Affichage des articles dont le libellé est FR- manipulation. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est FR- manipulation. Afficher tous les articles

dimanche 7 janvier 2018

122- Qualité -6- Le conditionnement

QUALITÉ – LE CONDITIONNEMENT

C'est probablement un des facteurs les moins importants pour le consommateur, mais c’est pourtant fondamental pour l'ensemble de la chaine qui conduira l'aliment depuis la ferme jusqu'à sa table.
Parmi les produits agricoles, les plus affectés par ce point sont les fruits et légumes.
Le conditionnement, ou emballage, a en fait de nombreux rôles, tous importants pour quelqu'un, tous contraignants pour l'agriculteur.


La sélection
C'est la première épreuve que doit subir l'aliment au sortir du champ. Il est trié selon plusieurs critères qui sont en général sa taille (on parle de calibrage, souvent normalisé), sa couleur (selon des critères établis pour chaque produit, parfois variables selon la destination), sa qualité visuelle (aspect, esthétique, respect des normes) et son état de maturité (insuffisant, à point, trop avancé) ou de fraicheur.

Vidéo personnelle: emballage de nectarines

Ces critères vont décider de la classification du produit en premier choix (ou extra, pour ceux qui le pratiquent encore), en deuxième choix, parfois en troisième choix, en industrie (transformation en jus, en concentré, en purée, ou en découpe pour différents usages dans l’industrie agroalimentaire et la préparation de plats cuisinés), ou en poubelle.
Ce travail est réalisé dans la station d'emballage, de manière toujours plus industrialisée afin d'en réduire le cout et de centraliser des volumes toujours plus importants.
Chaque station d’emballage a sa propre capacité de travail, adaptée au groupe d'agriculteurs qui lui apportent leur production, et aux différents produits concernés (il est évident qu’on ne va pas préparer du melon comme de la cerise ou de la laitue comme de la carotte).
Le tri est généralement réalisé par une machine, plus ou moins sophistiquée, avec une assistance par des personnes pour affiner le tri qualitatif, selon des critères fixés pour chaque lot, en particulier pour ce qui concerne le tri des défauts visuels.


De plus en plus rarement dans les pays riches, et encore fréquemment dans les pays en développement, la sélection peut être réalisée entièrement à la main, mais en suivant généralement les mêmes critères de qualité.
L’agriculteur doit tout faire pour maximiser la classification en premier choix, qui lui sera nettement mieux payée que les catégories inférieures. L’industrie et la poubelle ne lui couvrent en général même pas les coûts de récolte.

Le contenant
Une fois sélectionné, l'aliment sera placé dans un contenant, un emballage, qui correspond aux exigences du client. La diversité des formats est un vrai casse-tête pour la station de conditionnement.
Il y a les caisses de différents formats en carton, en carton compacté, en bois, en plastique réutilisable ou jetable, les barquettes (de différents formats, de différentes couleurs, avec ou sans couvercle, avec ou sans film, avec ou sans filet, avec ou sans poignée), les alvéoles (en papier, en carton, en plastique, dans tous les calibres), etc.


Pour chaque client, les exigences peuvent être différentes, avec ses propres marques, ou les marques du producteur. En plus, un même client peut changer ses formats d’une année sur l’autre, rendant obsolète et inutilisable le stock restant de l’année d’avant.
Mais la station doit gérer un stock extrêmement complexe, et onéreux, car les commandes sont en général réalisées au jour le jour, l’obligeant à disposer en permanence d’un volume de chaque type d’emballage lui permettant de répondre immédiatement.
Pour nous ici, à Séville, si un client de Frankfort nous passe sa commande le jeudi d’un camion pour le lundi, nous avons le temps de la lui préparer et de la lui envoyer. Mais si nous n'avons pas en stock les emballages nécessaires, nous n'avons pas le temps suffisant pour les commander, et nous perdons la vente. Car le camion doit arriver le lundi comme prévu. Aucun retard n'est acceptable. Et il faut en plus compter avec l’interdiction française de circulation des camions le dimanche et les jours fériés.
Le contenant a bien évidemment une grande importance marketing, mais c’est aussi, selon les cas, une protection ou une contrainte.

Photo personnelle

Une caisse avec son alvéole protège le produit, évite qu’il bouge et soit malmené durant le transport, et participe à la conservation de la qualité du produit jusqu’à sa vente.
En revanche la barquette, selon les produits qu’elle contient, peut se convertir en une contrainte négative pour la qualité. C’est vrai pour les produits de grande taille, pas pour les produits petits, comme les tomates cerises, les framboises, myrtilles, cerises, etc. Dans le cas de la pêche et de la nectarine, la barquette oblige à y mettre un fruit très ferme, voire dur. C’est l’inverse de la qualité.

Photo personnelle

Mais certains clients, ou certains marchés (de plus en plus nombreux) ne jurent plus que par ce format, beaucoup plus commode pour la vente au consommateur (pas de manipulation, pas de pesée, le prix est préétabli). Le fruit se transforme alors en un produit totalement industriel, et la satisfaction du client final n’a plus aucune importance.
Le type d’emballage est d’une importance extrême pour le canal de commercialisation. Pourtant, dans bien des cas, après un travail d’emballage difficile, délicat et couteux, les produits sont ensuite présentés au consommateur en vrac, sortis de leur si cher emballage !!!


L'étiquetage
Ça peut vous paraitre futile, mais c'est un point essentiel. L'étiquette contient toutes les indications légales nécessaires (pays d'origine, société qui emballe, caractéristiques du produit, qualité, calibre). Certains clients exigent qu'y apparaisse leur propre marque, et même que soit imprimé le code barre qui servira ensuite en magasin.
Ces étiquettes sont imprimées dans la station d’emballage elle-même. Un local sera habilité pour cela, avec les imprimantes nécessaires et tout le stock des différents formats d’étiquettes, sticks et autres éléments ajoutés.
Aucun défaut d'impression n'est tolérable.
Il nous est arrivé de voir un lot important refusé en destination pour un défaut de l'imprimante, à peine détectable à l'œil nu: le code barre n'était pas lisible pour les machines. Tout le travail était parfait, mais l'étiquette n'était pas utilisable en magasin. Pour le client, c'est un vrai problème, puisqu’il a éliminé le besoin d’étiqueter chez lui, il n’est donc pas équipé pour rattraper une erreur d’étiquetage.

Photo personnelle

Pour la station d’emballage, une erreur de ce type peut couter extrêmement cher. Elle a peu de choix. De fait nous avons dû modifier nos protocoles de contrôle à la suite de cet incident.
Soit elle envoie quelqu’un sur place avec les étiquettes corrigées, mais elle n’a de toute manière plus la possibilité de respecter les délais. Le produit n’est pas apte à être vendu dans les délais accordés.
Soit elle cherche à vendre le lot à quelqu’un d’autre, mais c’est difficile avec un emballage et un étiquetage prévus pour un client concret. Au bout du compte, ça sera résolu de toute façon, en général par un rabais important sur le prix de vente à la station (ensuite généralement répercuté à l’agriculteur), qui ne sera probablement pas appliqué au consommateur.
Bref, l’étiquetage est un point important qui ne supporte pas l’approximation, et encore moins l’erreur.

