Affichage des articles dont le libellé est FR- productivité. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est FR- productivité. Afficher tous les articles

jeudi 24 janvier 2019

142- Les alternatives aux pesticides -2- Le suivi de culture


LES ALTERNATIVES AUX PESTICIDES -2- LE SUIVI DE CULTURE


On ne peut pas vraiment classer le suivi de culture parmi les alternatives aux pesticides, mais j’ai décidé d’en faire le point de départ de cette série car c’est le fondement de la Protection Phytosanitaire Intégrée ou Raisonnée, et de la protection phytosanitaire en Agriculture Biologique.
Aucune des méthodes, techniques et nouveautés qui y entreront ne pourront se développer ni fonctionner correctement sans cette étape fondamentale.


Tout suivi (ou surveillance) des cultures sous-entend l’intégration d’un aspect rarement commenté et pourtant essentiel pour une agriculture moderne, productive, respectueuse, saine et durable: la connaissance.
Une agriculture durable est une agriculture de science et de connaissance.
Connaissance de la culture d’abord, son cycle physiologique, son adaptation climatique, ses exigences agronomiques, ses besoins nutritionnels, ses sensibilités sanitaires et physiologiques, sa compatibilité avec les cultures environnantes, etc.
Connaissance du sol, qui est le support vital de la culture, afin de prendre en compte les facteurs de sensibilité potentiels (pathogènes, risques de nématodes, d’asphyxie radiculaire, etc.), et de connaitre les apports nutritionnels du sol à la culture (y compris les risques de déficiences ou de carences).
Connaissance des risques adverses, comme en particulier les risques climatiques, les maladies, les ravageurs.
Connaissances des auxiliaires pour la défense des cultures (insectes, champignons et vertébrés prédateurs), ceux qui seront utiles pour aider à résoudre les problèmes spécifiques de la culture.
Connaissance de l’environnement des zones de culture, afin de savoir quelle aide il pourra nous apporter (zones favorables au développement de certains auxiliaires par exemple), ou quelles contraintes il suppose (la proximité de zones illuminées peut augmenter la présence de certains lépidoptères nocturnes nuisibles aux cultures par exemple), et ce que l’agriculteur devra faire, ou ne pas faire afin de tenir compte de cet environnement tout en tirant le meilleur parti possible pour son activité.

Précisons que ce niveau de formation et de connaissances, aujourd’hui reconnu comme étant le point de départ indispensable pour toute évolution de la production agricole vers des pratiques vertueuses, est un acquis récent (et pas encore totalement généralisé) dans les pays les plus développés (à partir de la deuxième moitié du XXème siècle), et qu’il reste encore à acquérir dans une grande partie du monde. L’agriculture reste de manière universelle, un des secteurs les plus arriérés de l’activité humaine et de l’économie mondiale, en matière d’instruction, de formation et de développement.

Image : Issiaka Konate (ARAF - Plateau Dogon), Mali

Une fois ces connaissances acquises et la culture mise en place, l’agriculteur devra mettre en œuvre tout un processus, souvent complexe, qui lui permettra de mettre sa culture dans les conditions les plus favorables à son développement et à sa production, tant en qualité qu’en quantité.
Un des points clé sera la protection de la culture contre les maladies et les ravageurs.

-       Il devra d’abord mettre en œuvre tous les moyens disponibles pour empêcher les attaques sanitaires de se produire. C’est la prophylaxie. Ce sera l’élimination de restes contaminés des cultures précédentes ou adjacentes, la taille, le nettoyage des abords, etc.
-       Il devra ensuite implanter des systèmes d’observation, de manière à détecter les attaques aussi précocement que possible. C’est la surveillance. C’est la mise en place de pièges de surveillance, de protocoles d’observation, de comptages, d’enregistrements climatologiques, etc.
-       Il mettra en relation les observations et comptages avec des niveaux de référence appelés “seuils de nuisibilité”, variables selon la culture, la région de culture, le type de parasite et l’époque. Il déterminera de cette manière à partir de quel moment une menace présente devient réellement dangereuse et présente un risque économique. C’est la notion de seuil d’intervention.
-       En même temps qu’il observe les populations de nuisibles, il observe la présence de prédateurs de tous types. Ce sont des insectes, des acariens, des champignons ou des vertébrés (oiseaux, serpents, carnassiers) qui s’alimentent des différents risques présents sur les cultures. Leur présence peut considérablement réduire, voire éliminer complètement la menace d’une population de nuisibles. C’est l’utilisation des organismes auxiliaires.
-       Il choisira la méthode d’intervention au cas par cas. Il utilisera des pesticides, naturels ou synthétiques, en les choisissant pour leur efficacité, leurs effets secondaires et les risques sur l’environnement et la santé, lorsqu’aucun autre moyen ne permettra de résoudre le problème. C’est la décision d’intervention.

