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mardi 17 mars 2020

40- Fier d'être agriculteur



FIER D’ÊTRE AGRICULTEUR

J’ai reçu dans les derniers jours de février, et coup sur coup, trois articles français qui m’ont interpelé, et qu’il me paraît intéressant de mettre en parallèle.

Le premier, publié le 17 février sur challenges.fr, s’intitule « L’agriculture française est-elle malade ? » http://www.challenges.fr/economie/20150217.CHA3146/l-agriculture-francaise-va-vraiment-mal.html
Le second, publié par Franck Gintrand le 21 février sur slate.fr, s’intitule « Surréaliste Salon de l’Agriculture » http://www.slate.fr/story/98123/surrealiste-salon-agriculture
Le troisième enfin, publié par Marion Desreumaux le 27 février sur délitsdopinion.com, s’intitule « Des français qui aiment les agriculteurs mais un peu moins l’agriculture ? » http://www.delitsdopinion.com/1analyses/des-francais-qui-aiment-les-agriculteurs-mais-un-peu-moins-lagriculture-18148/

Je pense que ce qui se passe en France peut être élargi à beaucoup de pays industrialisés, et même si le phénomène n’a pas partout la même intensité, il y a fort à parier que nous le verrons s’aggraver dans les années qui viennent, à moins que l’agriculture, les agriculteurs et les organismes et syndicats agricoles ne soient capables de changer la tendance.

Nous observons tout d’abord, sur challenges.fr, que « en 2014, les revenus des agriculteurs devraient reculer de 5%, à 24.400 euros, selon les premières prévisions.
Les éleveurs sont toujours aussi mal lotis. Par exemple les éleveurs bovins ont vu leurs revenus chuter de plus de 20% à 14.500 euros par an.
Mais cette année, deux filières rejoignent les éleveurs dans le rang des agriculteurs les plus mal payés. D'abord les arboriculteurs qui affichent des revenus annuels en chute de plus de 55% à 13.400 euros. En cause, une production de pêches et d'abricots abondante et des prix en baisse, la concurrence espagnole tirant les cours vers le bas.
Mais surtout ce sont les céréaliers, jusqu'à présent considérés comme les nantis du monde agricole, qui subissent de plein fouet la chute des cours des céréales. Ils devraient enregistrer pour 2014 une perte de revenus d'environ 40% à 11.500 euros annuels.
Dans ce sombre tableau, seuls les viticulteurs et les éleveurs laitiers tirent leur épingle du jeu. »

Premier constat, les agriculteurs vivent souvent mal, avec des revenus modestes voire faibles. Car on vit mal en France avec 14.500 euros par an, encore pire avec 13.400 euros, alors que dire des 11.500 euros, soit moins de 1.000 euros par mois ?
Il est connu que les années se suivent et ne se ressemblent pas. C’est souvent vrai, mais pas toujours. Parfois elles se ressemblent.
Il y en a toujours quelques-uns qui s'en tirent mieux que les autres, qui sont souvent pris comme exemple de réussite, voire de richesse. Pourtant, la réalité est bien celle décrite dans l'article de challenges.fr.
L’agriculture française, et européenne dans son ensemble traverse une période très difficile.
L'article ne fait pas mention des énormes distorsions de prix qui existent entre le prix payé à l'agriculteur, et celui payé par le consommateur. Le thème apparaît pourtant dans un des commentaires. Comment le consommateur, dont la part de budget consacrée à l'alimentation ne cesse d'augmenter, peut-il comprendre que l'agriculteur soit encore plus mal loti que lui? Actuellement, je veux dire dans la période de l’hiver 2014-2015, les pommes de terre sont réglées à l’agriculteur à 4 centimes/kg, les oranges à 7 centimes/kg. Avec ces prix, l’agriculteur ne couvre pas ses frais, perd de l’argent et n’a pas d’autre choix que de devoir s’endetter pour pouvoir continuer.
Ces mêmes produits, payés à ces prix scandaleusement bas, sont vendus en magasin au consommateur, entre 20 et 40 fois ce prix d’origine. C’est inacceptable.
Comment le système a-t-il pu se vicier au point que les deux seuls maillons réellement indispensables de la chaine, c’est-à-dire le producteur et le consommateur, en soient les seules victimes? Tous les autres maillons  (sociétés d’emballages, de contrôle, de transport, acteurs commerciaux, grossistes, détaillants, grandes surfaces), vivent correctement, voire bien ou même très bien.
Comment les pouvoirs publics peuvent-ils laisser se prolonger une situation qui nuit à presque tout le monde, y compris á l'état lui-même?
Car quand le pouvoir d'achat baisse, l'alimentation devient la première nécessité et c'est l'ensemble de la consommation qui se réduit.
Sans compter qu'un agriculteur, avec un revenu aussi bas, est condamné à vivre en autarcie, cesse d'investir, et ne consomme rien.
Et tout le monde se surprend de constater que l'économie des pays industrialisés stagne.