Et la qualité dans tout ça?
En fait, on ne parle que de ça.
Mais le produit en lui-même ne compte pratiquement pas. À partir du moment où il respecte les conditions minimales exigées (calibre, aspect, sucre, jutosité, couleur, fermeté, fraicheur, etc.), l'emballage devient plus important.
De la qualité de l'emballage dépend tout le processus de transport, manutention, stockage et conservation qui va conduire le produit du champ jusqu'au rayon de vente au consommateur.



La production d'aliments perd petit à petit son âme sous les coups de plus en plus durs des marchés.
Quand je suis arrivé ici, les clients venaient visiter les vergers, gouter les fruits sur l'arbre, apprécier au champ la qualité du travail réalisé.
Aujourd'hui le client, s'il vient (ce qui est de plus en plus rare), s'intéresse plus à l'emballage, à la traçabilité et à l'hygiène, qu'au produit en lui-même.
Il vérifie que les cahiers des charges soient respectés, que les processus d'hygiène et de sécurité soient adéquats, et que les analyses (bactériologique et de résidus) soient conformes.
Le produit se définit désormais par des chiffres, des analyses, des résultats de contrôles, des accréditations, une traçabilité.
Le produit ne se définit désormais, pour la satisfaction qu’il donne, que par les chiffres de ventes, et dans les émissions culinaires télévisées.

La production d’aliment se plie peu à peu aux exigences des marchés, qui tentent de la convertir en un processus industriel comme n’importe quel autre, dans lequel tout soit prévisible et prévu, surtout en ce qui concerne la qualité.
La qualité est bien présente, mais dans des critères souvent difficiles à percevoir et à comprendre pour le consommateur.
Et ce n’est pas l’arrivée d’Amazon sur le marché des aliments qui va améliorer ça.


L’agriculteur doit se plier aux exigences des marchés, et seuls ceux qui peuvent vendre sur des circuits courts ont la possibilité de valoriser une qualité gustative, souvent associée à un niveau de maturité qui exige une consommation presque immédiate.


Et le consommateur, lui, souhaite prendre du plaisir à manger, et rêve toujours de retrouver "les saveurs d'autrefois", même dans les supermarchés, qui sont pourtant de moins en moins aptes à le leur proposer.
Deux conceptions très différentes pour un même produit, qui augmentent encore l’incompréhension grandissante entre le monde rural et le monde urbain.

mercredi 28 septembre 2016

89- Des nitrites dans la viande, mais pourquoi faire?

DES NITRITES DANS LA VIANDE, MAIS POURQUOI FAIRE?

Pour une fois, je vais vous parler de viande. Ce n’est pas mon habitude, pas que je sois végétarien, mais parce que c’est un sujet que je connais très mal. Mais si l’occasion se présente d’en parler sans risque de vous raconter trop de bêtises…

Je signale à mes lecteurs non français, que la France est probablement le pays où la pression médiatique et politique contre la chimie en général et contre ses usages alimentaires (utilisation des pesticides en agriculture et des additifs dans l’alimentation), est la plus forte. Les émissions de télévision contre l’agriculture et l’agroalimentaire sont extrêmement nombreuses, de l’ordre de 1 à 1,5 par semaine (http://alerte-environnement.fr/2016/09/08/pesticides-multiplication-des-hoax-lagri-bashing-se-poursuit/ ).
Quel que soit le sujet abordé, les aspects négatifs sont toujours décortiqués avec plus ou moins de malhonnêteté, et les aspects positifs ou simplement utiles sont systématiquement passés sous silence. L’émission mensuelle Cash Investigation, animée par la très médiatique et très polémique Elise Lucet est l’un des fers de lance de cette politique aux finalités non avouées.

Donc, dans l'émission Cash Investigation du 13 septembre dernier (https://www.youtube.com/user/cashinvestigationf2 ), Elise Lucet dénonçait de manière virulente, supposées preuves et surtout témoignages à l'appui, selon sa méthode habituelle, l'usage généralisé des nitrites dans les viandes conservées, en particulier le jambon blanc et les saucisses. Le seul objectif de l’utilisation massive de cet additif, selon la thèse qu’elle défend, est de garder à la viande sa couleur rose.

Image: http://www.ziaconcetta.com/site/images/normal/Les-produits53710180a2c3f.jpg

Les nitrites sont accusés d'être parmi les responsables, en particulier des cancers colorectaux. Le CIRC, référence très controversée quant à l'impartialité de ses travaux, les classe 2A, soit cancérogène probable (probabilité haute). Le produit présente un danger, ça parait clair, bien que la controverse existe.
La question du risque est donc de savoir quelle est la consommation raisonnable à ne pas dépasser. Le risque c’est le danger multiplié par l’exposition, dans ce cas la consommation. (Le saut en parachute présente un danger. Mais vous n’aurez de risque que si vous le pratiquez).
Plus vous allez consommer de produit contenant des nitrites, plus vous aurez de risque de développer un des cancers auquel le produit vous expose.
Le sujet est donc très sérieux, on ne doit pas le prendre à la légère.

Gros succès pour l'émission de rentrée. Il faut remobiliser le rentreur de vacances déprimé. Un petit coup d'anxiété, et on se fait un bon audimat pour la rentrée.
Sauf que le problème n'est pas là où on prétend qu’il se situe. L’émission présente l’usage des nitrites comme le principal responsable de l’augmentation de certains types de cancers.

Pourtant, il y a quelques détails dont elle fait totalement abstraction.

Nos sociétés assistent à une augmentation significative du nombre de cancers de tous types. Les hypothèses pour expliquer ce phénomène sont nombreuses. Les pesticides et les fertilisants sont, bien sûr, parmi les premiers accusés.
Il existe pourtant une cause d’importance majeure, qu’aujourd’hui personne ne remet en question, mais dont on parle peu, l’âge. L’espérance de vie en France était d’un peu moins de 70 ans en 1960, elle est de plus de 82 ans en 2012 (source Banque Mondiale). https://www.google.es/#q=esp%C3%A9rance+de+vie+france
Les cancers colorectaux sont des maladies typiques des personnes âgées. L’augmentation de l’espérance de vie provoque une forte augmentation du nombre de personnes susceptibles de développer ce type de cancers, donc du nombre de cas.
Doit-on attribuer l’augmentation de ces types de cancers à l’utilisation des nitrites, ou à l’augmentation du nombre de personnes âgées ?

D’autre part, l’augmentation de la consommation de charcuterie suit à peu près l’augmentation de population. En France, la population est passée de 44 millions en 1960 à 66 millions en 2012 (https://www.google.es/#q=population+fran%C3%A7aise ), soit une augmentation de 50%, alors que la consommation de charcuterie est passée de moins de 1,5 millions de tonnes à 2,1 millions de tonnes, soit une augmentation de 50% aussi. https://visuels.l214.com/sites/www.viande.info/2014/pages/Evolution-structure-conso-viande-France.jpg


Avec des évidences aussi peu évidentes, pourquoi faire une émission à sensation sur un problème qui n’existe pas ?
Quels sont les intérêts occultes que défend Elise Lucet dans son émission ?

