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mardi 1 mai 2018

129- Naturel vs synthétique -7- Bilanophos vs Glufosinate


BILANAPHOS VS GLUFOSINATE

Il y a environ 2 ans, je publiais un article sur cette même comparaison, mais sous un angle différent (http://culturagriculture.blogspot.com.es/2016/01/66-protection-des-plantes-4-aux.html).

Il me parait intéressant de le reprendre sous l’angle de l’opposition entre naturel et synthétique. Nous avons vu dans des articles antérieurs que cette différenciation est parfois à la limite du raisonnable. Cet exemple le démontre une fois de plus.

Cette fois, il s’agit d’un herbicide. C’est d’autant plus intéressant que le problème de la maitrise des herbes nuisibles aux cultures est une des grandes difficultés de l’agriculture biologique.
Je n’aime pas la dénomination « mauvaises herbes », car ces plantes ne sont pas mauvaises, elles ont juste le tort de pousser là où l’agriculteur ne veut pas qu’elles se trouvent, et où elles peuvent nuire à la culture.



« Comment produire un herbicide naturel par Andrew Kniss* (6 janvier 2016)


Il y a plus d'un an, j'ai produit un article sur un herbicide « maison » à base de sel, de vinaigre et de savon à vaisselle.

« Beaucoup d'entre vous l'ont probablement vu affiché sur Facebook, Twitter, Pinterest, ou sur votre site de jardinage préféré. Une de mes descriptions préférées l'appelle une "potion herbicide magique, naturelle". »

Cette potion particulière tue certainement les mauvaises herbes, mais elle n'est pas naturelle (et elle n'est certainement pas sans produits chimiques). Elle contient du savon à vaisselle et du vinaigre, les deux étant synthétisés industriellement ; elle n'est donc pas naturelle au sens de la plupart des définitions du mot. C'est décevant, parce que les gens rêvent vraiment d'un désherbant naturel. Ils veulent détruire les mauvaises herbes autour de leur maison et dans leur jardin, mais ils n'aiment pas l'idée d'utiliser un pesticide de synthèse. La plupart des gens (moi y compris) préféreraient utiliser quelque chose de naturel, toutes autres choses étant égales par ailleurs. Malheureusement, il y a très peu de produits vraiment naturels qui sont des herbicides efficaces.

Cela étant dit, je tiens à vous présenter une substance chimique fascinante dénommée bilanaphos. Au début des années 1970, le bilanaphos a été découvert de façon indépendante par deux laboratoires différents, l'un en Allemagne et l'autre au Japon. Les deux groupes ont isolé cette substance chimique à partir de bactéries Streptomyces : S. viridochromogenes en Allemagne, et S. hygroscopicus pour le groupe japonais. Le bilanaphos est produit naturellement par ces bactéries naturelles. Donc, au sens d'à peu près toutes les définitions, le bilanaphos est naturel.

Les scientifiques d'Allemagne et du Japon ont très tôt trouvé que le bilanaphos avait des propriétés herbicides fortes ; quand il était appliqué sur les plantes, celles-ci mourraient. Après une étude plus approfondie, les scientifiques du groupe allemand ont déterminé que seule une partie de la substance chimique bilanaphos complète était nécessaire pour l'activité herbicide. En fait, lorsque le bilanaphos pénètre dans la plante, environ la moitié de la molécule est rapidement coupée, ce qui laisse subsister une petite molécule – la phosphinothricine. C'est cette molécule plus petite qui joue le rôle de l'herbicide dans la plante.

Lorsque la substance naturelle bilanaphos (à gauche) entre dans la cellule de la plante, la plante supprime deux résidus alanine, laissant subsister la phosphinothricine (à droite). La phosphinothricine a une activité herbicide dans la plupart des plantes, en inhibant l'enzyme glutamine synthétase.



Nous avons donc une substance naturelle (bilanaphos) qui est convertie naturellement par les plantes en une autre substance (la phosphinothricine) qui agit très efficacement comme un herbicide. Et il se trouve que certaines espèces de Streptomyces produisent aussi naturellement une petite quantité de phosphinothricine. Cela ressemble beaucoup à un herbicide naturel, non ? Pas si vite…

La phosphinothricine (mieux connue aux États-Unis comme glufosinate [en France, glufosinate ammonium]) est largement utilisée aujourd'hui comme herbicide. Elle est la matière active des herbicides comme Rely (principalement utilisé dans les vergers et les vignes aux États-Unis) et Liberty (le plus souvent utilisé en conjonction avec les cultures Liberty Link), [et Basta en France]. Mais même si le produit chimique se trouve à l'état naturel et a été découvert par extraction à partir de bactéries d'origine naturelle, l'herbicide commercial est produit par voie de synthèse. Donc, on ne le considère pas comme un herbicide « naturel ».

L'histoire de la phosphinothricine, bien que très intéressante, n'est pas unique. Un grand nombre de scientifiques du monde entier explorent la nature à la recherche de nouveaux produits chimiques qui ont des propriétés utiles, antibiotiques, pesticides ou autres. Les scientifiques de l'USDA estiment qu'entre 1997 et 2010, environ 69% des nouvelles matières actives de pesticides enregistrées par l'EPA étaient soit des produits naturels, soit des produits de synthèse dérivés de sources naturelles (comme la phosphinothricine) ou de nature biologique. Par exemple, un autre herbicide couramment utilisé sur le maïs a été découvert après une première observation du fait que peu de plantes pouvaient pousser sous un buisson de Callistemon dans un jardin. Mais les herbicides constituent en fait la fraction la plus petite (moins de 7%) de ces nouveaux pesticides d'origine naturelle ; environ 30% des matières actives des nouveaux insecticides et fongicides sont soit des substances naturelles, soit des substances dérivées de produits naturels.