Ensuite, sur delitsdopinion.com, nous découvrons que plusieurs enquêtes d’opinions concernant l’agriculture ont été récemment publiées :
« Dans un récent sondage Harris Interactive pour Groupama réalisé à l’occasion du Salon de l’Agriculture, 72% des Français indiquent avoir une bonne image des agriculteurs. Peu de professions peuvent aujourd’hui se targuer d’en avoir une aussi bonne. Celle-ci repose principalement sur l’incarnation de la valeur « travail » (90% des Français estiment que les agriculteurs travaillent beaucoup) et du sens de l’engagement (74% considèrent qu’ils représentent bien cette valeur), ainsi que sur une conjugaison de défense du patrimoine (76% les désignent comme garants du patrimoine naturel de notre pays) et de modernité (84% jugent qu’ils ont su intégrer les nouvelles technologies dans leur activité). Près de 2/3 des Français (64%) vont même jusqu’à avancer que les agriculteurs doivent être considérés comme un exemple. Même tonalité dans un sondage Odoxa pour le Parisien où le taux de « bonnes opinions » atteint même 82%. Les agriculteurs se voient qualifiés d’utiles (96%), de courageux (94%), de passionnés (90%) et de sympathiques (73%).

L’image d’Epinal de nourriciers, durs au labeur, cultivant le grenier de la France ou élevant du bétail pour remplir nos assiettes perdure et participe de l’identité de notre pays. C’est sans doute la raison pour laquelle autant de responsables politiques se pressent dans les allées du Salon de l’Agriculture. En outre, le métier d’agriculteur est associé à un sens important du sacrifice : le fait de ne pas compter ses heures, de ne pas prendre de vacances… souvent pour un revenu considéré comme n’étant pas à la hauteur des efforts fournis. Dans ce cadre, il serait malvenu de critiquer des agriculteurs dont notre pays ne pourrait pas se passer. Et il est plutôt bienvenu de promouvoir l’implication voire une forme d’abnégation. »

C’est bien, les français ont une opinion très positive et vertueuse des agriculteurs et des valeurs qu’ils représentent, et c'est tant mieux. Mal payés, mais utiles (!!!), courageux et sympathiques.
Soyons fiers! Mais cela nous sert-il à quelque chose?
Car tout n’est pas tout rose.
« Sur la question des subventions, les Français se montrent assez ambivalents. Certes 47% des Français décrivent, dans le baromètre d’image des agriculteurs de l’institut Ifop pour Dimanche Ouest France, les agriculteurs comme « assistés », c’est-à-dire dépendants des aides publiques (+3 points par rapport à 2014). Mais ce chiffre avait déjà atteint 61% en 2006. Et une majorité souhaite que les subventions persistent, voire soient amplifiées. En effet, 76% mentionnent qu’il faut selon eux «continuer à subventionner l’agriculture pour maintenir une France rurale».
Concernant la sécurité sanitaire, 51% des Français dénoncent dans le sondage Odoxa, une profession qu’ils considèrent insuffisamment attentive à cet enjeu. Dans l’étude Harris Interactive, près d’un Français sur trois juge même l’agriculture inefficace pour réduire les risques en matière de sécurité alimentaire pour le consommateur (traçabilité des produits, labellisation…). Dans le baromètre Ifop, si une majorité de Français estime qu’elle peut faire confiance aux agriculteurs, cette proportion enregistre une baisse de 3 points depuis 2014 et de 13 points depuis 2003. De plus, les Français ne sont plus cette année que 52% à juger les agriculteurs respectueux de leur santé contre 59% en février 2014 et 69% en 2013. Cette dégradation assez nette interroge.
Enfin et surtout, dans le sondage Harris Interactive, 61% des Français jugent que l’agriculture française est inefficace pour lutter contre la pollution de l’eau, de l’air et des sols. Dans le sondage Odoxa, 64% jugent que l’agriculture n’est d’ailleurs pas suffisamment attentive à l’environnement, 52% qualifiant par conséquent les agriculteurs de « pollueurs ». Même critique se manifestant dans le sondage Ifop : seuls 44% des Français considèrent que les exploitants agricoles sont respectueux de l’environnement, soit une baisse de 5 points depuis 2014 et de 12 points depuis 2012. L’impact de l’agriculture sur l’environnement constitue donc un potentiel point de crispation entre les Français et les agriculteurs. »