Chaque culture, chaque période du cycle physiologique, chaque type de conditions climatiques demandera une réponse adaptée.

Le suivi des niveaux de populations de maladies et d’insectes nuisibles aux cultures et de leurs auxiliaires, permet de décider de la meilleure technique d’intervention, si elle est nécessaire, et de son moment optimal.

LE CHOIX DES PRODUITS

Quand j’ai commencé mon parcours agricole, au tout début des années 80, la phytopharmacopée disponible incluait un grand nombre de molécules synthétiques très polyvalentes. On traitait contre une attaque de pucerons, et tout ce qui était présent (diptères, hyménoptères, coléoptères, lépidoptères et autres insectes nuisibles ou utiles) était aussi éliminé. Le respect des équilibres n’était pas à l’ordre du jour, et de toute manière il aurait été difficile d’essayer, car aucun des pesticides disponibles et autorisés, ou presque, n’était sélectif.
Progressivement, des produits de plus en plus spécifiques sont apparus, réduisant la polyvalence, donc les risques de « nettoyage » intempestif.
Il faut cependant signaler que dans le même temps sont apparus, ou réapparus certains problèmes, souvent connus car décrits dans les traités anciens, mais jusque-là généralement contrôlés par la polyvalence des produits phytosanitaires.

L’information à l’agriculteur a également beaucoup augmenté.
Jusqu’aux années 90, il ne connaissait que le risque pour l’utilisateur (et même souvent seulement partiellement), et le délai d’emploi avant la récolte.
Progressivement, l’agriculteur a reçu une information toujours plus complète concernant la santé, l’environnement, et les conditions d’utilisation.
Avec l’amélioration des techniques de mesure et la baisse de leur coût, les contrôles de résidus de pesticides se sont généralisés. Des normes concernant chaque produit et chaque type d’aliment ont été établies.
Les produits les plus polyvalents ont été interdits pour la plupart.


S’il est vrai que jusqu’à la fin des années 80 il était habituel (mais pas systématique) que les agriculteurs traitent par calendrier, sans se préoccuper réellement de la présence de maladies ou de ravageurs, et encore moins des auxiliaires, ce n’est plus du tout le cas aujourd’hui, pour plusieurs raisons :
-       Le niveau de formation et de connaissance des agriculteurs a fortement progressé.
-       L’amélioration de l’appui technique auprès des agriculteurs par des structures publiques, privées ou de type coopératif permettent de faire progresser aussi les agriculteurs les moins formés.
-       La pression sociale autour d’une agriculture durable dont l’impact sur la santé et l’environnement soit minime a littéralement explosé ces dernières années.
-       La préoccupation de l’impact des pratiques agricoles par les agriculteurs eux-mêmes a fortement progressé.
-       La législation se durcit chaque année un peu plus, tant sur les autorisations de pesticides que sur les conditions d’emploi, et les contrôles et sanctions également, au moins dans les pays riches.
-       Les supermarchés, qui contrôlent la majeure partie des marchés de consommation dans les pays industrialisés, obligent leurs fournisseurs à suivre et respecter des cahiers des charges qui tous, actuellement, sont très accès sur les risques sanitaires et environnementaux. Les contrôles sont nombreux et les sanctions sévères.
-       Le coût de la protection phytosanitaire est élevé, et d’importantes économies sont possibles (en comparaison avec un programme de traitement systématique par calendrier) grâce à une bonne gestion.
-       De nombreux pesticides biologiques ou très spécifiques font leur apparition sur le marché, avec des exigences techniques particulières qui demandent des conditions d’emploi très précises, mais qui permettent à l’agriculteur des résultats techniques sans risque de résidus.


Il est d’ailleurs important de signaler que les seuils de nuisibilité utilisés dans les années 80 et 90 ont dû être révisés dans la plupart des cas à cause de l’évolution des solutions disponibles.
En effet lorsque l’agriculteur disposait de produits très polyvalents dotés d’un important effet de choc, il pouvait attendre que les attaques nuisibles atteignent des niveaux relativement élevés.
Aujourd’hui c’est très différent, car les solutions ont rarement un effet de choc puissant, obligeant l’agriculteur à anticiper.

La philosophie de protection n’est plus de « laisser venir et tout nettoyer », mais plutôt d’ « éviter que les problèmes puissent prendre de l’ampleur », ce qui les rendrait très difficiles à résoudre.