Actuellement, la FDA a du mal à définir le mot «naturel» sur les étiquettes alimentaires. C'est un terme de marketing souvent utilisé sans définition claire. Il peut être encore plus difficile à définir en relation avec les pesticides. Comme le montre l'exemple de la phosphinothricine, les limites entre le naturel et le synthétique peuvent rapidement devenir floues. Est-ce naturel parce que ça se trouve dans la nature ? Ou faut-il extraire la substance physiquement de la nature pour pouvoir être considéré comme naturel ?

La distinction « naturel ou non » peut nous distraire de ce qui est vraiment important dans le débat sur les pesticides. Si la substance est structurellement la même, le produit d'origine naturelle et les versions produites par synthèse partageront les mêmes propriétés. Les propriétés de la substance sont beaucoup plus importantes, à mon avis, que la source de la substance. Le pesticide est-il sans danger pour les applicateurs et l'environnement ? Est-il dégradé rapidement dans l'environnement en produits non toxiques ? Si oui, alors je me préoccupe bien moins de savoir s'il est naturel ou non, quelle que soit notre définition de « naturel ».

Mais il y a des questions liées à la source du produit qui peuvent être importantes. En particulier, lequel a l'impact le plus important : la synthèse dans un laboratoire ou l'extraction à partir de sources naturelles ? J'entends rarement des discussions sur cette question, bien que ce soit là l'une des questions les plus importantes liées aux produits naturels (à condition qu'ils soient considérés comme sûrs). Si nous pouvons extraire efficacement une ressource renouvelable de la nature, et éviter les dépenses liées à l'énergie et aux combustibles fossiles de la production par voie de synthèse, alors un composé produit naturellement me semble être plutôt une bonne chose. Mais si extraire quelque chose de la nature signifie que nous aurons un plus grand impact négatif sur l'environnement que la production en usine, alors, s'il vous plaît, donnez-moi la version de synthèse.


Références :

Hoerlein (1994) Glufosinate (Phosphinothricin), A Natural Amino Acid with Unexpected Herbicidal Properties. p 73-145 in  Reviews of Environmental Contamination and Toxicology (Vol 138)

Dayan et al. (2011) Rationale for a natural products approach to herbicide discovery. Pest Management Science. 68:519–528

Cantrell et al. (2012) Natural Products as Sources for New Pesticides. Journal of Natural Products. 75:1231-1242.

_______________________________________

* M. Andrew Kniss est Professeur d'écologie et de gestion des mauvaises herbes à l'Université du Wyoming. »


L’idéologie de l’agriculture biologique oblige à n’utiliser que des pesticides d’origine naturelle. Pourtant des dérogations existent, en fonction des possibilités de certaines molécules, de la manière de les utiliser, ou des besoins des agriculteurs qui parfois justifient des entorses soigneusement gardées sous silence, au moins vis-à-vis des consommateurs.

On a parfois du mal à comprendre pourquoi certaines molécules, produites de manière totalement industrielle (comme la deltaméthrine qui est un pyréthroïde de synthèse) sont acceptées en bio. D’autres, tout à fait comparables dans leur processus de fabrication, tout en étant de simples copies de molécules d’origine naturelle, ne le sont pas, comme c’est le cas de l’azadirachtine, naturellement produite par l’arbre de neem, et principale molécule active de tous les pesticides bio à base d’huile de neem.
Par contre, les phéromones utilisées en agriculture biologique, comme en conventionnelle, sont des produits de fabrication 100% synthétique, qui sont des copies des phéromones naturellement émises par les insectes. Là il n’y a pas de problème. Il est vrai que ces produits ne sont pas pulvérisés sur les cultures. Mais ils flottent dans l’air jour et nuit durant des mois, et se déposent forcément sur les produits qui seront des aliments.
On peut également se demander par exemple, pourquoi le spinosad, produit naturellement par des bactéries (Saccharopolyspora spinosa), et fabriqué à grande échelle par un processus entièrement industrialisé, est autorisé en agriculture biologique, mais le bilanophos également produit naturellement par des bactéries (du genre Streptomyces) ne l’est pas ?


Car finalement, que manque-t-il à l’agriculture biologique pour qu’elle se généralise ?
Des outils, des solutions techniques pour résoudre des problèmes concrets, en particulier au niveau de la protection phytosanitaire.
La plupart des autres problèmes ont des solutions cohérentes (avec un bémol tout de même sur les aspects nutritionnels, qui progressent cependant rapidement), et même souvent d’un coût très raisonnable.
Mais on constate que, s’il est sûr que les conversions à l’agriculture biologique sont de plus en plus nombreuses (rarement par conviction personnelle, mais davantage à cause de la pression sociétale, ou par opportunisme économique), les retours en arrière sont aussi de plus en plus fréquents. La principale cause évoquée par ces agriculteurs sont les problèmes phytosanitaires non résolus qui s’accompagnent de baisses sensibles de rendements ou de baisse de qualité, et au final d’un problème sérieux de revenu pour l’agriculteur.