Image (extraite du film "Les vieux de la vieille"): http://media.senscritique.com/media/000005516361/1200/Les_Vieux_de_la_vieille.jpg

Parce que les vraies questions, celles qu’elle n'a pas voulu poser sont:
Les nitrites, sont-ils vraiment utilisés uniquement pour que la viande garde sa belle couleur rose?
Si c’est le cas, et que cet additif est si dangereux, pourquoi les autorités sanitaires autorisent-elles son usage massif ?
Les lobbies du secteur de l'agroalimentaire sont-ils si puissants que l'administration publique les laisse faire n'importe quoi sans réagir, en supposant qu’il existe réellement un risque pour la santé publique?

Un petit tour sur internet pour trouver des informations, et nous voici sur le blog de Wackes Seppi, qui nous fait un très clair résumé de situation (http://seppi.over-blog.com/2016/09/cash-investigation-sur-france-2-rien-a-cirer-du-csa-ni-des-telespectateurs.html )

Puis nous allons sur la page d’Info-nitrites, qui nous présente une petite vidéo très simple et claire (http://info-nitrites.fr/nitrites-et-charcuterie/ ). Nous en profitons pour y évaluer la quantité de jambon blanc que l'on peut manger tous les jours sans risque, selon les normes européennes (http://info-nitrites.fr/categorie/questions-reponses/ ).


Que tirons-nous de ça?
-       Que les nitrites sont actuellement une nécessité pour conserver la viande plus de quelques jours. Il n’existe pas, pour l’instant, de produit meilleur,
-       Que, contrairement à ce que nous annonce Elise Lucet, la couleur rose n'est qu'une conséquence de l'usage des nitrites. Il faut bien reconnaitre que nous sommes si habitués à acheter du jambon rose, que si on nous le présentait marronnasse, nous aurions quelques difficultés à nous y habituer,
-       Que les bactéries contre lesquelles agissent les nitrites sont infiniment plus dangereuses que le risque de cancer, dont les nitrites ne sont en plus pas la seule cause. Nous parlons en l'occurrence du botulisme (quelques centaines de cas en Europe chaque année), de la listériose (autour de 1500 cas en Europe chaque année) et de la salmonellose (plus de 150.000 cas en Europe chaque année, bien que la viande ne soit pas la seule incriminée),
-       Qu'il faut choisir, comme c'est souvent le cas, entre deux maux. D’une part, nous avons un risque hypothétique de développer un cancer colorectal durant la vieillesse (si on abuse de la charcuterie). D’autre part, nous avons la certitude absolue d'assister à une explosion des cas de botulisme, de listériose et de salmonellose si on interdit l'additif, avec les problèmes de santé, les risques de mortalité et les surcouts de santé publique qui y seraient liés,
-       Que la France est le pays de l’Union Européenne où l’incidence des cancers colorectaux est la plus faible comme le montre le tableau à la fin du document suivant http://info-nitrites.fr/charcuterie-et-cancer-le-debat/.

Image: http://i.huffpost.com/gen/2992434/images/o-SALMONELLOSIS-facebook.jpg

Alors Elise Lucet, puisque ces additifs, selon votre théorie, sont uniquement destinés à maintenir la couleur rose de la viande, et n’a aucun autre intérêt digne d’être mentionné dans une émission « d’information » à une heure de grande écoute sur une chaine de télévision du service public, si on testait la méthode sur vous?

Une dégustation de charcuterie sans nitrite, en direct sur votre plateau, avec toute votre équipe de choc et vos nombreux soutiens?
Ensuite on ferait un suivi médical de tout le groupe, avec étude statistique à l'appui. On pourrait même faire un groupe témoin alimenté à la charcuterie avec nitrites.
On aurait une étude scientifique et publique de l’incidence sur la santé des consommateurs, des bactéries que le non traitement aux nitrites aurait permis de ne pas contrôler.
Ça ne serait pas un super sujet d'émission, ça?

On pourrait même en faire une téléréalité, avec vidéo en direct depuis les toilettes et les urgences de l’hôpital.

Un bel audimat en perspective !!!

Mais je préfère ne pas participer à l'expérience si Elise Lucet n'y voit pas d'inconvénient.

Je ne voudrais pas lui voler la vedette…


dimanche 10 avril 2016

75- Le jambon peut-il tuer?

LE JAMBON PEUT-IL TUER ?

Cet article récent est de José Miguel Mulet Salort, connu comme JM Mulet, professeur titulaire de biotechnologie à l’Université Polytechnique de Valencia (Espagne), auteur d’un livre polémique sur l’alimentation « Comer sin miedo » (Manger sans crainte), que je vous recommande chaudement de lire à fond, et grand défenseur de la cohérence scientifique face aux bobards des mouvements antiscience.
Il attaque de manière systématique les arguments anxiogènes, fréquemment lâchés en l’air par les militants environnementalistes, sans référence ou sans preuve scientifique fiable.
Je vous recommande son blog (en espagnol) www.jmmulet.naukas.com et son compte Twitter @jmmulet.

Voici donc l’article.


« Le jambon peut-il tuer ?
TOUT EST TOXIQUE.

La semaine dernière j’ai raconté comment ce qui est présenté par les moyens de communication comme une expérience scientifique ne l'est ’as toujours, en général par manque de contrôle.
Il existe un autre cas qui met en évidence la distance qu’il y a entre la science et les moyens de communication. En général la recherche est correcte, les contrôles sont corrects, le scientifique le communique aux médias...et la nouvelle qui est publiée n’a rien à voir avec la découverte. Souvent la presse donne une version alarmiste ou présente comme un scoop quelque chose qui ne l’est pas.

Pour commencer, une découverte scientifique se publie dans les revues scientifiques ou se patente. Facile, non ? En fait parfois le mécanisme de contrôle le plus simple échoue. Quand un scientifique fait une conférence de presse pour communiquer une découverte, sans publication ni patente…c’est un canular, ou il cherche la reconnaissance. Beaucoup de grands canulars de la science comme le moteur à eau de l’Université de Valencia, la fusion froide ou le cancer des rats alimentés au maïs OGM, furent présentés en conférence de presse sans que personne n’ait pu voir l’article. Et en général, les articles ne sont jamais publiés ou sont publiés et retirés.

Allons au deuxième problème, l’alarmisme. Par exemple, faisons une expérience simple et imaginaire. Prenons quelqu’un et nous lui faisons manger 100g de jambon serrano et nous évaluons sa santé. Le jour d’après nous lui en donnons 200g, le jour suivant 400g et ainsi de suite, en doublant la dose chaque jour. Au début, tous les paramètres de santé sont normaux, mais quand les doses augmentent, nous observons que les reins et d’autres organes commencent à flancher. Au bout du compte, le sujet meurt. Le scientifique publie la dernière dose de jambon absorbée (presque 4 kg en une fois) et raconte le tout à la presse. Le gros titre est : « Le jambon serrano est très toxique ».