Nous voilà bien ! L'agriculteur  est en fait un utile pauvre vertueux sympathique courageux pollueur, dangereux et assisté. Le portrait avance, mais il devient grimaçant. On peut juste se demander quel être étrange va en sortir.
Heureusement, le Salon de l’Agriculture va faire le nécessaire pour réconcilier la population et son agriculture. Est-ce bien sûr ?

« Le Salon capitalise sur une image sympathique et bon enfant, celle d’un événement emblématique et médiatique. Une image surréaliste aussi, à mille lieux de l’agriculture moderne. Malgré la petite visite traditionnelle du Président de la République et de l’ensemble de la classe politique, le Salon met un point d’honneur à maintenir ce décalage surréaliste entre la vision d’une ruralité devenue marginale et les réalités d’un monde agricole qui a pris un virage technologique impressionnant.
Certes, les organisateurs du Salon n’en sont pas totalement inconscients. Ils ont choisi à juste titre le thème de «L’agriculture en mouvement» pour cette édition 2015 afin de promouvoir les techniques scientifiques modernes utilisées par la profession. Mais à l’évidence, le choix du thème n’est qu’une formalité vite expédiée. Sur le site internet de l’événement, on retrouve, à côté de ce thème, des rubriques telles que «J’aime les animaux», «Bar et cave à vin», «Produits du terroir», «Concours général agricole»… Sans compter que, cette année encore, l’espace réservé aux animaux va augmenter.
Un Salon qui ment sciemment sur la réalité de l’agriculture moderne.
Une image quasiment intemporelle… Pourtant, l’agriculture a fait de gigantesques progrès. Et quoi qu’en disent ses détracteurs, elle ne se limite pas au débat sur l’utilisation des engrais ou le développement des OGM. Qui le dira si les agriculteurs n’en sont pas eux-mêmes convaincus, s’ils sont tétanisés, complexés au point de se réfugier derrière une façade surannée?
En l’espace de quelques années, les agriculteurs sont passés d’une agriculture traditionnelle à une agriculture intensive puis à une agriculture de très grande précision. Grâce à des systèmes de guidage par satellite, on ne conduit plus un tracteur comme hier. Grâce aux systèmes d’information, on ne trait plus une vache aujourd’hui comme on le faisait encore dans les années 1990.
Plus décisif, le recours aux modélisations mathématiques pour optimiser l’exploitation d’un champ, l’importance de la biologie moléculaire, de la lutte intégrée et de la sélection végétale pour protéger les écosystèmes face aux menaces, ou de la génétique moderne pour mieux comprendre la physiologie d’un animal, l’architecture des réseaux d’irrigation qui permettent aujourd’hui de cultiver du blé presque n’importe où, jusque dans le désert… Et que dire des progrès qui ont été accomplis pour économiser l’eau, améliorer le bien-être animal, concevoir des produits plus adaptés à la demande et aux contraintes de la vie moderne? Oui, ce sont ces réalités-là qu’il faudrait oser mettre en valeur, car tous ces aspects sont maintenant au cœur de la profession d’agriculteur ou d’éleveur dans les pays développés.
Du reste, c’est par la maîtrise de ces bouleversements que notre production agricole reste la première de l’Union européenne, à hauteur de 18%, assez loin devant l’Allemagne, l’Espagne et l’Italie, qu’on situe à environ 12%. La France est un des pays affichant les plus hauts niveaux de productivité par tête et de rendements céréaliers du monde, avec les Etats-Unis, l’Australie et le Brésil. Notre secteur agroalimentaire reste compétitif à l’international avec une balance commerciale excédentaire depuis les années 1970, y compris durant ces dernières années marquées par la crise.
Alors, comment s’expliquer que le Salon de l’Agriculture ne rende pas plus visibles les avancées technologiques et les machines innovantes qui ont permis ces résultats? Cela ferait sans aucun doute la joie des enfants et probablement de leurs parents, au même titre que la douceur de la laine d’un mouton ou le goût d’un saucisson local. »