Car l’augmentation de l’offre de produits bio et leur démocratisation s’accompagnent d’un effet pervers, au demeurant tout à fait prévisible, qui est la baisse des prix, pas forcément à la consommation, mais à l’agriculteur.
Qui dit baisse des prix, dit aussi baisse de revenu, et obligation d’améliorer la qualité (visuelle), donc augmentation du coût de production réel. Car s’il est vrai que la production biologique n’a pas l’obligation de respecter les mêmes critères de normalisation de qualité des aliments que l’agriculture conventionnelle, la réalité évolue petit à petit et les circuits de mise en marché exigent de plus en plus un produit bio et beau à la fois.
Une sorte de retour de bâton qui pourrait être largement évité si on autorisait l’utilisation en agriculture biologique des toujours plus nombreux pesticides synthétiques « copiés de la nature ».

La raison gagnera-t-elle un jour la partie sur le dogme ?


dimanche 18 juin 2017

107- Naturel vs synthétique -5- Les phéromones

NATUREL VS SYNTHÉTIQUE – LES PHÉROMONES

À la fin des années 80, j'étais jeune conseiller en production fruitière dans le Sud-Est de la France pour un groupement technique spécialisé, le GRCETA de Basse Durance.
Après que le groupe ait été contacté par une société australienne, j'ai eu l'occasion de participer aux premiers essais en vue de tester à grande échelle la protection contre la tordeuse orientale du pêcher (un des principaux problèmes phytosanitaires dans cette région) par l’usage des phéromones, selon la technique dite de confusion sexuelle. Cette société australienne cherchait à tester son diffuseur et sa phéromone en conditions de forte pression du ravageur. Logiquement, elle voulait le faire dans la région internationalement alors connue comme étant la plus problématique.


Il faut vous dire qu'à l’époque, la tordeuse orientale s'était convertie en un vrai cauchemar pour les producteurs de pêches de la région. Les populations du ravageur étaient extrêmement élevées. On constatait certains problèmes de perte d’efficacité des insecticides habituels, obligeant les agriculteurs à des interventions pesticides fréquentes avec des niveaux d'efficacité insuffisants, donc des problèmes tant techniques qu'économiques. On ne parlait pratiquement pas à l'époque des conséquences environnementales, mais vu dans la perspective actuelle, à la limite, ça fait peur...

Toujours est-il que cette société australienne arrivait jusqu'à nous avec cette technique innovante, nous plongeant dans un abîme de réflexion, et de doute.
Imaginez il y a 30 ans, la proposition de résoudre un problème critique d’insectes sans insecticides. Pour nous, conseillers, en qui les agriculteurs du groupe confiaient parfois aveuglément pour les aider à résoudre leurs problèmes, ça paraissait une vraie folie. Nous étions très motivés par l’innovation, mais sincèrement, vu la gravité de la situation dans certains secteurs, nous étions aussi très méfiants.
La zone expérimentale fut choisie dans un secteur concret de Provence qui se trouvait dans une situation tellement critique vis à vis de la tordeuse orientale, que certains agriculteurs commençaient à envisager une reconversion des cultures face à l'impossibilité d’en contrôler les dégâts.


Après toute une saison d’expérimentations, la surprise des  agriculteurs face aux résultats faisait plaisir à voir. Sans être merveilleux, ils étaient supérieurs, sans insecticide, au programme renforcé qu'il avait alors besoin de mettre en œuvre, et qui comprenait plus de 15 interventions chimiques.
Au bout de deux ans d’essais, la conclusion fut que pour résoudre une situation très dégradée, il était nécessaire de passer par une première phase qui combine la protection chimique avec la confusion sexuelle, le temps de réduire suffisamment le niveau d'infestation (1 à 2 ans). A partir de ce moment, la confusion seule suffit à éviter les dégâts.
 cette époque, en tant que technicien participant aux essais, j'avais en permanence dans ma voiture un certain nombre de diffuseurs afin de pouvoir en remplacer, ou de compléter une dose dans un endroit difficile. La conséquence?
J'étais poursuivi tous les jours, tant dans la voiture qu’au dehors, par une horde sauvage de mâles de tordeuse orientale, persuadés que j’étais la princesse de leurs rêves...


Les phéromones sont des substances naturelles, émises par des organismes vivants pour transmettre des informations à leurs congénères.
Leur rôle est très connu chez la plupart des animaux, et chez certains végétaux.

Ce sont des composés en général volatils, produits par des glandes exocrines. A la différence des hormones, conçues pour être utilisées par l’organisme de manière interne, les phéromones sont produites pour être libérées à l’extérieur de l’organisme, afin de transmettre un message ou un signal aux individus de la même espèce. Leur rôle dans la reproduction sexuée des insectes est très connu et a fait l'objet de nombreuses études.
C'est grâce aux phéromones sexuelles que, par exemple, les lépidoptères (les papillons) mâles sont capables de localiser les femelles, leur permettant l'accouplement et la continuité de l'espèce.
Chaque insecte a son propre "bouquet aromatique" afin de n'attirer des individus que de sa propre espèce.
En plus, les phéromones ont différents types de rôles comme l'attraction sexuelle, l'alarme, l'agrégation, la territorialité, et existent chez presque tous les animaux, même chez les humains. Les abeilles s’en servent pour indiquer les zones fleuries, les fourmis pour marquer leurs chemins, les chiens et les chats pour marquer leur territoire, les humains en situation de peur ou de désir sexuel par exemple.
On les trouve aussi dans les produits conçus pour calmer ou pour repousser les chiens ou les chats, ou même pour vous rendre irrésistible en boite de nuit.