Imaginaire ? Pour n’importe quelle substance on peut déterminer son niveau de toxicité en faisant des expériences similaire à celle que je viens de décrire, mais sur des animaux. Le paramètre le plus typique est la DL50 (dose létale), qui est la concentration qui provoque que la moitié des animaux de l’expérience ne meurent. Et il y a toujours un niveau à partir duquel une substance, quelle qu’elle soit, est toxique.

Par exemple, la DL50 de l’eau est de 6 litres. Actuellement que beaucoup de mairies veulent interdire le glyphosate, il convient de dire que celle de la caféine ou de l’aspirine est beaucoup plus basse. C’est-à-dire qu’il faut une dose beaucoup plus faible pour en mourir. C’est la même chose avec les composés cancérigènes. Il existe des essais pour évaluer la capacité d’un composé à provoquer le cancer, et le résultat n’est pas « oui » ou « non », sinon une probabilité de provoquer un cancer dans un lapse de temps déterminé. Pour cette raison, quand il y eut une panique, il y a quelques mois, parce que le jambon et la mortadelle étaient cancérigènes, il convient de rappeler que l’important n’est pas qu’ils le soient, sinon dans quelle magnitude. Et cette magnitude est très basse. De fait, le sujet imaginaire de l’expérience antérieure ne meurt pas de cancer, mais saturé de jambon.

Une erreur similaire est possible à l’inverse, quand le problème n’est pas de grandes quantités, mais de petites. Par exemple, des titres de presse tels que « L’eau de telle ville contient de la cocaïne… » ou « l’air de telle ville contient de l’héroïne… ». Allons, si vous allez à une fête un week-end, il ne sera pas nécessaire de dépenser beaucoup en vices, il suffira de boire et respirer et le shoot vous sortira gratis. Vraiment vous serez drogués ? Bien sûr que non. La question est que les systèmes de détection son toujours plus précis, et font que des quantités qui, autrefois, passaient inaperçues, désormais sont détectées. Et la situation est la même qu’avant, l’important n’est pas quoi, mais combien. Si on fait le calcul, pour se faire une raie de cocaïne, il faudrait boire toute l’eau du barrage de Contreras. Mais il y a un problème, avant de noter l’effet de la cocaïne, vous seriez mort.
N’oubliez pas, l’eau est toxique. Plus de 6 litres vous tuent. »

Je vous indique juste que le barrage de Contreras, en Espagne, dans la province de Valencia, a une surface de 2710 ha et une capacité de 943 millions de m3 d’eau.



Un petit article bien clair.
Faites attention, très attention à ce qui se dit, à ce qui se publie.

Il y a juste deux ans, je publiais sur ce blog un article intitulé « Nous sommes tous des cibles ! » https://culturagriculture.blogspot.com.es/2014/04/12-nous-sommes-tous-des-cibles.html
Je vous y expliquais comment nos comportements sont étudiés et décortiqués pour pouvoir nous présenter toujours ce que nous sommes supposés chercher. L’article était orienté vers la consommation des biens en général, au développement de la consommation, à nous pousser à dépenser de l’argent.
Je pourrais refaire le même article, sans presque rien changer, pour vous expliquer comment nos peurs, nos craintes, sont étudiées et utilisées pour nous conduire vers la direction que certains veulent.

Il y a un an, en février 2015, je publiais un autre article sur « L’affaire Alar » https://culturagriculture.blogspot.com.es/2015/02/38-laffaire-alar.html, dans lequel je vous racontais une des premières intox anti pesticides, dans les années 80, qui aboutit à la suppression d’un produit totalement inoffensif, utilisé pour améliorer la conservation des fruits. Une belle manipulation scientifique et une communication télévisée bien orchestrée, interdirent à quiconque de sauver un produit utile, sans aucun motif, par pure idéologie.

En septembre 2015, la web française ForumPhyto publiait un intéressant article sur la confusion habituelle entre danger et risque http://www.forumphyto.fr/2015/09/07/clairement-distinguer-danger-et-risque-risque-danger-x-exposition/. Ces deux notions sont très différentes, mais le public en général ne fait pas la différence, et les lobbies environnementalistes jouent largement avec cette ignorance.
En réalité risque = danger x exposition.
Vous pouvez y accéder à une vidéo intéressante (en anglais mais facile à comprendre) https://www.youtube.com/watch?v=PZmNZi8bon8&feature=youtu.be, dans laquelle on nous explique (entre autres choses), comment la farine de blé ne présente pas de risque habituel pour la santé des personnes. Pourtant le boulanger, exposé plusieurs heures par jour à la poussière de farine, peut développer des pathologies spécifiques, parfois graves, dues à son exposition.
Faut-il interdire la farine de blé parce qu’il est démontré scientifiquement qu’elle peut provoquer des maladies graves ?


En octobre 2015, je publiais un autre article intitulé « La conspiration du bluff » https://culturagriculture.blogspot.com.es/2015/10/56-la-conspiration-du-bluff.html dans lequel je vous expliquais comment les lobbies environnementalistes nous manipulent, en agissant sur nos peurs pour nous conduire à appuyer leurs thèses et leur vision du monde.
Je vous expliquais aussi que leurs finalités ne sont pas humanistes, tout le contraire. Tuer ne leur fait pas peur. De fait ils sont directement responsables de milliers de morts tous les jours. Ce sont des crimes contre l’humanité la plus pauvre, appuyés par l’humanité la plus riche.


Au bout du compte, réfléchissez bien, avant de signer une pétition, avant de demander l’interdiction d’une chose ou le retrait d’une autre.
A qui cela profitera-t-il ?
Qui va tirer profit de ce mouvement que vous appuyez, avec toute votre bonne foi ?
Et quelles seront les conséquences réelles de ce retrait ou de cette interdiction ?

Je suis en train de préparer un autre article, cette fois sur le glyphosate, l’herbicide que tout le monde, sauf les agriculteurs, veut voir disparaitre.

Les réseaux sociaux se sont convertis en une immense tribune manipulatrice.

Vous êtes manipulés. Nous sommes manipulés.


Ne vous laissez pas entrainer par la peur, ne laissez pas l’affectif, si facile à manipuler, dominer votre jugement et votre intelligence.

dimanche 14 février 2016

68- Communiquer pour survivre

COMMUNIQUER POUR SURVIVRE

Aujourd'hui, je voudrais saluer la naissance d'une intéressante initiative, en France, pour favoriser la communication de l'agriculture vers les consommateurs, Agridemain.
Il s’agit d’un mouvement qui rassemble des professionnels de toutes les branches de l’agriculture. Il est destiné à la faire connaitre telle que la vivent les professionnels, dans leur réalité quotidienne.
Vous pouvez aller consulter la page web www.agridemain.fr ou le suivre sur Twitter @Agridemain.