On attaque ici un autre registre, pourtant étroitement lié avec les articles précédents.
Il semble qu’il existe un certain complexe, une sorte de timidité, dans le monde agricole.
Peut-être vient-il de la pression démesurée et injustifiée qui pèse sur lui, combinaison hasardeuse et insidieuse de :
-une forme approximative d’écologisme diffus dans la population, souvent inculte sur l'agriculture et aveuglée dès qu'on lui parle d'environnement,
-la peur irraisonnée de l’empoisonnement, fortement appuyée par les lobbies écologistes et largement relayée par les médias et les pouvoirs publics, alors que le risque n’a jamais été aussi bas depuis que le monde est monde,
-une certaine maladresse des organismes agricoles, pas toujours au diapason entre eux pour faire front commun dans la défense "d'une certaine idée de l'agriculture", et chacun tirant donc la couverture à lui,
-un populisme évident de la classe politique, pour laquelle 5,6% des emplois et 3,6% du PIB ne pèsent pas forcément bien lourd dans la balance politico-électorale, même si "autant de responsables politiques se pressent dans les allées du Salon de l’Agriculture",
-de l’impuissance des organismes scientifiques et techniques agricoles, souvent bloqués, soit par l’orientation « politiquement correcte » de leur travaux, soit par des budgets excessivement réduits, ou encore soupçonnés de partialité pour avoir dû chercher des financements auprès des entreprises privées, afin de pouvoir maintenir leur activité et les emplois qui en dépendent.

« Et si les agriculteurs assumaient aussi leur métier avec fierté?
Le pari mérite donc d’être relevé car il s’agit là d’une aventure scientifique et humaine formidable. Malheureusement, l’opinion ne s’en rend pas toujours compte et reste méfiante face à la technologie agricole, entre les controverses éthiques autour des OGM et les dérives de quelques grandes multinationales impliquées dans la «Révolution Verte». Mais comment lui en vouloir si le Salon, qui est l’unique occasion de célébrer l’agriculture en France, ne remplit pas sa mission d’éducation et d’information, comme le fait par exemple le Mondial de l’Agriculture et de l’Élevage de la SIMA, hélas trop méconnu?
Une telle ambition est loin d’être inaccessible. Les responsables du Salon craignent peut-être un déficit d’audience en bousculant leur stratégie, mais ils ne devraient pas se montrer si frileux. Aux États-Unis, le Musée des Sciences et de l’Industrie de Chicago connaît un succès remarquable, précisément pour sa capacité à proposer des expériences concrètes et ludiques à un public familial, dans un univers agricole revisité, et qui révèlent les prouesses parfois incroyables dont nos systèmes productifs actuels font preuve au quotidien. »

Le public pourrait ainsi palper l'évolution bien réelle de l'agriculture, en comprendre les enjeux, constater que les agriculteurs ne sont plus ces pollueurs dangereux et assistés qu'on leur présente régulièrement.

En effet, il est à mon avis très réducteur et contreproductif de maintenir, dans l’esprit du grand public, année après année, l'image de l'agriculteur seulement comme celle du bon paysan à l’ancienne dans son costume folklorique, avec comme attraits principaux des salons, les concours de bétail et les dégustations de vin, fromage et cochonnaille.
Je ne dis pas qu'il faut les supprimer, cette image sympathique, artisanale et fruste participe à l'opinion généralement positive. Mais, comme il est dit dans l'article, il devrait être mis davantage l'accent sur les nombreux aspects de grande modernité et de nouvelles technologies dont l'agriculture peut se targuer.
L'agriculture de précision est de plus en plus une réalité, et c'est aussi un des moyens principaux dont elle dispose pour respecter les enjeux productifs et environnementaux qui se présentent à elle.