Le principe de la technique de confusion sexuelle est donc le suivant.
La phéromone contenue dans le diffuseur est la même que celle qu'émet la femelle de tordeuse orientale pour que le mâle soit capable de la retrouver, et ainsi puisse s'accoupler. Le diffuseur est réalisé dans un plastique poreux qui permet une diffusion (d'où son nom) progressive de la phéromone durant plusieurs semaines.
Dans la nature, une femelle émet la phéromone qui est véhiculée par l’air. Le mâle capte ce message olfactif grâce à un récepteur spécifique et en suit la piste jusqu’à ce qu’il retrouve la femelle.


La technique de confusion sexuelle consiste à répartir un grand nombre de diffuseurs dans les parcelles cultivées. De cette manière, les points d’émission sont si nombreux que le mâle est pratiquement incapable de retrouver la femelle.
L’accouplement est perturbé, la reproduction n’a pas lieu, donc l’insecte n’est plus un problème pour l’agriculteur.

La protection traditionnelle consiste à tuer les insectes nuisibles présents pour éviter qu’ils se reproduisent et provoquent des dégâts aux cultures.
La confusion sexuelle consiste à éviter que les insectes nuisibles soient capables de se reproduire. Ils ne sont donc pas présents dans la culture et ne provoquent pas de dégâts.
C’est un profond changement dans le concept de protection des cultures. C’est une technique de prévention du dégât.

Donc nous avons une technique qui marche bien, et qui permet d'éviter l'application de produits chimiques sur la culture. On peut noter d'ailleurs que les phéromones sont utilisées en agriculture dans au moins 3 techniques différentes:
La confusion sexuelle, qui consiste à en diffuser une très grande quantité par hectare, de manière à perturber les mâles dans leur système de rapprochement des femelles, réduisant drastiquement les possibilités d'accouplement, donc de reproduction. Les populations de ravageur baissent "naturellement", et par voie de conséquence, les dégâts aux cultures.
Le piégeage de surveillance, qui consiste à placer quelques pièges à phéromones dans la ferme, de manière à capturer des individus et faire une surveillance des populations (début des vols, pics de vols, moment des éclosions des pontes donc des risques). Cette technique, la première historiquement parlant, à utiliser les phéromones, permet de situer avec une grande exactitude le moment d'intervention avec des insecticides, synthétiques ou naturels. Ça a été l'un des fondements de la Production Intégrée.


Le piégeage massif, qui consiste à placer des pièges avec une forte quantité de phéromones, en nombre réduit par hectare, afin de capturer un grand nombre d'individus, ce qui permet de réduire, sans application de pesticide, la population du ravageur. Cette technique s’emploie beaucoup avec des attractifs alimentaires, plus qu’avec des phéromones.

La technique de confusion sexuelle s'est beaucoup développée et sert désormais à protéger les cultures, en particulier en vignes et en vergers, contre lépidoptères, diptères, hyménoptères et coléoptères principalement.
Bien évidemment, la technique a très vite été autorisée en agriculture biologique. C'est logique, une technique qui permet une protection efficace sans utilisation de pesticides, ni synthétiques, ni même naturels, ça mérite l'attention.

Mais au fait, ces phéromones, libérées en grande quantité et de manière permanente, d'où viennent-elles?
Non, il n'y a pas des nuées d'ouvrier pressant sur l'abdomen de milliards de papillons femelles pour en tirer à chaque fois une microgoutte de phéromone.
C'est de la chimie, pure et dure.
Ces phéromones sont synthétiques, copies précises des naturelles, issues de la chimie, de la vilaine chimie.
Elles sont ensuite enfermées dans des diffuseurs en plastique, issus également de la vilaine chimie.

Mais ces produits synthétiques, issus de la chimie, libérés dans l'air des cultures, peuvent-ils atteindre les aliments?
Sans aucun doute. Mon expérience personnelle des années 80 m'a largement démontré que ces phéromones se déposent sur tout ce qui les entoure. Sans quoi, je n’aurais pas été poursuivi par tous ces mâles confus et excités !
Leur effet est fugace, c'est vrai, mais la réalité est là.

Alors, l'agriculture biologique autoriserait-elle l'utilisation à grande échelle de produits chimiques synthétiques qui entrent en contact direct et permanent avec les aliments?
Eh bien oui, absolument.


Il faut pourtant relativiser la gravité du cas. Ce sont des produits synthétiques, oui, mais ce sont des copies exactes de molécules naturelles.

Comme dans le cas de l'azadirachtine, non?
Pour l’azadirachtine (et vous verrez prochainement que ce n’est pas un cas unique), on refuse la copie du produit naturel, car elle est synthétique, donc incompatible avec l'idéologie du bio, malgré tous les avantages techniques et environnementaux qu’elle apporte par rapport à l’extraction et à l’utilisation de la substance naturelle d’origine.

Sauf que cette interdiction de principe, discutable en soi, mais cohérente par rapport à l’idéologie bio, n’est pas toujours appliquée. Il y a des situations dans lesquelles une entorse au règlement est possible.