Les enquêtes récentes montrent que les français une bonne opinion des agriculteurs mais ne connaissent absolument rien à l’agriculture (http://www.bva.fr/fr/sondages/les_francais_ont_une_image_decalee_de_la_realite_de_l_agriculture.html#.VrPPiLsPl0Q.twitter ). Il faut bien dire que l’agriculture communique peu et mal en France. Le public n’en entend parler régulièrement qu’au moment du salon de l’agriculture, sous forme d’une image surannée, qui tient plus du folklore que de la réalité. Il en entend aussi parler au moment des manifestations en tous genres, sous forme de protestations accompagnées de tas de fumier, de brulage de pneus et de bouchons sur les routes. Enfin, et pour couronner le tout, il en entend parler à travers des reportages commandés ou encadrés par les lobbies écologistes, très puissants et organisés en France. Ils ont parfaitement détecté ce décalage et cette méconnaissance. C’est pour eux une voie royale de manipulation de l’opinion. C’est ainsi que depuis quelques années, la France voit déferler sur ses radios et télévisions, par l’utilisation de programmes de grande écoute, avides de gagner un peu plus de part d’audience, des reportages, bien construits, déformant la vérité, induisant l’erreur ou mentant carrément. L’objectif clair est de discréditer l’agriculture conventionnelle pour favoriser le développement de l’agriculture biologique, et faire pression sur les autorités pour faire interdire tout ce qui n’est pas de leur goût, en commençant par les pesticides.
Le dernier en date, en France, est un reportage du magazine Cash Investigation, diffusé le 2 février, qui accumule les mensonges et les informations déformées pour tromper le spectateur. C’est d’ailleurs un scandale absolu pour une chaine de télévision de service public.
Petit à petit, dans l’imaginaire du public, l’agriculteur est passé d’être le nourrisseur du pays au pollueur sans âme ni conscience. C’est d’autant plus grave que les différents gouvernements, tant de droite que de gauche, se sont laissés influencer par cette image et durcissent à loisir des exigences européennes déjà strictes. L’agriculture française est en pleine crise, en grande partie provoquée par cette situation. Je ne saurais dire si elle est plus ou moins forte que chez ses voisins européens, mais la crise existe bel et bien.

J'appelais de mes vœux, il y a presqu'un an, la dynamisation de cet aspect totalement négligé de l'agriculture. Le faire-savoir du savoir-faire.
Vous pouvez relire les deux articles que j’avais écrits à l’époque :

Je félicite donc ses initiateurs de ce lancement qui ne peut qu’aller dans le bon sens. Je voudrais cependant faire deux remarques :

Je ne suis pas convaincu par le nom choisi. Agridemain, c'est vouloir dire que l'agriculture d'aujourd'hui est en avance sur son temps. C'est beau, mais c'est, à mon avis, à côté de la plaque. Vous allez intéresser les jeunes, et les spécialistes de la technologie, c'est bien. Mais pour l'instant, il vous faut avant tout convaincre la ménagère. Après toutes ces publications à sensation, toujours à charge contre l’agriculture, les consommateurs sont inquiets, ils se méfient de ce qu’on leur propose à manger. Bref, ils ont avant tout besoin d’être rassurés. Je crois qu’un terme du style « agriconscience » aurait été plus approprié à cet objectif.
Car l'agriculture doit démontrer qu'elle est consciente des enjeux, de sa responsabilité dans l'environnement, la santé des consommateurs et des riverains, de l'impact à long terme de ses activités, etc.
En atteignant les mères de famille,  c'est toute la société que vous atteignez. N'oubliez jamais que ce sont les femmes qui façonnent une société. Ce sont elles qui transmettent les valeurs éthiques et sociales à leurs enfants à travers leur éducation.
Mais bon, ne chipotons pas,  l'initiative est bonne. Donnons-lui le temps de grandir et de mûrir.

En plus,  je ne peux m'empêcher de regretter que ce soit une initiative franco-française,  sans portée européenne.
Les agriculteurs français montrent depuis plusieurs années un net rejet de leurs collègues et associés européens. Ça peut se comprendre,  mais c'est un tort. Qu'ils le veuillent ou non, ils sont européens, et en profitent largement. L'Europe est leur principale destination d'exportation. Les agriculteurs européens ne sont pas responsables des dissensions salariales qui créent une concurrence injuste. Les agriculteurs européens se trouvent confrontés aux mêmes types de problèmes et aux mêmes contraintes normatives.
Il serait beaucoup plus cohérent, et efficace, que ces actions, fort louables au demeurant, soient réalisées à plus grande échelle, et concernent la totalité de la production européenne.
Mais bon, ne chipotons pas, l'initiative est bonne. Donnons-lui le temps de faire ses preuves.

Mais je souhaite aussi conseiller à mes confrères non français d’observer cette intéressante initiative, et d’en prendre de la graine. Ce qui est en train de se produire en France, ce rejet bien réel d'une certaine agriculture, mal famée bien que méconnue, peut arriver à n'importe quel moment, dans n’importe quel pays développé.
N'oubliez pas que les sociétés modernes s'éloignent inexorablement des métiers traditionnels, se regroupent autour des villes, perdant le contact avec la campagne et sa culture.
Il est donc impératif de lutter pour garder cette culture vivante.

Je vais vous parler de l'exemple de l'Espagne. C'est celui que je connais le mieux puisque j'y vis depuis plus de 20 ans.
Ici, les gens aiment la campagne et les agriculteurs, et ils en ont une image très positive. Ils ont également une image positive de la qualité de l'alimentation et de la production agricole espagnole.
L'Espagne n'est pourtant pas un exemple dénué de toute critique. Les agriculteurs français ont fait subir à l'agriculture espagnole la même cabale que celle dont ils se plaignent actuellement.
Pour dénigrer cette agriculture qui leur fait concurrence, ils ont volontairement monté en épingle des problèmes bien réels, mais anecdotiques, avec force reportages télévisés sur la fraise espagnole, sur les puits illégaux, sur l'exploitation de la main-d’œuvre immigrée, sur le manque de respect de l'environnement. C'est vrai, ces cas existent.
Mais les abattoirs français sont-ils tous pourris sous prétexte que l'un d’entre eux est mal géré et ne respecte pas les règles ?
N'y a-t-il aucun agriculteur français qui surexploite sa main d'œuvre?
Tous les agriculteurs français sont-ils de parfaits écologistes, toujours respectueux de l'environnement?

Allons, allons. Cherchez un ou deux agriculteurs français peu scrupuleux, ça ne doit pas être bien difficile à trouver, et commandez donc à un journaliste à sensation de faire un reportage bien salé là-dessus. Vous verrez le résultat.

Pourtant, en Espagne, l'agriculture est présente au quotidien sur les radios, à la télévision ou dans les journaux. On y parle de beaucoup de choses. On y parle de tout, sans tabou, des différentes cultures, de l'environnement, des problèmes de gestion de l'eau, des efforts de développement de nouvelles appellations d'origine, des problèmes phytosanitaires et de leurs conséquences, de l'agriculture biologique, de la production intégrée, de nouvelles technologies appliquées à l’agriculture, des efforts réalisés pour améliorer la production.
C'est diffusé à des heures où les gens peuvent l'entendre ou le voir. C'est par exemple à la radio, sur RNE5, le canal 100% information de la radio nationale, que j'ai entendu parler pour la première fois des oliviers millénaires et de leur huile (http://culturagriculture.blogspot.com.es/2015/11/57-venerables-ancetres.html ).
Ce sont aussi quelques émissions spécialisées, à la télévision nationale (Agrosfera o Agricultores) et de nombreux programmes sur toutes les télévisions autonomiques (Campo y Mar par exemple en Andalousie).