Ce changement de paradigme a également un impact très direct sur la manière qu’a l’agriculteur de se concentrer sur la protection de ses cultures, car il sait que s’il n’a pas su, ou pas pu, éviter le développement de certains problèmes, les conséquences économiques pourront être extrêmement graves.

Bref, le suivi de la culture est depuis longtemps un point technique important pour l’agriculteur.
Avec les nombreux changements de ces dernières années, c’est devenu une vraie méthode de travail qui occupe une place essentielle dans la protection de la culture, et dans l’obtention d’un résultat technique satisfaisant.

Oui, s’il est vrai que le suivi des cultures n’est pas, en soi, une alternative à l’emploi des pesticides, c’est en revanche un facteur primordial de réussite de la culture avec un minimum d’interventions pesticides.


mercredi 12 décembre 2018

141- Les alternatives aux pesticides -1- Pourquoi?


LES ALTERNATIVES AUX PESTICIDES -1- POURQUOI?

Mon précédent article m’a donné l’idée de cette nouvelle série, très importante face aux défis qui se présentent à l’agriculture moderne, dans un contexte d’exigence sociétale pour la réduction ou même l’interdiction des pesticides de synthèse, et la nécessité de maintenir une agriculture très productive, mais respectueuse de l’environnement et de la santé des consommateurs et des usagers.


Il me parait intéressant de faire un tour d’horizon de ce qui existe pour les substituer.
Car on ne fera pas une agriculture suffisamment productive sans moyens de protection phytosanitaire. Même s’il est vrai que certaines cultures, dans certaines conditions, peuvent être produites sans aucun pesticide, la très grande majorité des productions agricoles ont un besoin indispensable de moyens de contrôle et de pesticides, quelle que soit leur origine, afin que la production soit suffisante, le revenu de l’agriculteur aussi, et que la sécurité des aliments soit garantie pour le consommateur.

Je vous rappelle que je m’oppose radicalement à une interdiction des pesticides de synthèse.
C’est une escroquerie intellectuelle de laisser penser à un public non informé, naïf et manipulé, que l’agriculture peut vivre sans pesticide.
C’est également une escroquerie intellectuelle de laisser penser à ce même public, que des solutions non synthétiques existent pour remplacer tous les pesticides de synthèse dans toutes les situations de culture.
C’est encore une escroquerie intellectuelle de laisser croire à ce même public, que tout ce qui est naturel est bon, et qu’un pesticide naturel est meilleur qu’un pesticide de synthèse. Vous pouvez le voir dans ma série “Naturel vs synthétique”.
C’est enfin une escroquerie intellectuelle de laisser croire, comme c’est encore le cas d’une large proportion de consommateurs, que l’agriculture biologique n’utilise pas de pesticides. Les communications sont systématiquement faites sur le même modèle, où on indique “sans pesticide” et on renvoie par un astérisque à une note écrite en tout petit caractère et en fin de texte “de synthèse”. 
Il suffit, pour s’en convaincre, d’observer la progression européenne du marché des biopesticides :

Même si je suis certain de ce que je viens de vous expliquer, je suis aussi convaincu que le mouvement bio a le grand mérite d’obliger l’ensemble de la filière agricole à se poser des questions, à changer sa manière de regarder son activité, à chercher des alternatives aux aspects les plus négatifs, en particulier concernant l’impact sur l’environnement et les risques sanitaires.

Il est donc très intéressant de connaitre les méthodes alternatives disponibles ou en développement. Car même si je suis convaincu qu’une agriculture sans pesticide est impossible, je suis également convaincu qu’il est possible d’en réduire fortement l’emploi.
Beaucoup de chercheurs dans le monde essaient de trouver des solutions, car la suppression des pesticides synthétiques aurait de graves conséquences  sur la productivité de l’agriculture, sur la recrudescence de la faim dans le monde, et même sur les risques sanitaires de notre alimentation. Une des conséquences serait une probable forte augmentation du coût des aliments, de fortes difficultés financières pour les agriculteurs des zones affectées, et certains risques, souvent difficiles à évaluer, d’insécurité alimentaire. En gros, on peut estimer que la disponibilité des aliments sera plus difficile à maintenir stable.
Chers lecteurs des pays riches, ne vous inquiétez pas. Vous aurez toujours à manger. Vous avez la chance, comme moi, de vivre dans un pays solvable, cible de choix pour l’exportation, une de ces destinations qui ne manquera jamais d’aliments car on y a les moyens de les payer.
Mais les habitants des pays en développement risquent de souffrir beaucoup plus de difficultés alimentaires, plus qu’aujourd’hui encore, puisque l’exportation d’aliments pourrait se convertir en source essentielle de revenus pour les états et les propriétaires.