Remarquez bien que le consommateur de produits bio, finalement le moteur du système, n’est pas informé de ces changements dans les règles du jeu.
L’information qu’il reçoit reste la même. Pas de chimie dans le bio.
Mais que dirait-il, le consommateur de bio, convaincu qu’il n’y a pas de chimie dans le bio, et qu’il prend vraiment soin de sa santé et de la planète, s’il apprenait qu’on lui ment au quotidien, qu’il se fait rouler par ceux-là mêmes en qui il a placé sa confiance ?

Alors, deux poids, deux mesures?

Il faut bien reconnaitre que l’agriculture, ce n’est pas facile, et qu’il faut bien protéger les cultures des maladies et des ravageurs, même en bio. Et s’il n’y a pas de solution bio, on va bien en trouver une, presque bio. Il ne faudrait quand même pas perdre le marché.
Ce n’est pas de la confusion sexuelle, c’est de la confusion intellectuelle.

Image : http://www.vitisphere.com/upload/breves/1442481694_g1.jpg

lundi 24 avril 2017

104- Naturel vs synthétique -4- De la production des pyréthrines naturelles

NATUREL VS SYNTHÉTIQUE – DE LA PRODUCTION DES PYRÉTHRINES NATURELLES

A la suite de mon précédent article de cette série sur les pyréthrines et les pyréthroïdes (https://culturagriculture.blogspot.com.es/2017/04/101-naturel-vs-synthetique-3.html), j’ai reçu une question, le 5 avril, sur la version française « Bonjour, pour produire des pyréthrines naturelles, il convient de cultiver des fleurs de pyrèthres. De plus en plus de pyrèthres, puisqu'il y a de plus en plus d'agriculture biologique. Savez-vous si la culture de ces fleurs de pyrèthres se fait en agriculture biologique ? »
Ma réponse a été « Je n'ose même pas penser que des champs de pyrèthre destinés à la fabrication de pesticides bio puissent être cultivés avec des pesticides de synthèse. Mais, y a-t-il un contrôle? Je n'en sais rien. »


Mais Wackes Seppi, connu des milieux agricoles francophones pour son blog (http://seppi.over-blog.com/) abondamment fourni et critique, me passe un lien en français (https://erwanseznec.wordpress.com/2016/10/12/comment-le-bio-externalise-les-pesticides-conventionnels-chez-les-pauvres-121016/), accompagné du commentaire « Vous allez tomber sur le cul ! »

Et je suis tombé sur le cul !!!

Erwan Seznec est un journaliste indépendant français, connu sur ses prises de position critiques, allant souvent à l’encontre de la bien-pensance sociale et du politiquement correct.
Au mois d’octobre 2016, il publiait sur son blog l’article suivant, que je reproduis en intégralité, comme d’habitude.


« Comment le bio externalise les pesticides conventionnels chez les pauvres - 12/10/16

La marée des articles annonçant la disparition des pesticides dans les jardins particuliers à l’horizon 2019 a opportunément recouvert deux écueils conceptuels un peu gênants. Le premier, développé dans  l‘enquête sur les pesticides bio parue dans Que Choisir, est que les pesticides bio, qui resteront autorisés, ne sont pas tout à fait sans inconvénient. Par ailleurs, ces  pesticides bios ne suppriment pas l’emploi de phytosanitaires conventionnels. Dans le cas de la pyréthrine, ils l’externalisent en Afrique de l’est et en Papouasie Nouvelle-Guinée.

Les pyréthrines sont des insecticides produits à partir de fleurs de pyrèthres de Dalmatie et de chrysanthèmes. On les retrouve dans des dizaines de préparation homologuées en agriculture biologique.

Les fleurs en question, bien entendu, doivent être cultivées quelque part. En l’occurrence, c’est en Tanzanie (60% de la production mondiale), en Papouasie Nouvelle-Guinée et au Kenya. On apprend dans ce document kenyan qu’il faut 52.000 plants pour obtenir 25kg de poudre. Ici, on découvre que le pyrèthre, sans surprise, est attaqué par des ravageurs et des champignons.

Et dans cette étude australienne fort détaillée (1), le lecteur perspicace trouve confirmation de ce que le bon sens lui suggérait peut-être déjà. Pour traiter ces cultures non-alimentaires, les Tanzaniens et les Néo-Guinéens n’ont aucune raison d’utiliser des pesticides bio, plus coûteux. Ils emploient l’arsenal conventionnel.


« Dans les cultures de pyrèthre en Afrique de l’est et en Papouasie Nouvelle Guinée », écrivent les chercheurs australiens et américains, « les fongicides efficaces contre l’ascochytose du chrysanthème (ray blight, ndlr) comprennent l’éthylène-bis-dithiocarbamates, le captan, le bénomyl, le chlorothalonil et le dichloronaphthoquinone ». Par ailleurs, « une panoplie d’autres produits appartenant au groupe des inhibiteurs de la déméthylation, incluant le difénoconazole, ont prouvé leur efficacité », à condition de procéder à « plusieurs applications de ces fongicides ».

Le difénoconazole est à peu près tout ce que proscrit l’agriculture bio : toxique pour les mammifères, pour les milieux aquatiques, et persistant avec une demi-vie de 1600 jours dans certaines conditions. C’est page 5 de l’étude (1).

Dans les deux ans qui ont suivi les tests d’efficacité, se félicitent les chercheurs, « 90% des producteurs de pyrèthres en Tanzanie » ont adopté le programme fongicide. Les auteurs australiens sont de l’université de Tasmanie, où le pyrèthre est également cultivé. On peut penser qu’ils ont de bonnes informations sur l’Afrique. MGK, le leader australien du secteur, a des exploitations en Tanzanie.