Les gens, les consommateurs, sont familiarisés avec les métiers et les problèmes de l’agriculture. Ce ne sont pas des spécialistes, mais ils sont à peu près au courant de ce qui s’y passe.

Il est vrai que les espagnols, en général sont relativement peu préoccupés par les problèmes environnementaux. Ça vient petit à petit, mais disons que, si on fait une comparaison avec la France, la préoccupation de la population pour les problèmes environnementaux et l’écologie est à peu près ce qu’elle était en France il y a une vingtaine d’années.
Ce qui n’empêche pas l’Espagne d’avoir la première agriculture biologique d’Europe, en progression constante.

Bon, tout ça pour vous dire mon opinion très favorable à une initiative qui devenait très urgente. Il est évident qu’il existe un énorme fossé entre ce que croit la société civile, et la réalité.


Mais il est dommage de ne pas l’avoir conçue dès le départ comme un grand mouvement européen.
Il faut donc que les autres pays du monde s’en inspirent pour maintenir ou redévelopper la  connaissance et la familiarité avec l’agriculture.
Quoi que veuillent en dire certains, un des grands enjeux de l’agriculture, non seulement pour l’année 2050, mais pour les siècles à venir, c’est d’être capable de nourrir une population mondiale qui continue d’augmenter, et dont personne n’est capable de dire à quel niveau elle se stabilisera, ni si elle se stabilisera.
L’agriculture doit donc continuer à se moderniser, à améliorer ses rendements, mais aussi à respecter un environnement que la simple présence d’une population humaine excessive met en danger.
Tous les progrès nécessaires passeront peut-être par des évolutions difficiles à accepter pour une population non préparée. Voyez ce qui se passe avec les OGM. L’opposition est si violente sur une technologie qui, en soi, n’a rien de dangereux, que l’on préfère laisser mourir des millions de gens plutôt que d’autoriser les solutions disponibles par les biotechnologies (https://culturagriculture.blogspot.com.es/2015/09/53-ogm-et-pourquoi-pas.html et encore https://culturagriculture.blogspot.com.es/2015/10/56-la-conspiration-du-bluff.html) . Le fond du problème est l’incompréhension, l’ignorance, l’inculture, et le champ libre laissé aux activistes de tous poils.

Donc communiquons, sainement, clairement, ouvertement, sans honte, sans rien cacher, avec toutes les explications nécessaires. Faisons entrer l’agriculture dans les foyers, de manière naturelle, attirante, franche et fréquente.
Voyez dernièrement, lors de la Super Bowl, le plus grand évènement sportif aux Etats-Unis, une des publicités pour des voitures est un magnifique hommage aux agriculteurs. Tout est faisable, tout est possible, si on en a la volonté.
Mais n’oublions jamais qu’une communication bien faite et efficace requiert la participation des professionnels de l’agriculture, avec l’appui des politiciens et l’aide de professionnels de la communication.


lundi 26 octobre 2015

56- La conspiration du bluff

LA CONSPIRATION DU BLUFF

Je suis en plein questionnement, depuis pas mal de temps, sur les raisons réelles des virulentes attaques lancées contre l'agriculture ces dernières années. J’essaie de comprendre d’où vient cet acharnement totalement injustifié, et en général sans aucun fondement médical ou scientifique digne de ce nom.

Car enfin, quoi qu'en disent certains, la qualité globale de l'alimentation a énormément progressé ces dernières décennies.
Un seul critère de qualité a baissé de manière quasi unanimement reconnue, c’est la qualité gustative. Malgré tout, ces dernières années, grâce à la sélection variétale, on voit arriver sur les étalages des variétés modernes au goût toujours meilleur, comme par exemple les tomates cœur de bœuf ou noire de Crimée.

Vous me direz, pourquoi des variétés modernes ? Les anciennes ne valaient donc rien ? Oui et non. J’y consacrerai un article entier probablement, car je crois que ça vaut le coup. Mais pour faire bref aujourd’hui, je vous dirai seulement que les variétés modernes répondent à des préoccupations que le consommateur a parfois du mal à saisir, comme la productivité, l’allongement de la période de production, la résistance aux manipulations, la capacité de conservation, la capacité à réduire le gaspillage alimentaire à tous les échelons de la chaine, depuis le champs jusqu’à la consommation, l’adaptation à une grande diversité de climats, la résistance à certaines maladies ou à certains parasites, etc. Il faut aussi constater que le système de mise en marché des denrées alimentaires a considérablement changé depuis 40 ans, avec une domination, toujours plus grande, de la grande distribution. Les exigences de ce type de mise en marché ont obligé les producteurs à s’adapter pour ne pas disparaitre, à des normes que n’avaient pas, jusqu’à il y a très peu de temps, la qualité gustative comme priorité.
Un autre point préoccupe le public, les résidus de pesticides. En réalité ce problème existe depuis les premiers traitements au cuivre. Sauf qu’à l’époque personne ne s’y intéressait, par ignorance du risque, et il n’existait pas de moyens pour contrôler. Pourtant les produits étaient infiniment plus dangereux, et les règlementations pratiquement inexistantes. Mais désormais, on est capable de le mesurer, donc nombre de résidus apparaissent, dans des niveaux extrêmement bas et sans risque, mais on les détecte. Ce n’est pas qu’il y a plus de résidus qu’avant, bien au contraire, mais c’est qu’on est capables de mesurer des taux toujours plus faibles, donc on décèle des résidus qu’on était incapables de détecter il y a peu, alors qu’ils étaient très probablement présents.

Pour le reste, c'est rien que du bon. Diversité, périodes de production et de consommation allongées, qualité de conservation, amélioration des circuits de froid, amélioration des méthodes de production, hygiène, amélioration de la productivité, réduction de l'impact environnemental, recyclage, intégration sociale, tout a été fait pour que la production agricole soit nettement meilleure à tous points de vue.

Une autre constatation démontre clairement tous ces progrès réalisés : la réduction de la faim dans le monde. Nous sommes loin des objectifs prévus ? Oui et non, car en même temps que la faim régresse, la population mondiale augmente, donc le pourcentage de gens n'ayant pas accès à une alimentation suffisante baisse nettement plus vite.

Si on regarde les deux courbes ci-dessus, issues des chiffres de la FAO, on voit que depuis les années 90, la faim dans les pays en développement a baissé de 1 milliard à 800 millions de personnes affectées. Si ces mêmes chiffres sont mis en pourcentage sur la population totale, on est passé de 23,3% à 12,9%, soit une réduction de 45%. C’est bien, mais il est évident que ça reste insuffisant. Il est difficile à accepter qu’une personne sur 9, au niveau mondial, puisse souffrir de la faim au XXIème siècle.
A ça, il faut ajouter que l'alimentation joue un rôle prépondérant dans l'allongement de l'espérance de vie, l'allongement considérable de l'espérance de vie en bonne santé, l'amélioration des conditions de vieillissement. Son rôle va de pair avec l'accès à l'eau potable, l'hygiène et l'accès à la médecine.

