitié du XXème siècle), et qu’il reste encore à acquérir dans une grande partie du monde. L’agriculture reste de manière universelle, un des secteurs les plus arriérés de l’activité humaine et de l’économie mondiale, en matière d’instruction, de formation et de développement.

Image : Issiaka Konate (ARAF - Plateau Dogon), Mali

Une fois ces connaissances acquises et la culture mise en place, l’agriculteur devra mettre en œuvre tout un processus, souvent complexe, qui lui permettra de mettre sa culture dans les conditions les plus favorables à son développement et à sa production, tant en qualité qu’en quantité.
Un des points clé sera la protection de la culture contre les maladies et les ravageurs.

-       Il devra d’abord mettre en œuvre tous les moyens disponibles pour empêcher les attaques sanitaires de se produire. C’est la prophylaxie. Ce sera l’élimination de restes contaminés des cultures précédentes ou adjacentes, la taille, le nettoyage des abords, etc.
-       Il devra ensuite implanter des systèmes d’observation, de manière à détecter les attaques aussi précocement que possible. C’est la surveillance. C’est la mise en place de pièges de surveillance, de protocoles d’observation, de comptages, d’enregistrements climatologiques, etc.
-       Il mettra en relation les observations et comptages avec des niveaux de référence appelés “seuils de nuisibilité”, variables selon la culture, la région de culture, le type de parasite et l’époque. Il déterminera de cette manière à partir de quel moment une menace présente devient réellement dangereuse et présente un risque économique. C’est la notion de seuil d’intervention.
-       En même temps qu’il observe les populations de nuisibles, il observe la présence de prédateurs de tous types. Ce sont des insectes, des acariens, des champignons ou des vertébrés (oiseaux, serpents, carnassiers) qui s’alimentent des différents risques présents sur les cultures. Leur présence peut considérablement réduire, voire éliminer complètement la menace d’une population de nuisibles. C’est l’utilisation des organismes auxiliaires.
-       Il choisira la méthode d’intervention au cas par cas. Il utilisera des pesticides, naturels ou synthétiques, en les choisissant pour leur efficacité, leurs effets secondaires et les risques sur l’environnement et la santé, lorsqu’aucun autre moyen ne permettra de résoudre le problème. C’est la décision d’intervention.

Chaque culture, chaque période du cycle physiologique, chaque type de conditions climatiques demandera une réponse adaptée.

Le suivi des niveaux de populations de maladies et d’insectes nuisibles aux cultures et de leurs auxiliaires, permet de décider de la meilleure technique d’intervention, si elle est nécessaire, et de son moment optimal.

LE CHOIX DES PRODUITS

Quand j’ai commencé mon parcours agricole, au tout début des années 80, la phytopharmacopée disponible incluait un grand nombre de molécules synthétiques très polyvalentes. On traitait contre une attaque de pucerons, et tout ce qui était présent (diptères, hyménoptères, coléoptères, lépidoptères et autres insectes nuisibles ou utiles) était aussi éliminé. Le respect des équilibres n’était pas à l’ordre du jour, et de toute manière il aurait été difficile d’essayer, car aucun des pesticides disponibles et autorisés, ou presque, n’était sélectif.
Progressivement, des produits de plus en plus spécifiques sont apparus, réduisant la polyvalence, donc les risques de « nettoyage » intempestif.
Il faut cependant signaler que dans le même temps sont apparus, ou réapparus certains problèmes, souvent connus car décrits dans les traités anciens, mais jusque-là généralement contrôlés par la polyvalence des produits phytosanitaires.

L’information à l’agriculteur a également beaucoup augmenté.
Jusqu’aux années 90, il ne connaissait que le risque pour l’utilisateur (et même souvent seulement partiellement), et le délai d’emploi avant la récolte.
Progressivement, l’agriculteur a reçu une information toujours plus complète concernant la santé, l’environnement, et les conditions d’utilisation.
Avec l’amélioration des techniques de mesure et la baisse de leur coût, les contrôles de résidus de pesticides se sont généralisés. Des normes concernant chaque produit et chaque type d’aliment ont été établies.
Les produits les plus polyvalents ont été interdits pour la plupart.


S’il est vrai que jusqu’à la fin des années 80 il était habituel (mais pas systématique) que les agriculteurs traitent par calendrier, sans se préoccuper réellement de la présence de maladies ou de ravageurs, et encore moins des auxiliaires, ce n’est plus du tout le cas aujourd’hui, pour plusieurs raisons :
-       Le niveau de formation et de connaissance des agriculteurs a fortement progressé.
-       L’amélioration de l’appui technique auprès des agriculteurs par des structures publiques, privées ou de type coopératif permettent de faire progresser aussi les agriculteurs les moins formés.
-       La pression sociale autour d’une agriculture durable dont l’impact sur la santé et l’environnement soit minime a littéralement explosé ces dernières années.
-       La préoccupation de l’impact des pratiques agricoles par les agriculteurs eux-mêmes a fortement progressé.
-       La législation se durcit chaque année un peu plus, tant sur les autorisations de pesticides que sur les conditions d’emploi, et les contrôles et sanctions également, au moins dans les pays riches.
-       Les supermarchés, qui contrôlent la majeure partie des marchés de consommation dans les pays industrialisés, obligent leurs fournisseurs à suivre et respecter des cahiers des charges qui tous, actuellement, sont très accès sur les risques sanitaires et environnementaux. Les contrôles sont nombreux et les sanctions sévères.
-       Le coût de la protection phytosanitaire est élevé, et d’importantes économies sont possibles (en comparaison avec un programme de traitement systématique par calendrier) grâce à une bonne gestion.
-       De nombreux pesticides biologiques ou très spécifiques font leur apparition sur le marché, avec des exigences techniques particulières qui demandent des conditions d’emploi très précises, mais qui permettent à l’agriculteur des résultats techniques sans risque de résidus.