En 2010, des chercheurs allemands avaient relevé le paradoxe. Le Kenya produit des fleurs séchées de pyrèthre, mais « 95% de la pyréthrine brute est exportée vers des pays développés plus soucieux de l’environnement, où elle est vendue à prix premium, laissant le Kenya importer des pesticides de synthèse meilleur marché » (2).

Le cas kenyan laisse penser que la culture du pyrèthre n’est pas une mince affaire. De 70% du marché mondial au début des années 2000, sa production est tombée à moins de 5% dix ans plus tard, pour cause d’irrégularités dans les rendements. L’agriculture est un métier passionnant mais difficile.

Erwan Seznec

PS : les termes techniques ont été traduits à partir du site http://www.btb.termiumplus.gc.ca. Je remercie par avance les lecteurs qui me signaleraient des erreurs.

1) Diseases of Pyrethrum in Tasmania: Challenges and Prospects for Management. http://apsjournals.apsnet.org/doi/pdf/10.1094/PDIS-92-9-1260

2) « Incidentally, Kenya is the leading producer of a natural pesticide, pyrethrin, which is a broad-spectrum insecticide made from dried flowers of pyrethrum (Chrysanthemum cinerariaefolium). However, 95% of the crude pyrethrin is exported to more environmentally conscious developed countries, where it earns a premium price, leaving Kenya to import the cheaper toxic synthetic pesticides ».  Potential environmental impacts of pesticides use in the vegetable sub-sector in Kenya. »



J’ajoute, car ça me parait important, que le document australien explique aussi, en page 2, que pour une culture de pyrèthre performante, l’usage des herbicides est nécessaire, ainsi que l’irrigation intensive par aspersion accompagnée de l’utilisation de fertilisants. On y apprend enfin que la récolte des fleurs est mécanique.
Tous ces critères sont a priori contraires à la philosophie de l’agriculture biologique.


Ma surprise fut telle que je décidai de chercher un peu plus. Et je suis tombé sur un document kenyan, de HighChem Agriculture, une entreprise de conseil et d’accompagnement des producteurs de pyrèthre, qui vend aussi les semences et les productions obtenues. Ce document explique les grandes étapes de la culture (http://www.highchemagriculture.co.ke/en/pyrethrum-farming.php) et on y apprend que le contrôle des ravageurs se fait sur la base de 3 insecticides de synthèse, le carbaryl (un carbamate interdit en Europe depuis 2006), le dioxathion (un organophosphoré interdit en Europe depuis 2002) et, ô surprise, l’alphacypermethrine, un pyrethroïde de synthèse.
Et tout ça pour produire une pyréthrine naturelle, autorisée en agriculture biologique ?

Voilà, voilà.
Que doit-on en penser ?
Ce que je vous ai déjà dit à plusieurs reprises : le bio est avant tout un marché juteux, pour lequel tout est permis, en particulier de tromper allègrement le consommateur, mais aussi l’agriculteur (qui, dans ce cas, achète des pyréthrines naturelles en toute bonne foi, sans savoir qu’il se fait rouler).
Ce marché est avant tout développé dans les pays les plus riches (en particulier en Europe), dans lesquels il est de bon ton, il est même du plus parfait bobo de consommer bio. C’est mieux pour la planète !
Oui, sauf que, d’une part le bio a beaucoup de côtés obscurs qui sont systématiquement passés sous silence, et d’autre part faire du bio en Europe est beaucoup plus facile si les aspects les plus négatifs sont délocalisés à l’autre bout de la planète !

On est encore une fois dans le marketing, dans la communication.
On passe sous silence tous les aspects non-vendeurs, pour ne pas choquer le consommateur. C’est le même problème avec les OGM. On n’en produit presque pas en Europe, mais on en importe par bateaux entiers, produits dans d’autres parties du monde.

Là c’est pareil. Au contraire de ce que croyais, candide et naïf, les pesticides bio ne sont pas produits selon les critères incontournables de l’agriculture biologique.

C’est quand même un comble !!!

Ça ne retire rien au mérite des agriculteurs qui produisent en bio, que ce soit par choix philosophique, ou économique. Mais ils doivent le faire avec un nombre limité d’alternatives face aux problèmes phytosanitaires qu’ils rencontreront de toute manière, et qui les oblige à travailler de manière extrêmement précise car ils ont très peu de marge d’erreur.

Mais ça démontre juste qu’au bout du compte, l’agriculture biologique est une vaste supercherie, qui sert à un certain nombre à s’engraisser sur le dos des agriculteurs et des consommateurs.

Je vous l’ai déjà dit, je le répète une fois de plus, et ce ne sera pas la dernière, l’avenir n’est pas à l’agriculture biologique, il est à la Production Intégrée ou Production Raisonnée (https://culturagriculture.blogspot.com.es/2014/11/32-les-methodes-de-production-4-la.html),  ou plus récemment Agroécologie. Bref, l’usage des pesticides est indispensable pour une agriculture durable, et une production d’aliments plus juste et plus écologique.