Les nouvelles méthodes attirent particulièrement l’attention des multinationales et de certaines startups, bien décidées à profiter d’un très gros gâteau qui se profile à l’horizon, la fourniture massive d’aliments aux pays riches.
Et c’est bien normal.
Il y a un réel besoin.
L’évolution des mentalités, tout d’abord dans les pays développés, puis progressivement dans les pays en développement pousse l’agriculture vers la production biologique, ou tout du moins, vers une production moins gourmande en pesticides.

En fait, ce n’est pas exactement ça. Quelle que soit la méthode de production appliquée, et même s’il est vrai qu’il existe des moyens pour réduire la pression des attaques de beaucoup de maladies et de ravageurs, il n’en reste pas moins que les cultures y seront toujours plus ou moins sensibles.
Afin d’éviter des pertes de production excessives, l’agriculteur va mettre en œuvre tous les moyens disponibles pour éviter les dégâts potentiels.

L’agriculture biologique interdit tout ce qui n’est pas d’origine naturelle (à quelques exceptions près), sans pour autant garantir l’innocuité de la technique utilisée, ni même les risques environnementaux qu’elle présente, comme c’est le cas pour le cuivre ou l’huile de neem, ou par la production de toxines naturelles par déficience du contrôle des maladies fongiques.


L’agriculteur conventionnel n’a plus, aujourd’hui, aucun intérêt à utiliser les pesticides aveuglément. Ils sont chers, voire très chers, et ils peuvent avoir des effets secondaires sur la culture elle-même, comme c’est le cas des pyréthroïdes avec les acariens, qui favorisent le développement d’autres problèmes phytosanitaires qui à leur tour exigeront l’utilisation d’autres pesticides.

Les deux grandes orientations de la production, bio ou conventionnelle, se rejoignent donc sur le fond du problème: toute intervention dans les champs a des effets secondaires et des conséquences indésirables.
Rien n’est jamais anodin, qu’on utilise une technique respectueuse ou un pesticide naturel, ou qu’on utilise un pesticide de synthèse.

Le sujet de cette nouvelle série est précisément de répertorier les techniques et méthodes disponibles afin d’éviter l’utilisation des pesticides, spécialement les synthétiques.
Sur certaines cultures, les alternatives non synthétiques ne permettent pas, actuellement, d’assurer une production suffisante.
Mais ça viendra, je ne sais ni quand ni comment, mais ça viendra.

En attendant, toute interdiction non correctement préparée par l’existence préalable d’une solution de substitution confirmée, aura de graves conséquences sur l’alimentation.
La probable interdiction prochaine du glyphosate pourrait se révéler désastreuse, en particulier pour des méthodes de production vertueuses comme l’agriculture de conservation, avec finalement un résultat exactement inverse à celui recherché.
L’interdiction des néonicotinoïdes, dont les effets sur les abeilles sont discutables et controversés aura également de graves conséquences pour certaines cultures.


Il serait préférable de placer des priorités, sans parti pris, sans idéologie, selon des critères scientifiques indiscutables, et de favoriser la recherche de solutions pour résoudre ces priorités.

De nombreux travaux sont en cours ou ont déjà débouché. Je vais vous les présenter dans plusieurs chapitres de cette série, et je publierai par la suite un nouvel article à chaque fois qu’une innovation méritera qu’on parle d’elle.

Dans les prochains chapitres de cette série, je vous parlerai de l’évolution des connaissances sur les ravageurs et les maladies, ainsi que du comportement des plantes vis à vis de ces agresseurs, des pesticides d’origine naturelle, des organismes utiles vivants susceptibles d’éviter l’emploi des pesticides, de l’influence que peut avoir l’agriculteur sur les capacités d’autodéfense des plantes, de l’utilisation des phéromones, de l’influence de la biodiversité sur les risques parasitaires, de la recherche génétique, etc.

A bientôt donc.

dimanche 27 mai 2018

131- Agroécologie -8- Un monde sans pétrole

AGROÉCOLOGIE – UN MONDE SANS PÉTROLE

Il y aura bientôt 50 ans, depuis l’époque du premier grand choc pétrolier de 1973, qu’on nous répète inlassablement que les réserves pétrolières mondiales seront épuisées dans 50 ans. En 1972, alors que cette grave crise se profile depuis un an, le Club de Rome, avec l’aide d’un groupe de chercheurs du MIT, avait même prévu un épuisement des réserves pétrolières une vingtaine d’années plus tard, dans la publication « The limits of growth » (Les limites de la croissance) https://www.clubofrome.org/report/the-limits-to-growth/.
Ça finira bien par arriver, c’est certain, bien que personne ne soit capable de nous prédire sérieusement quand ça se produira. Il ne faut pourtant pas être devin pour comprendre qu’une ressource minière qui s’extrait et se consomme à ce rythme, a forcément une espérance de vie courte.
C’est ce qui se produira à la fin de l’ère pétrolière qui m’intéresse aujourd’hui.