Il est d’ailleurs important de signaler que les seuils de nuisibilité utilisés dans les années 80 et 90 ont dû être révisés dans la plupart des cas à cause de l’évolution des solutions disponibles.
En effet lorsque l’agriculteur disposait de produits très polyvalents dotés d’un important effet de choc, il pouvait attendre que les attaques nuisibles atteignent des niveaux relativement élevés.
Aujourd’hui c’est très différent, car les solutions ont rarement un effet de choc puissant, obligeant l’agriculteur à anticiper.

La philosophie de protection n’est plus de « laisser venir et tout nettoyer », mais plutôt d’ « éviter que les problèmes puissent prendre de l’ampleur », ce qui les rendrait très difficiles à résoudre.

Ce changement de paradigme a également un impact très direct sur la manière qu’a l’agriculteur de se concentrer sur la protection de ses cultures, car il sait que s’il n’a pas su, ou pas pu, éviter le développement de certains problèmes, les conséquences économiques pourront être extrêmement graves.

Bref, le suivi de la culture est depuis longtemps un point technique important pour l’agriculteur.
Avec les nombreux changements de ces dernières années, c’est devenu une vraie méthode de travail qui occupe une place essentielle dans la protection de la culture, et dans l’obtention d’un résultat technique satisfaisant.

Oui, s’il est vrai que le suivi des cultures n’est pas, en soi, une alternative à l’emploi des pesticides, c’est en revanche un facteur primordial de réussite de la culture avec un minimum d’interventions pesticides.


mercredi 12 décembre 2018

141- Les alternatives aux pesticides -1- Pourquoi?


LES ALTERNATIVES AUX PESTICIDES -1- POURQUOI?

Mon précédent article m’a donné l’idée de cette nouvelle série, très importante face aux défis qui se présentent à l’agriculture moderne, dans un contexte d’exigence sociétale pour la réduction ou même l’interdiction des pesticides de synthèse, et la nécessité de maintenir une agriculture très productive, mais respectueuse de l’environnement et de la santé des consommateurs et des usagers.


Il me parait intéressant de faire un tour d’horizon de ce qui existe pour les substituer.
Car on ne fera pas une agriculture suffisamment productive sans moyens de protection phytosanitaire. Même s’il est vrai que certaines cultures, dans certaines conditions, peuvent être produites sans aucun pesticide, la très grande majorité des productions agricoles ont un besoin indispensable de moyens de contrôle et de pesticides, quelle que soit leur origine, afin que la production soit suffisante, le revenu de l’agriculteur aussi, et que la sécurité des aliments soit garantie pour le consommateur.

Je vous rappelle que je m’oppose radicalement à une interdiction des pesticides de synthèse.
C’est une escroquerie intellectuelle de laisser penser à un public non informé, naïf et manipulé, que l’agriculture peut vivre sans pesticide.
C’est également une escroquerie intellectuelle de laisser penser à ce même public, que des solutions non synthétiques existent pour remplacer tous les pesticides de synthèse dans toutes les situations de culture.
C’est encore une escroquerie intellectuelle de laisser croire à ce même public, que tout ce qui est naturel est bon, et qu’un pesticide naturel est meilleur qu’un pesticide de synthèse. Vous pouvez le voir dans ma série “Naturel vs synthétique”.
C’est enfin une escroquerie intellectuelle de laisser croire, comme c’est encore le cas d’une large proportion de consommateurs, que l’agriculture biologique n’utilise pas de pesticides. Les communications sont systématiquement faites sur le même modèle, où on indique “sans pesticide” et on renvoie par un astérisque à une note écrite en tout petit caractère et en fin de texte “de synthèse”. 
Il suffit, pour s’en convaincre, d’observer la progression européenne du marché des biopesticides :

Même si je suis certain de ce que je viens de vous expliquer, je suis aussi convaincu que le mouvement bio a le grand mérite d’obliger l’ensemble de la filière agricole à se poser des questions, à changer sa manière de regarder son activité, à chercher des alternatives aux aspects les plus négatifs, en particulier concernant l’impact sur l’environnement et les risques sanitaires.