Nos politiciens seront-ils assez intelligents, bien conseillés, intègres et courageux pour savoir dire aux lobbies écologistes, aussi bien qu’aux lobbies industriels, que leur place n’est pas dans le débat politique ?

mercredi 5 avril 2017

101- Naturel vs synthétique -3- Pyréthrines vs pyréthroïdes

PYRÉTHRINES VS PYRÉTHROÏDES

LES PYRÉTHRINES NATURELLES

Parmi les extraits de plantes employés en agriculture biologique, les extraits de pyrèthre tiennent une place à part. En effet, ils ont une action directe et rapide, comparable à n'importe quel bon insecticide de synthèse antérieur aux années 90, et ils ont servi de modèle pour la création d'un grand nombre de molécules de synthèse, encore actuellement les plus utilisées à travers le monde.

Image: http://media.comprendrechoisir.com/usage=full:orientation=horizontal/pyrethre-d-afrique-fleurs

Les pyréthrines sont des principes actifs issus d'une plante, le pyrèthre de Dalmatie (Tanacetum cinerariifolium). Ils ont une forte capacité insecticide grâce à une action neurotoxique élevée. Leur polyvalence est importante, en faisant un insecticide phare de l'agriculture biologique.
D'autres plantes de la même famille ont des propriétés similaires, et possèdent aussi des propriétés pesticides, comme les chrysanthèmes, particulièrement le chrysanthème de Perse (Tanacetum coccineum).

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L'emploi des pyréthrines naturelles est très fréquent en agriculture biologique car leur action de choc est importante. Leur polyvalence permet de lutter contre de nombreux lépidoptères, diptères, homoptères, hémiptères, thysanoptères, hyménoptères, coléoptères, et j'en passe. Bref, elles sont actives sur pucerons, mouches, moustiques, punaises, guêpes, chenilles, asticots, cicadelles et autres.
Leur action neurotoxique est cependant faible ou nulle sur les animaux à sang chaud, ce qui permet leur utilisation dans le domaine domestique ou pour le traitement des puces dans la maison et sur les chiens. Mais les chats, parmi les rares exceptions, y sont très sensibles.
Elles sont donc un insecticide très apprécié pour lutter contre les insectes de maison.
On peut noter que leur dégradation est rapide, en particulier par l'action de la lumière, ce qui leur donne une action peu prolongée dans le temps. C'est un avantage en termes d'effets secondaires sur l'environnement, mais c'est un inconvénient sur le plan agricole, en termes de durée d’efficacité.
Pour maintenir la protection active, ou en cas d'attaques répétées ou prolongées d'insectes nuisibles, l'agriculteur peut être conduit à répéter les traitements plus d'une fois par semaine.

Pourtant, leur polyvalence pour lutter contre les insectes nuisibles s'accompagne de la même polyvalence à éliminer les insectes utiles. Les insectes auxiliaires comme les coccinelles, chrysopes, syrphes, anthocorides ou abeilles sont éliminés aussi rapidement que les nuisibles.
Autre inconvénient, et pas des moindres, ce groupe de molécules est extrêmement toxique pour la faune aquatique. Un déversement accidentel, même de quantités limitées, dans un cours d'eau, peut tuer la totalité des poissons sur plusieurs kilomètres.

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Bref, c'est un produit naturel, certes, autorisé et largement employé en agriculture biologique, mais qui exige les plus grandes précautions pour être correctement utilisé et pour éviter des effets extrêmement indésirables sur l'environnement.
On peut utiliser des pyréthrines naturelles issues d’extraction industrielle, les plus sures et régulières, mais on peut aussi les obtenir par macération des fleurs ou des feuilles des plantes concernées, comme c'est le cas avec le purin de tanaisie. Dans ce dernier cas, l'utilisation doit être rapide car les molécules libérées par macération et fermentation peuvent rapidement se dégrader sous l'effet de l'hydrolyse. A noter que ces purins ont la réputation de posséder également certaines propriétés répulsives d'insectes et fongicides.


LES PYRÉTHROÏDES DE SYNTHÈSE

Dans les années 60-70, les entreprises de l'agrochimie se sont intéressées  aux propriétés des pyréthrines. En effet le DDT et les autres organo-chlorés, dominant largement le marché à l'époque, présentaient des problèmes variés (sur la santé et sur l’environnement), sérieux (bien qu’on n’en mesurait sans doute pas encore toute la gravité) et de plus en plus nombreux. L'évolution des techniques et des technologies de mesure, des problèmes détectés et des mentalités montraient clairement qu'il devenait urgent de leur trouver des alternatives.
C'est l'époque de la multiplication des organo-phosphorés et surtout de l'apparition, puis de la multiplication, des pyréthroïdes de synthèse.
A partir des formules chimiques des pyréthrines naturelles, les chimistes étudient, avec succès, la possibilité de les modifier pour en augmenter les effets. C'est ainsi qu'on verra apparaitre, au fil des années, des molécules voisines dont le nom sont souvent en relation avec la famille chimique à laquelle elles appartiennent, comme la perméthrine, la cyperméthrine, la deltaméthrine, l'allométhrine, la cyfluthrine, la cihalothrine, mais aussi le fenvalérate, le fluvalinate, et j'en oublie beaucoup.