Et n'oublions jamais que l'agriculture est un secteur hautement stratégique. C'est à la fois
- une monnaie d'échange: on troque des produits industriels par des produits agricoles avec des pays ayant peu d’autres ressources,
- une arme géopolitique: voyez ce qui se passe dans le conflit entre l'Ukraine et la Russie: pour protester contre les mesures de répression, la Russie a fermé ses frontières aux produits alimentaires issus des pays soutenant ces mesures. Le résultat en est une crise agricole par excès de production,
- un outil de contrôle environnemental, permettant le maintien de nombreux équilibres naturels, contrairement à ce qu'on veut bien nous faire croire. Imaginez simplement les Landes sans agriculture et sylviculture? On observerait à coup sûr le retour du paludisme, pour ne citer qu'un exemple,
- une base indispensable de l'industrie et de l'artisanat, par fourniture de très nombreuses matières premières (voir à ce propos, mon article nº30 "Ils sont partout", de septembre 2014).

Laisser l'agriculture livrée à elle-même, comme semble vouloir le faire l'Union Européenne, c'est aussi et surtout prendre le risque de laisser disparaitre le savoir-faire et la connaissance des nombreux agriculteurs, agronomes et techniciens agricoles qui, ruinés ou lassés de faire des efforts sans retour, se recyclent ou s'en vont s'installer ailleurs, dans des pays, souvent en développement, qui eux, savent valoriser leurs compétences.

Les agriculteurs doivent apprendre à faire connaître leur métier à des consommateurs qui n’en ont aucune idée, simplement, en montrant et en expliquant la réalité, avec l’appui des organismes officiels et scientifiques. L’agriculture s’est métamorphosée (voir mon post nº2 « métamorphose » de janvier 2014), mais qui, à part les agriculteurs eux-mêmes, en est conscient ?
Une communication dirigée vers le consommateur ne peut qu’avoir un effet positif sur son opinion, et par effet indirect, sur la consommation.
L’agriculture dans son ensemble a tout à y gagner, encore faut-il trouver le bon moyen de le faire.

Soyons fiers d'être agriculteurs. Soyons fiers du travail difficile que nous réalisons tous les jours pour que la population puisse avoir à sa disposition une nourriture abondante, diversifiée et saine.

Un évènement récent et scandaleux m’a donné raison avant même d’avoir publié cet article. Il sera logiquement mon prochain sujet.

mardi 17 juillet 2018

135- Qualité -7- Vos critères d'achat

QUALITÉ – VOS CRITÈRES D’ACHAT

Un de mes contacts de LinkedIn, Gildas Guibert, responsable technique d’une importante entreprise française de production fruitière, et très actif sur les réseaux, a lancé récemment une enquête auprès des membres de son réseau francophone.

Les réponses obtenues m’ont donné envie de savoir quelles sont les réactions de mon réseau face à cette question.
Mon réseau étant plus international, j’ai décidé, avec son accord, de reprendre cette enquête mais en en modifiant la question.

Image personnelle

Donc voici :

Lorsque vous achetez un aliment non transformé (fruits, légumes, céréales, œufs, viande, lait, etc.), qu'est-ce qui est le plus important pour vous ?

1-    Le prix ? Il s’agit du prix à la consommation.
2-    Le goût ? Selon les produits, on parlera des arômes, du sucre, du croquant, de la jutosité, etc.
3-    L’aspect ? Selon les produits, ça peut être la couleur, le brillant, la fraicheur, les défauts d’aspect, etc.
4-    L'origine ? Locale, nationale, d’importation proche ou d’importation lointaine.
5-    Le mode de production ? Production respectueuse de l’environnement (agriculture biologique, production intégrée, agriculture de conservation), ou production conventionnelle, petits agriculteurs ou grandes fermes, etc.

D’autre part, comme je crois que votre réponse sera influencée par votre relation à l’agriculture, j’aimerais que vous l’indiquiez de la façon suivante :

A-   En relation directe avec l’agriculture (agriculteur, ou emballeur de produits agricoles, employé agricole ou à l’emballage de produits agricoles, conseiller agricole, enfant d’agriculteur, etc.)
B-   En relation indirecte avec l’agriculture (fabricant ou vendeur d’intrants ou de matériels agricoles, fournisseur de services à l’agriculture, comme des assurances ou des services de nouvelles technologies par exemple)
C-   Sans relation avec l’agriculture.

Et enfin, indiquez-moi votre pays d’origine. Je crois que la culture de chaque pays peut avoir une influence sur l’éducation alimentaire.

Votre réponse pourrait ainsi être, par exemple :
5, 4, 3, 2, 1, B, Canada

Bien entendu, les commentaires sont facultatifs, mais bienvenus.

Indiquez vos réponses de préférence comme un commentaire directement sur le blog, ce sera plus facile pour moi de ne pas perdre de réponse.