Pourtant, l'image de la qualité des aliments baisse, et l'image des agriculteurs avec elle.
On est en droit de se poser de sérieuses questions. Qu'est-ce qui nous vaut un tel désamour, de telles critiques, voire un rejet frontal dans certains cas ? Pourquoi le public est-il si enclin à croire les déclarations fracassantes et injustifiées de certains manipulateurs, plutôt que les études scientifiques les plus nombreuses et les plus sérieuses, et la simple constatation des faits les plus évidents ?

Il y a quelques temps, je suis tombé sur un article, en espagnol, paru sur Libertaddigital.com « el ecofascismo resumido en 10 citas celebres » (l’écofascisme résumé en 10 citations célêbres) http://www.libertaddigital.com/ciencia/el-ecofascismo-resumido-en-10-citas-celebres-1276390915/ et qui m'a apporté certains éléments de réflexion. A vrai dire, je n’ai d’abord pas su quoi en faire.
Je ne suis pas porté sur les ragots et les rumeurs. Pourtant, tout ceci colle tellement bien à la situation, aux faits, à la réalité...

Puis je suis tombé, ces jours-ci, sur le dernier article de blog de Daniel Sauvaitre « Le monde selon Greenpeace », (déformation du fameux rapport de Greenpeace « Le monde selon Monsanto ») http://www.daniel-sauvaitre.com/2015/10/le-monde-selon-greenpeace-ou-quand-le-debat-est-frenetiquement-modifie.html
Daniel Sauvaitre, président de l’ANPP, Association Nationale Pommes Poires, et président de WAPA, World Apple and Pear Association, explique comment Greenpeace, attaqué en justice par l’ANPP à la suite de la publication d’un rapport au titre injustifié mais très provocateur « Pommes empoisonnées », l’a fait interdire de participation à un symposium international prochainement organisé à Bruxelles « Feeding Europe by reducing pesticides dependency » (Nourrir l’Europe en réduisant la dépendance aux pesticides). C’est fort, quand on y pense, alors que précisément la pomme est le fruit accusé d’être le plus porteur de résidus de pesticides. Il aurait pourtant été judicieux que l’actuel principal représentant de cette filière y puisse s’exprimer.

Il semble évident que Greenpeace, pas très sûre de son propre discours, craint la présentation argumentée de la profession qu’elle ne cesse d’attaquer, dans un forum international dont les répercussions seront forcément importantes. La démonstration publique du mensonge qu’elle organise et orchestre pourrait lui faire perdre de sa crédibilité.

Or, crédibilité = financement et puissance.

Greenpeace, pourtant officiellement grand défenseur de la liberté d’expression dévoile ainsi son côté obscur, le rejet frontal de ce qui s’oppose à ses thèses, de tout ce qui peut lui faire perdre du pouvoir, autrement dit le profond rejet de la liberté d’expression, pour des motivations difficilement avouables à ses habituels soutiens.

Et puis ces derniers jours, Greenpeace encore, en remet une couche. Vous pouvez lire l’article de synthèse de Forum Phyto http://www.forumphyto.fr/2015/10/14/les-pesticides-une-drogue-addictive-de-lagriculture-europeenne/, ou le rapport complet http://www.greenpeace.org/switzerland/Global/switzerland/fr/publications/agriculture/2015_Agriculture_Rapport_EuropePesticides.pdf . C’est en fait un argumentaire de plus, à l’évidence préparé en vue du fameux symposium cité juste avant, qui n’apporte aucune donnée nouvelle, mais qui ose la provocation au point de soupçonner les agriculteurs d’être accros aux pesticides. Du grand guignol !!!

 côté de ça, Greenpeace publie les résultats de ses enquêtes dans tous les pays européens, comme par exemple en Espagne http://www.freshplaza.es/article/92633/Greenpeace-denuncia-el-uso-de-plaguicidas-en-las-manzanas-espa%C3%B1olas
Heureusement, à trop crier au loup, tout le monde finit par se lasser, comme on peut le constater avec le flop des dernières actions en cours http://www.forumphyto.fr/2015/10/23/pesticides-greenpeace-tente-presque-vainement-de-faire-peur/
En fait, sans le vouloir, Greenpeace démontre, chiffres à la clé, que la pomme européenne est plus sûre que jamais. Pas de chance, elle voulait juste faire passer le message inverse !!!

Alors, on se pose des questions. Pourquoi l’Europe est-elle la cible favorite, particulièrement la France et les pays anglo-saxons ? Si c’est en Europe que les règles sont de très loin les plus strictes au niveau mondial, et si les pays anglo-saxons et la France sont, en Europe, les pays où les règles européennes sont les plus contrôlées, les mieux appliquées, et même encore durcies.
La raison existe, et elle est entièrement politique, et sociale. C’est parce que c’est là que le public est le plus sensible aux âneries dites, redites et rabâchées par les manipulateurs. Plus la ficelle est grosse, plus on y croit.
C’est là que la sensibilisation aux problèmes environnementaux a été la plus intense, et c’est là que le public a le mieux répondu à cette sensibilisation. C’est aussi là que les critiques contre les institutions sont les plus habituelles. C’est encore là que la révolution industrielle et les guerres ont fait le plus de dégâts, en particulier à cause de la relativement faible étendue géographique par rapport à la population. Le terrain est donc bien préparé, fertile. Les faits sont établis, il est donc facile de lancer une dérive volontaire.
Nous vivons dans un mélange étrange et explosif de crédulité, de paranoïa, de sadomasochisme intellectuel, de sensationnalisme, de goût de la critique, d’envie irrépressible d’aller contre les institutions, d’inculture, de peur de tout et de saturation d’informations invérifiables. Et à la tête de tout ça, une classe politique veule, faible et corrompue, qui n’a qu’une seule peur, la réaction de son électorat. Peu importe la décision prise, pourvu que les sondages restent positifs.

On a déjà connu ça, dans l’histoire de l’humanité, sous d’autres formes, seulement différentes par la technologie disponible à chaque époque. C’est comme ça qu’ont disparu des grandes civilisations de l’Histoire, comme l’Empire Romain ou l’Empire Ottoman, par exemple.
On appelle ça la décadence.

Le déclin de l’Empire Européen ?

Le meilleur dans tout ça, c’est que si les manipulateurs arrivent à leurs fins en Europe, le reste du monde suivra, tôt ou tard. C’est un des principaux marchés d’exportation au niveau mondial. Si l’Europe durcit les règles, le reste du monde devra aussi le faire pour pouvoir continuer à y exporter ses productions. Double bénéfice.

Et j’ai alors compris ce que je devais faire de cet article en espagnol.
Vous allez comprendre. L'article apporte des citations intéressantes, dont j’ai sélectionné les 7 qui concernent mon sujet, que j’ai choisi de classer en deux groupes. Les autres citations concernent l’énergie.