Le pétrole est la base d’une incroyable et très diverse activité industrielle et économique, la chimie, la pharmacie, l’agrochimie, le textile, les plastiques, les colles, les peintures, les transports, les lubrifiants, les carburants et tous leurs produits dérivés comme la paraffine par exemple. Cette immense activité s’arrêtera alors, au moins dans sa forme actuelle. Le pétrole est, aujourd’hui, la matière première phare de l’ensemble de l’activité humaine.
Face à cette place prépondérante, une énorme activité de recherche s’est mise en place, depuis plusieurs décades, afin de trouver des matières premières de substitution pour toutes ces activités et productions.
Le très fertile génie humain a d’ailleurs déjà trouvé des solutions de remplacement pour beaucoup de choses. C’est souvent le prix, la résistance ou la difficulté d’approvisionnement qui rend complexe leur généralisation, comme on le constate par exemple pour les plastiques agricoles d’origine végétale. A ces difficultés techniques ou économiques, s’ajoute la résistance des industries actuelles qui, parfois, freinent autant qu’elles peuvent certaines solutions susceptibles de leur faire de la concurrence.
Remplacer une matière première aussi polyvalente et économique n’est pas facile, d’autant que le pétrole a façonné en 150 ans, un modèle économique et industriel dont l’adaptation est complexe.

Pour faire simple, on peut dire que les substituts du pétrole sont l’huile, la cellulose et les fibres. Ces trois éléments essentiels destinés à remplacer le pétrole sont tous issus de la production végétale et animale.


L’avenir du l’humanité passe donc par l’agriculture. Ce n’est un secret pour personne en ce qui concerne les aliments. Mais il est probable que peu de gens en sont conscients en ce qui concerne l’industrie chimique, le textile, les plastiques, beaucoup de matériaux modernes ou pour les carburants.
Bref, l’avenir des activités humaines dépend de l’agriculture.


La fin du pétrole bouleversera profondément l’équilibre géopolitique de la planète, et les pays puissants seront alors ceux qui auront su préserver leurs capacités productives en agriculture, que ce soit par la préservation des surfaces agricoles, par le maintien de la fertilité des sols, ou par la quantité et la qualité des ressources en eau douce disponibles pour l’agriculture.

C’est là que l’agroécologie entre en jeu, non pas à travers les idéologies qui y sont reliées, mais à travers son développement par choix politique, et surtout par sa pratique quotidienne par les agriculteurs, et dans la diversité de ses multiples facettes.
Des grands pays céréaliers comme l’Ukraine, seront-ils toujours en mesure de produire autant sans une évolution vers des pratiques qui préservent mieux les ressources?
Le fréquent refus actuel de création de retenues d’eau pour des raisons écologiques ou politiques ne se transformera-t-il pas en un grave problème agroécologique?


Les pays doivent développer leur potentiel agricole avec une vision à long terme, sur la base d’une agriculture de conservation, capable de produire beaucoup tout en préservant les ressources fondamentales que sont la biodiversité, le sol et l’eau.

L’agriculture industrielle n’est en mal en soi. Produire à grande échelle a ses avantages en termes de qualité des structures, de respect des protocoles et des normes, et de puissance d’investissement, ainsi que de mise à disposition des produits. Mais elle doit être clairement encadrée et contrôlée afin d’en éviter les risques de dérives sociales et environnementales.

L’agriculture biologique, dans ces versions actuelles, n’aura, à mon avis, pas la possibilité de subvenir à tous les besoins de l’humanité dans la perspective de la disparition de l’actuelle principale matière première.
L’actuelle mise en avant comme un modèle à suivre et comme l’avenir du monde de la permaculture, tient plus du besoin de se rassurer d’une classe sociale intellectuelle, plutôt favorisée et urbaine, largement déconnectée des réalités, que d’une vision clairvoyante des besoins réels de l’humanité et de la planète.
Nourrir le monde est une chose, mais le fournir à la fois en aliments, en énergie et en matières premières en est une autre.

La voie raisonnable d’avenir se situe dans le juste milieu, comme c’est très souvent le cas. Et dans le cas de l’agriculture, le juste milieu se situe dans une production intensive, mais respectueuse de l’environnement et du consommateur, qui ne refuse pas la chimie de synthèse par pur dogmatisme, mais choisit toutes ses pratiques de production pour leur combinaison d’avantages techniques et agronomiques d’une part, et leurs effets minimes sur l’environnement et la santé, ainsi que l’économie des ressources d’autre part.