Je compte sur vous. Partagez sur vos réseaux, nous aurons ainsi plus de réponses. Il me faudra probablement du temps pour tout analyser, mais je suis certain que nous en tirerons des enseignements très intéressants.

Image : https://mywowo.net/media/images/cache/barcellona_rambla_03_boqueria_jpg_1200_630_cover_85.jpg

samedi 30 juin 2018

134- La perception du risque

LA PERCEPTION DU RISQUE

Un intéressant article publié en mai sur le blog espagnol « El ecologista transgénico » (L’écologiste transgénique) nous informe sur la perception du risque par le public, et nous met en garde contre l’énorme pression médiatique que nous subissons quotidiennement, avec la perception parfois erronée que nous avons de certains sujets.


Cet article m’intéresse beaucoup car l’agriculture, et en particulier les pesticides, font partie des cibles les plus fréquemment affectées par ce problème, très souvent de manière injustifiée.


« La perception du risque : un sujet dangereux
12 mai 2018

Les erreurs dans la perception du risque sont la base de beaucoup de problèmes dans la communication de la science, par conséquent je vais consacrer cet article à ce sujet, en tentant d’éclaircir les concepts à travers plusieurs exemples. C’est que tous les jours, dans notre vie quotidienne, nous devons prendre une infinité de décisions qui sont un exercice d’équilibre entre bénéfices et risques, certaines inconscientes, d’autres plus raisonnées. Malheureusement les humains ne sont pas très bons pour évaluer ces risques. Ça complique beaucoup notre capacité à prendre des décisions cohérentes, depuis les décisions médicales, plus ou moins importantes, jusqu’au choix des aliments que nous portons à notre bouche.


De fait l’évidence est claire, nous ne pouvons pas éviter ces erreurs. Notre irrationalité apparente sur ces points est le fruit de processus innés qui opèrent hors de notre contrôle conscient. Il a été identifié un certain nombre de « facteurs de peur » émotionnels qui font que certaines menaces potentielles produisent plus de peur que d’autres, sans relation avec ce que peut dire l’évidence :
-       Les risques créés pas l’homme nous effraient plus que les risques naturels. Il est donc probable que nous soyons plus effrayés par les cultures transgéniques, la radiation des centrales nucléaires ou les usines chimiques, que par les risques « naturels » comme le lait non pasteurisé, les médecines naturelles ou le rayonnement cancérigène du soleil.
-       Nous nous inquiétons davantage pour les risques que nous ne pouvons pas contrôler et nous avons tendance à sous-estimer les risques que nous pouvons contrôler. Par exemple nous surestimons le risque du glyphosate (ou d’autres produits phytosanitaires) mais nous sous-estimons le risque de ne pas manger suffisamment de fruits ou de légumes, ou le sédentarisme.
-       Les risques imposés nous font plus peur que ceux que nous prenons volontairement. Pour cette raison, la perception du risque est plus grande dans le cas de la radiation des centrales nucléaires que dans le cas de la radiation du soleil, à laquelle nous nous exposons volontairement.
-       Nous sommes mauvais pour évaluer les risques et les bénéfices à long terme. Nous avons une tendance innée à nous centrer sur le court terme. Par exemple, quand des maladies comme la rougeole ou les oreillons disparaissent, les bénéfices de la vaccination qui ont permis de les vaincre ne sont plus évidents et peuvent être remis en question.
-       Nous oublions souvent de considérer le risque de ne rien faire, ou de l’alternative.

Ces raccourcis mentaux et notre désir de réponses simples à propos de la causalité, du risque et du bénéfice, conduisent à certaines erreurs communes dans la façon dont nous agissons dans notre propre vie.


Danger et risque

Danger et risque sont deux concepts différents mais reliés.

Un danger est un agent qui dispose du potentiel de causer un dommage.
Le risque mesure la probabilité de dommage par un danger.


Les dangers se transforment en risques seulement en cas d’exposition. Exemple : la radiation solaire est un danger. Mais si je ne m’expose jamais (ou que je me protège) à la radiation, je ne trouverai pas confronté au risque de brulures ou de mélanomes, bien que le danger existe bien. Malgré cette différence, nous tendons à considérer tous les dangers comme des risques, indépendamment de notre niveau d’exposition.