Il est donc très intéressant de connaitre les méthodes alternatives disponibles ou en développement. Car même si je suis convaincu qu’une agriculture sans pesticide est impossible, je suis également convaincu qu’il est possible d’en réduire fortement l’emploi.
Beaucoup de chercheurs dans le monde essaient de trouver des solutions, car la suppression des pesticides synthétiques aurait de graves conséquences  sur la productivité de l’agriculture, sur la recrudescence de la faim dans le monde, et même sur les risques sanitaires de notre alimentation. Une des conséquences serait une probable forte augmentation du coût des aliments, de fortes difficultés financières pour les agriculteurs des zones affectées, et certains risques, souvent difficiles à évaluer, d’insécurité alimentaire. En gros, on peut estimer que la disponibilité des aliments sera plus difficile à maintenir stable.
Chers lecteurs des pays riches, ne vous inquiétez pas. Vous aurez toujours à manger. Vous avez la chance, comme moi, de vivre dans un pays solvable, cible de choix pour l’exportation, une de ces destinations qui ne manquera jamais d’aliments car on y a les moyens de les payer.
Mais les habitants des pays en développement risquent de souffrir beaucoup plus de difficultés alimentaires, plus qu’aujourd’hui encore, puisque l’exportation d’aliments pourrait se convertir en source essentielle de revenus pour les états et les propriétaires.


Les nouvelles méthodes attirent particulièrement l’attention des multinationales et de certaines startups, bien décidées à profiter d’un très gros gâteau qui se profile à l’horizon, la fourniture massive d’aliments aux pays riches.
Et c’est bien normal.
Il y a un réel besoin.
L’évolution des mentalités, tout d’abord dans les pays développés, puis progressivement dans les pays en développement pousse l’agriculture vers la production biologique, ou tout du moins, vers une production moins gourmande en pesticides.

En fait, ce n’est pas exactement ça. Quelle que soit la méthode de production appliquée, et même s’il est vrai qu’il existe des moyens pour réduire la pression des attaques de beaucoup de maladies et de ravageurs, il n’en reste pas moins que les cultures y seront toujours plus ou moins sensibles.
Afin d’éviter des pertes de production excessives, l’agriculteur va mettre en œuvre tous les moyens disponibles pour éviter les dégâts potentiels.

L’agriculture biologique interdit tout ce qui n’est pas d’origine naturelle (à quelques exceptions près), sans pour autant garantir l’innocuité de la technique utilisée, ni même les risques environnementaux qu’elle présente, comme c’est le cas pour le cuivre ou l’huile de neem, ou par la production de toxines naturelles par déficience du contrôle des maladies fongiques.


L’agriculteur conventionnel n’a plus, aujourd’hui, aucun intérêt à utiliser les pesticides aveuglément. Ils sont chers, voire très chers, et ils peuvent avoir des effets secondaires sur la culture elle-même, comme c’est le cas des pyréthroïdes avec les acariens, qui favorisent le développement d’autres problèmes phytosanitaires qui à leur tour exigeront l’utilisation d’autres pesticides.

Les deux grandes orientations de la production, bio ou conventionnelle, se rejoignent donc sur le fond du problème: toute intervention dans les champs a des effets secondaires et des conséquences indésirables.
Rien n’est jamais anodin, qu’on utilise une technique respectueuse ou un pesticide naturel, ou qu’on utilise un pesticide de synthèse.

Le sujet de cette nouvelle série est précisément de répertorier les techniques et méthodes disponibles afin d’éviter l’utilisation des pesticides, spécialement les synthétiques.
Sur certaines cultures, les alternatives non synthétiques ne permettent pas, actuellement, d’assurer une production suffisante.
Mais ça viendra, je ne sais ni quand ni comment, mais ça viendra.

En attendant, toute interdiction non correctement préparée par l’existence préalable d’une solution de substitution confirmée, aura de graves conséquences sur l’alimentation.
La probable interdiction prochaine du glyphosate pourrait se révéler désastreuse, en particulier pour des méthodes de production vertueuses comme l’agriculture de conservation, avec finalement un résultat exactement inverse à celui recherché.
L’interdiction des néonicotinoïdes, dont les effets sur les abeilles sont discutables et controversés aura également de graves conséquences pour certaines cultures.


Il serait préférable de placer des priorités, sans parti pris, sans idéologie, selon des critères scientifiques indiscutables, et de favoriser la recherche de solutions pour résoudre ces priorités.

De nombreux travaux sont en cours ou ont déjà débouché. Je vais vous les présenter dans plusieurs chapitres de cette série, et je publierai par la suite un nouvel article à chaque fois qu’une innovation méritera qu’on parle d’elle.

Dans les prochains chapitres de cette série, je vous parlerai de l’évolution des connaissances sur les ravageurs et les maladies, ainsi que du comportement des plantes vis à vis de ces agresseurs, des pesticides d’origine naturelle, des organismes utiles vivants susceptibles d’éviter l’emploi des pesticides, de l’influence que peut avoir l’agriculteur sur les capacités d’autodéfense des plantes, de l’utilisation des phéromones, de l’influence de la biodiversité sur les risques parasitaires, de la recherche génétique, etc.

A bientôt donc.