Image personnelle 

Cette agriculture existe déjà. Elle évolue en permanence, s’améliore de jour en jour, mais n’a pas une vraie reconnaissance politique et sociale car elle ne refuse pas la chimie de synthèse. Elle s’appelle agriculture de conservation pour les cultures annuelles céréalières et industrielles, et agriculture intégrée (ou agriculture raisonnée) pour les cultures pérennes et le maraichage. Mais elle n’est pas considérée comme politiquement correcte, et se retrouve placée par la société civile au même niveau que l’agriculture industrielle ou même que le productivisme agricole issu de la Révolution Verte, telle qu’elle était pratiquée dans les années 60.
Elle n’a pourtant rien à voir, et se rapproche beaucoup plus de l’agriculture biologique que de l’agriculture industrielle.
Mais elle a le tort de ne pas se plier au dogme et doit donc être gardée sous silence.
Les gardiens de ce dogme sont en particulier les grandes ONG environnementalistes, avec l’appui, déclaré ou non, de nombreuses personnalités de la politique, du spectacle, de la cuisine et du journalisme, et n’acceptent pas ce qu’ils considèrent comme une déviance.
« Il est difficile d'accepter la vérité lorsque les mensonges étaient exactement ce que tu voulais entendre » (citation d’origine inconnue trouvée sur le web).

L’agriculture biologique garde sa place dans ce panorama agricole de l’ère post-pétrolière, pour servir un public exigeant, plutôt fortuné, et plutôt urbain. Elle reste aussi une source importante d’évolution et de recherche de solutions nouvelles. Le fait de ne jamais pouvoir avoir recours à certaines solutions oblige à inventer, à imaginer. L’agriculture biologique, sous toutes ses formes, est un excellent laboratoire de progrès.

Mais l’agroécologie est à la fois une décision d’agriculteur et une orientation politique.
Les pays qui s’y intéressent, ou qui ont déjà choisi d’en faire un objectif socio-économique, doivent savoir prendre des décisions progressives.
Personne ne doit jamais oublier que l’agriculture n’est pas une personne.

L’agriculture est un tout, un ensemble de personnes, d’entreprises et d’activités interdépendantes, souvent fragiles, qu’il convient de faire évoluer progressivement et avec l’accompagnement nécessaire afin de ne pas les fragiliser davantage.

Les pays qui sauront préparer correctement cette ère post-pétrole ont un brillant avenir devant eux.

Encore faudra-t-il arriver à ce moment crucial avec une agriculture en bon état, capable de répondre à ces nouveaux enjeux.

Image : https://image.freepik.com/photos-libre/paysage-rural-en-ete-la-rioja_1398-4757.jpg

samedi 21 avril 2018

128- Agroécologie -7- L'agriculture, toujours plus verte

AGROÉCOLOGIE - L’AGRICULTURE, TOUJOURS PLUS VERTE.


Bien que le grand public, grâce à un matraquage médiatique incessant, pense le contraire, le rapprochement de l’agriculture conventionnelle et de l’agriculture biologique est évident pour qui s’intéresse vraiment à la question.

Photo personnelle

Après la Seconde Guerre Mondiale, l’agriculture occidentale a abusé de la chimie de synthèse, entrainant progressivement dans son sillage beaucoup de pays en développement. Il ne s’agissait pas d’une volonté délibérée des agriculteurs, mais plutôt d’un conditionnement, et d’une forte volonté politique. C’était l’époque de la Révolution Verte, pleine de bonnes intentions et de conceptions très basiques et parfois erronées.
L’agriculture était un des grands moteurs du développement économique. Le productivisme était à l’ordre du jour. Il fallait nourrir une population avide de confort et de bonne chère après des années de privations. Il fallait aussi faire entrer des devises, donc exporter, et l’agriculture était un des axes les plus évidents.
Les besoins en aliments et en devises étaient énormes, tout comme l’était aussi la méconnaissance des risques, au moins au niveau des usagers (c’était l’époque du DDT tout puissant, présent jusque dans les insecticides domestiques et dans les lotions anti-poux pour les enfants, avec la bénédiction de l’administration sanitaire). A cela, il faut ajouter que le niveau de formation des agriculteurs était généralement très bas.


Progressivement, la recherche a fait (et bien fait) son travail, réalisant de nombreuses découvertes, comprenant toujours mieux le fonctionnement des animaux et des plantes, des sols ainsi que des écosystèmes, et divulguant peu à peu ces connaissances nouvelles.
Bref, le progrès était en marche.