Ce phénomène est très évident dans la classification des cancérogènes du CIRC (Centre International de Recherche sur le Cancer (IARC http://monographs.iarc.fr/ENG/Classification/). L’identification des dangers est le premier pas de l’évaluation des risques, mais ce n’est pas, en soi, une évaluation des risques. Pourtant nous voyons en permanence des études d’identification de dangers présentés comme des évidences de risques réels. Ces classifications se basent sur la force de l’évidence et non sur le degré de risque. Deux facteurs de risque pourraient être inclus dans la même catégorie bien que l’un triple le risque de cancer et l’autre ne l’augmente que d’une petite fraction. Un exemple clair est celui du tabac et de la viande transformée, inclus tous deux dans la catégorie 1 de la classification. Selon Cancer Research UK (http://scienceblog.cancerresearchuk.org/2015/10/26/processed-meat-and-cancer-what-you-need-to-know/), fumer cause 19% de tous les cancers. Au contraire, on estime que « seulement » 3% de tous les cancers son causés par la viandes transformée et les viandes rouges combinées. En conséquence, l’évidence de que la viande transformée provoque le cancer est aussi forte que celle du tabac, mais le risque du tabac est très supérieur.

Tous les dangers ne sont pas égaux

Comme nous l’avons vu, tous les dangers ne sont pas égaux, ceux-ci peuvent affecter un nombre distinct de personnes et être plus ou moins dommageables. L’observation du graphique nous permet de diviser les dangers en quatre catégories en fonction du nombre de personnes affectées et de la gravité du dommage. La nature du produit (naturel ou synthétique) n’a pas de rapport avec sa dangerosité.


Cependant, nous avons parfois tendance à considérer que tous les dangers auxquels nous prêtons attention sont aussi dommageables les uns que les autres. Le développement du mouvement anti-vaccination montre cette tendance à voir tous les risques comme étant égaux (en considérant les dangers de la vaccination et les dangers des maladies comme équivalents tant en gravité qu’en risque de problème). Les maladies que l’on prévient par la vaccination appartiennent au cadre supérieur droit du graphique. Les vaccinations déplacent le danger de ces maladies vers le cadre supérieur gauche en réduisant considérablement le nombre de personnes affectées par ces maladies. D’autre part, les vaccins en eux-mêmes possèdent une dangerosité généralement basse sur une frange limitée de la population, ce qui les place dans le cadre inférieur gauche. Pourtant, dans l’esprit de beaucoup de gens, les risques extrêmement rares (réels ou imaginaires) associés aux vaccins sont devenus égaux ou supérieurs que les risques (bien réels) d’attraper la maladie. Le problème est le même pour les additifs alimentaires.

Conclusion

Nous sommes exposés en permanence à une grande quantité de dangers, certains d’entre eux pouvant présenter un risque pour notre santé si nous nous y exposons, s’ils se trouvent en concentration excessive ou s’ils sont trop fréquents. Les erreurs dans la perception du risque sont la base de beaucoup de problèmes dans la communication sociale de la science. Ces erreurs sont partiellement dues à notre faible capacité à évaluer correctement ces risques (elles peuvent aussi être intentionnelles). Pour les éviter, nous devons évaluer chaque danger séparément, en analysant son potentiel de dégâts et son niveau d’exposition, ainsi que les alternatives possibles ou les conséquences de s’en dispenser, afin de savoir si quelque chose représente réellement un risque.


Plus d’information sur ce sujet :


La confusion créée autour de la différence entre danger et risque est soigneusement entretenue, avec un objectif voulu, généralement occulte, destiné à favoriser des ventes ou à provoquer une modification de l’opinion ou du comportement.
C’est sans aucun doute ce qui est en train de se produire depuis plusieurs années à l’encontre de l’agriculture conventionnelle, pour favoriser la consommation des produits bio. Ceux qui communiquent dans ce sens sont des entreprises capitalistes qui distribuent des aliments bio, ou d’ONG écologistes qui tentent d’attirer de nouveaux membres, ou d’augmenter leur pouvoir.
Ce marché est très lucratif, et les moyens mis en œuvre pour le développer n’hésitent pas à dénigrer tout ce qui s’interpose sur sa route.
Attirer le consommateur en jouant sur ses peurs est la seule chose qui compte.
Et les dégâts collatéraux occasionnés, qui sont parfois graves, n’ont aucune importance.

Image : https://s-media-cache-ak0.pinimg.com/originals/ea/29/24/ea29240b4ccba8913893c942ec758eb9.jpg