1- La communication
"A la recherche d'un nouvel ennemi face auquel nous retrouverions l'unité d'action, nous avons eu l'idée que la pollution, la menace du réchauffement global, le manque d'eau potable, la faim et d'autres choses du même genre, feraient très bien ce travail". (Club de Rome).
Le Club de Rome est un groupe de pensée, créé en 1968, précurseur des idées d'empreinte écologique et de développement durable, et initiateur de l'écologie politique.

"Nous avons besoin d’obtenir d'un large soutien pour stimuler l'imagination du public... Pour cela nous devons proposer des scénarios terrorisants, faire des déclarations dramatiques et simples et ne pas laisser place au doute... Chacun d'entre nous devra décider où se situe l'équilibre entre l'efficacité et l'honnêteté". (Stephen Schneider, professeur de climatologie à Stanford, auteur de nombreux rapports du IPCC).

"Nous sommes au début d'une transformation globale. Tout ce dont nous avons besoin est la grande crise adéquate". (David Rockefeller, membre de la direction du Club de Rome.)

"Peu importe quelle est la vérité, seul compte ce que les gens croiront comme étant la vérité". (Paul Watson, cofondateur de Greenpeace.)

Vous voyez l'idée ? Il me semble que j’y vois déjà plus clair. C’est parfois dur de se sentir manipulé.
On lance des attaques tous azimut, sur des sujets susceptibles de faire peur, afin de manipuler l'opinion, et conduire les gens à aller seuls vers les idées que nous voulons imposer. Et la vérité n'a aucune importance, seul le résultat compte.

Vous en voulez quelques illustrations agricoles? La pomme. Souvenez-vous de mon article, mon best-seller à ce jour sur l'affaire Alar http://culturagriculture.blogspot.com.es/2015/02/38-laffaire-alar.html , ou de ce récent reportage manipulé, dont un ami m'a encore parlé récemment, sur la pomme, encore elle, cible facile et qui concerne un très large public http://www.agriculture-environnement.fr/a-la-une/article/le-curieux-patriotisme-alimentaire-de-france-2?var_mode=calcul .
Daniel Sauvaitre s’est transformé en chevalier défenseur de la pomme. Il a de quoi faire. Heureusement il est soutenu par toute la profession, mais il est dur de lutter contre les rumeurs, surtout si elles sont orchestrées par des groupes aussi puissants que Greenpeace.
L'agriculture est devenue une cible privilégiée, car ses acteurs sont fragiles, ses produits sont de première nécessité et de consommation quotidienne, et son activité agit directement sur l’environnement. Tout est réuni en une seule cible.

2- La place de l'homme.
Ensuite, vient un point que j'avais du mal à comprendre. Pourquoi une telle virulence, quand les évidences des progrès réalisés sont partout ? La faim régresse partout dans le monde. Ce n'est pas par hasard. C'est en grande partie dû aux progrès agricoles. L'évidence est là. Pourtant les organisations écologistes rejettent une grande partie des progrès passés, ne pointant du doigt que les défauts, et bloquent les progrès à venir.

Voyons donc quelques citations intéressantes.
"Mes trois objectifs fondamentaux seraient de réduire la population mondiale à environ 100 millions d'habitants, détruire le tissu industriel et essayer que la vie sauvage, avec toutes ses espèces, se rétablisse dans le monde entier". (Dave Foreman, cofondateur de Earth First !)
Earth First ! est un mouvement écologiste radical dont les méthodes et les actions directes ont fait école parmi les mouvements actuels.

"La Terre a un cancer, et ce cancer c'est l'Homme". (Club de Rome)

"L'extinction de l'espèce humaine non seulement est inévitable, c'est aussi une bonne chose". (Christopher Manes, Earth First!)

Édifiant, non ?
Il est évident que les écologistes convaincus, et les gens favorables à plus d'écologie ne pensent pas tous de manière aussi radicale. Mais quand on voit la quantité de mensonges qui circulent sur l'alimentation et l'agriculture, il parait évident que ces pensées extrémistes ont réussi à s'infiltrer dans toutes les organisations écologistes et leurs supporters, plus ou moins profondément.
Si vous en doutez, regardez simplement ce qui se publie sur votre propre secteur d'activité. Ne vous est-il jamais arrivé, en lisant un article ou en voyant une émission qui parlait de votre spécialité, de voir un mensonge évident ou une omission grave ? Je suis sûr que si. C'est quotidien et à propos de tout. Mais évidemment, on ne se rend compte des mensonges que de ce qu'on connait.

Vous pouvez aussi relire mon article sur les Ogm, dans lequel je défends que l’humain doit passer avant l’idéologie http://culturagriculture.blogspot.com.es/2015/09/53-ogm-et-pourquoi-pas.html
Et je ne suis pas le seul à penser que l’écologisme extrémiste a peu à envier aux extrémismes politiques ou religieux les plus violents.



Alors évidemment, on peut penser que c’est de l’intox, une sorte de contrattaque.
Mais il suffit, pour vérifier que ce n’est pas le cas de regarder la vidéo de Patrick Moore, cofondateur de Greenpeace, quand il explique pourquoi il a quitté l’organisation (en anglais sous-titré en espagnol, mais facile à comprendre). 



Il nous explique que deux des points qui l’ont profondément choqué jusqu’à renoncer, c’est d’une part le refus brutal, et sans aucun fondement scientifique, de la chimie en général, et plus particulièrement de la chloration de l’eau potable, et d’autre part la croisade insensée de Greenpeace contre le riz doré, responsable à ce jour, de 8 millions de morts, surtout des enfants.
On s’inquiète de Daesh, on aide les réfugiés du Moyen Orient, et on a raison de le faire. Mais pourquoi ne fait-on rien quand Greenpeace décide de laisser mourir des millions de gens ? Non seulement on ne fait rien, mais on applaudit et on finance généreusement le plus grand génocide du XXIème siècle.
Et le public, c'est à dire vous et moi, nous recevons cette avalanche de mensonges ou de vérités truquées, sans avoir en général la capacité d'en distinguer le vrai du faux. Et inévitablement nous y croyons.

Au fait, n'oubliez pas que ces méthodes sont aussi celles utilisées par les sectes et les dictatures.
Et puisque nous sommes dans les citations, en voici deux intéressantes, surtout quand on sait de qui elle sont :
« Un mensonge répété dix fois reste un mensonge ; répété mille fois, il devient une vérité ». (Adolf Hitler)
« Plus le mensonge est gros, plus les gens y croient. » (Joseph Goebbels, chef de la propagande nazie)

La déviation de la vérité ou le mensonge franc et direct sont des méthodes de communication voulues par les organisations écologistes pour que le public les suive aveuglément.
Et ça marche !!!
Comme les nazis, qui arrivèrent au pouvoir de manière démocratique.
On appelle ça de l’endoctrinement.
Mais bon, si on provoque quelques millions de victimes par pure idéologie, quelle importance ?

Les humains sont de toute façon trop nombreux, non ?