En parallèle à ces avancées agronomiques, les technologies ont progressé à un rythme encore plus rapide. A l’époque du DDT, on ne faisait pas d’analyse de résidus de pesticides sur les produits alimentaires. Ces techniques se sont développées dans les années 70, avec les progrès de l’électronique, et de la chimie. Or le DDT est interdit depuis le début des années 70.
Les premiers équipements d’analyses de résidus étaient capables de mesurer la présence d’une molécule dans des niveaux de 1 mg/kg (1 ppm) ou 1 gramme de molécule chimique dans 1 tonne d’aliment.
Certains produits pouvaient avoir des délais autorisés d’emploi avant récolte de 0 jour. Autrement dit, il était possible de faire un traitement chimique, et de récolter les fruits ou légumes le même jour. Et malgré tout, les analyses donnaient absence de résidus.
Or actuellement, ces mêmes équipements sont capables de déterminer la présence d’une molécule dans des niveaux de 1mg/tonne (1 ppb), autrement dit 1 gramme de molécule chimique dans 1000 tonnes d’aliments, c’est-à-dire un niveau de précision 1000 fois plus élevé.
Ces progrès technologiques ont permis de détecter des aberrations dans les usages autorisés, et d’une manière plus générale dans les législations.
Toutes les législations concernant les autorisations et l’utilisation des pesticides chimiques ont été modifiées en conséquence.


En parallèle, la médecine a également grandement progressé, et on s'est ainsi rendu compte que certaines pratiques ou certains produits, réputés inoffensifs, ne l’étaient pas tant que ça. Autre source de modifications des usages.

Dans le même temps, les recherches réalisées sur l’environnement, et sur l’impact de ces mêmes pratiques, ont permis d’en mesurer les effets positifs, et surtout négatifs.

Toujours durant la même période, l’enseignement agricole a considérablement progressé, et le niveau de formation des agriculteurs est désormais bon, au moins dans les pays industrialisés. Avec cette formation, est venue la réflexion, le raisonnement, l’intégration de l’activité agricole dans son environnement.

Enfin, les progrès technologiques ont aussi affecté de manière très directe l’information, donnant accès à tous les acteurs de la société, à une immense source d’informations. Malheureusement, Internet, véritable révolution en matière de disponibilité des informations, est aussi devenu une gigantesque tribune dans laquelle n’importe qui peut dire n’importe quoi, sans apporter de preuve de ce qu’il dit, tout en recevant une large audience.

Tous ces progrès, réalisés en parallèle, mais sans concertations les uns avec les autres, ont conduit à de nombreux changements dans les législations, dans les préoccupations, dans les comportements.

Pourtant, malgré tous les problèmes détectés a posteriori grâce aux évolutions technologiques et scientifiques, malgré la toxicité avérée de certains produits d’usage courant, l’espérance de vie n’a cessé de progresser dans les pays industrialisés. La qualité et la diversité des aliments proposés contrebalançaient les problèmes occasionnés. Ceci ne veut pas pour autant dire qu’il fallait ne rien changer, bien au contraire. Mais il faut relativiser la gravité de certains problèmes.
Il faut aussi se souvenir, en particulier en ce qui concerne la pollution des sols et des eaux souterraines, que nous continuons de payer, encore aujourd’hui, les conséquences de certaines erreurs vieilles de plusieurs décennies. C’est ainsi que l’on retrouve encore, dans certains sols, des résidus de DDT, plus de 40 ans après son interdiction, mais décomposé sous forme de DDD et de DDE. Il faudra encore plusieurs décennies de plus pour tout disparaisse.
C’est pour cela que les évaluations actuelles sont si strictes, en particulier concernant la dégradation des nouvelles molécules dans les sols et dans l’eau.


Pour en revenir au sujet du jour, tous ces changements ont eu une série de conséquences importantes sur l’agriculture :
-       Les agriculteurs sont actuellement bien formés et sont préoccupés par leur santé, celle des consommateurs et par leur environnement.
-       Les mouvements écologistes se sont développés fortement et, par leur action souvent contestable, ont largement participé à cette prise de conscience, désormais généralisée à toute la société.
-       Les gouvernements ont pris la mesure de la problématique et ont légiféré, tant sur les autorisations de produits chimiques, que sur le contrôle de leur utilisation.
-       Le nombre de molécules autorisées a été drastiquement réduit, avec élimination de tous les produits les plus dangereux, et les niveaux de résidus autorisés ont tous été fortement revus à la baisse. Actuellement, la législation européenne est la plus restrictive au monde, de loin.
-       Les entreprises chimiques ont radicalement changé leurs orientations de recherche, de manière à répondre à ces évolutions, avec comme résultat, l’apparition de produits toujours plus respectueux de l’environnement, de l’usager et du consommateur. Même les plus grandes sociétés de chimie se sont lancées dans la recherche de produits biologiques.
-       La plupart des agriculteurs conventionnels intègrent actuellement dans leurs méthodes et techniques de production, des éléments, toujours plus nombreux, compatibles avec l’agriculture biologique.
-       Certains points restent pourtant non résolus, en particulier les mesures de l’impact réel des pesticides non chimiques, autorisés en agriculture biologique, sur l’environnement, sur l’usager et sur le consommateur. C’est là que la pression médiatique fait mal son travail.


En fait, si on y regarde de près, on se rend compte que l’agriculture conventionnelle a très largement évolué vers une production intégrée (ou raisonnée) pour les cultures ligneuses (productions fruitières, vigne, olive, agrumes, etc.) et pour de nombreuses cultures annuelles, comme le maraichage. Pour d’autres cultures (céréales, coton, cultures fourragères, etc.), l’agriculture de conservation va dans la même direction. Ces deux méthodes et leurs variantes ont incorporé aux pratiques de cultures, de nombreuses techniques plus respectueuses de l’environnement, ont réduit l’usage des pesticides et des engrais, les doses et moments d’application ont été grandement améliorés grâce aux connaissances acquises sur la biologie des cultures, des sols et de l’environnement. Voir par exemple http://culturagriculture.blogspot.com.es/2014/11/32-les-methodes-de-production-4-la.html

Dans le même temps, l’agriculture biologique a également évolué, en particulier grâce à l’arrivée de nouvelles solutions aux problèmes sanitaires et nutritionnels des cultures. Il faut dire que les recherches, publiques ou privées concernant les techniques de protection phytosanitaire et les pesticides non chimiques sont nombreuses.

La protection des cultures reste un enjeu majeur pour les agriculteurs, quelle que soit la méthode de production. Il faut bien reconnaitre que la rentabilité de la culture reste la première préoccupation pour l’agriculteur qui est, avant tout, un chef d’entreprise, dont l’activité doit être non seulement rentable, mais en plus elle doit lui permettre de générer des revenus suffisants pour lui-même afin de faire vivre dignement sa famille.

Photo personnelle

En fait le rapprochement entre ces deux grands courants est rapide, et inéluctable. Je ne crois pas que l’on arrive à une fusion, car l’agriculture biologique refuse certaines orientations, comme les biotechnologies, bien qu’elles soient sans doute la voie la plus directe et rapide vers une disparition des besoins en pesticides, qu’ils soient chimiques, ou non chimiques.

Le bio tend à stagner dans l’évolution de ses techniques (sauf sur la protection phytosanitaire), garde de nombreuses zones d’ombres (surtout dans sa communication), et survit avec de nombreux problèmes actuellement insolubles, en acceptant parfois l’utilisation de certains pesticides synthétiques, en conditions contrôlées. Les aides publiques, nettement plus importantes en bio qu’en conventionnel, participent aussi à son développement. Mais il s’industrialise par nécessité, pour répondre aux besoins d’un marché toujours davantage dominé par les supermarchés.
Le conventionnel se réforme en profondeur, devient chaque jour un peu plus respectueux de l’environnement, des sols, des nappes phréatiques, des consommateurs, bref devient toujours plus vert.
Le consommateur, si courtisé par tout le monde, et largement intoxiqué par une désinformation politiquement correcte et soigneusement orchestrée, finira par s’y perdre. Certains signes montrent qu’il a de plus en plus de mal à faire la différence.

Et ça ne plait pas à tout le monde.
Car qui, parmi les nombreux profiteurs du bio, souhaite vraiment que l’agriculture biologique prenne une grande ampleur? Qui souhaite ce rapprochement et la quasi-disparition des différences ?
Ce serait la mort de la poule aux œufs d’or.
N’y aurait-il pas là une des principales causes des attaques toujours plus nombreuses et toujours plus virulentes contre l’agriculture conventionnelle ?
Allez savoir.

C’est une vision à court terme, capitaliste, de pure gestion économique mais en attendant, les bénéfices engrangés n’en seront que meilleurs, qu’ils soient économiques, ou politiques.

Si les intérêts particuliers et politiques ne prenaient pas le dessus sur l’intérêt public, on devrait en réalité assister à une collaboration entre les deux tendances. Pourtant, on assiste en réalité à un affrontement.

Alors, si j’ose dire, à qui profite le crime?
Ni à l’agriculteur, ni au consommateur, en tout cas.

Image: http://www.mes-ballades.com/77/image-77/77_FAUNE_combat-de-cerfs-faune.jpg