Image: http://aem.asm.org/content/75/17/5496/F1.large.jpg

Chaque molécule apporte quelques caractéristiques particulières et permet aux firmes chimiques de déposer des brevets, donc d'avoir des exclusivités techniques et commerciales.
Toutes ces molécules ont des spécificités, mais d'une manière générale, si elles conservent les principaux défauts des pyréthrines naturelles (toxicité pour la faune aquatique, polyvalence et toxicité sur beaucoup d'insectes utiles), elles leur apportent quelques caractéristiques importantes:
-       Elles sont spécifiques. Il ne s'agit plus d'un cocktail de molécules aux proportions variables, donc à l'efficacité et aux effets secondaires variables (voir mon article sur l'huile de neem pour en comprendre l'importance https://culturagriculture.blogspot.com.es/2017/02/98-naturel-vs-synthetique-2-huile-de.html).
-       Elles sont beaucoup plus persistantes. On passe ainsi de 4 à 5 jours de persistance, à 2 à 4 semaines. Comme l'effet de choc est similaire et la persistance plus grande, elles permettent de réduire le nombre d'applications pour une même protection, donc elles en réduisent les effets négatifs sur l'environnement.
-       Elles fonctionnent à des doses beaucoup plus basses, réduisant ainsi les pertes dans l'environnement et les effets secondaires négatifs.

Même si leur dégradation est plus lente, elles sont tout de même totalement dégradées en quelques semaines. De fait, elles restent une des familles de pesticides de synthèse dont la dégradation est complète dans l'environnement.
Mais, parmi ces pyréthroïdes de synthèse, il en est au moins un, le tau-fluvalinate, dont les effets secondaires sont nettement meilleurs. En effet, sa toxicité sur abeille est très faible, pour ne pas dire nulle. C’est tellement vrai que cette molécule, un pesticide synthétique de la plus belle espèce, est utilisé pur, directement dans les ruches, pour lutter le varroa, un microacarien parasite des abeilles, probablement la principale cause du déclin des ruches (et non les néonicotinoïdes, quoi que veuillent le faire croire les lobbies écologistes).
  

Image: http://southburnett.com.au/news2/wp-content/uploads/2016/07/varroamite.jpg

Finalement, on se retrouve avec une situation similaire à mon article sur l’huile de Neem. On a, face à face, des produits dont les effets secondaires négatifs sont les mêmes sur la faune aquatique ou sur les insectes utiles.
On peut même dire que certains produits de synthèse sont nettement meilleurs que les produits naturels, puisque le tau-fluvalinate est bien meilleur que les pyréthrines naturelles pour lutter contre le dépérissement des ruches.
Cette molécule de synthèse a longtemps été la seule disponible, et on peut dire qu’elle a sauvé d’une mort certaine des millions de ruches durant les années 80 à 2000. Depuis, d’autres solutions, dont certaines biologiques ont été trouvées, avec un niveau d’efficacité équivalent ou supérieur.
D’autre part, tout en ayant les mêmes effets négatifs, les pyréthroïdes de synthèse permettent une forte réduction des doses et du nombre d’applications. Dans ces conditions, les mêmes effets négatifs s’expriment moins souvent. Autrement dit, une protection à base de pyréthrines naturels, aura des effets secondaires négatifs plus graves car les interventions seront répétées plus fréquemment.

Pourtant, encore une fois pour des raisons d’idéologie, de dogme, l’agriculture biologique préfèrera l’utilisation des pyréthrines naturelles.
Il parait donc préférable de provoquer des dégâts plus graves à l’environnement, plutôt que de changer quoi que ce soit à une idéologie dénuée de tout fondement scientifique.

Un bémol cependant : l’agriculteur biologique fera tout ce qui est en son pouvoir pour éviter d’avoir recours aux pyréthrines naturelles…

…tout comme l’agriculteur en production intégrée le fera pour éviter d’avoir recours aux pyréthroïdes de synthèse, mais lui est classé comme agriculteur conventionnel, donc considéré comme pollueur et empoisonneur.

samedi 4 février 2017

98- Naturel vs synthétique -2- Huile de neem vs azadirachtine

HUILE DE NEEM VS AZADIRACHTINE

Pour que vous compreniez bien l'idée de cette série, ou au moins la thèse que je cherche à défendre, je prends ce premier exemple qui est, à mon avis, l'un des plus typiques.
Pour tout vous dire, c'est en commençant à rédiger cet article que m'est venue l'idée d'en faire une série. Ce cas est un parmi beaucoup d’autres.

L'être humain est devenu ce qu'il est actuellement grâce en particulier à sa capacité à observer son environnement et à en tirer des conclusions pour son propre bénéfice.
L'observation de la Nature lui a permis d'extraire des substances pour répondre à ses propres besoins. Et depuis qu'il a appris, grâce à la chimie,  à synthétiser des molécules, sa plus grande source d'inspiration, au moins en ce qui concerne l'agrochimie, a toujours été la Nature elle-même.
Les botanistes observent un phénomène d'autodéfense ou de toxicité chez les végétaux. Ils l'analysent, l'envoient chez les chimistes, qui déterminent les molécules impliquées dans le phénomène, les synthétisent, les étudient, puis cherchent à les améliorer.
Ce processus, simple en soi, s'est déjà répété des milliers de fois pour en tirer des médicaments, des fibres textiles ou des pesticides.


HUILE DE NEEM

L'huile de neem est extraite des graines d'un arbre originaire de l'inde, le margousier (Azadirachta indica). L'utilisation de cet arbre à croissance rapide et bien adapté aux conditions de sécheresse s'est étendue à tout le sud asiatique, l'Afrique et l'Amérique du sud. 

Image: http://www.ecologiaverde.com/wp-content/2014/12/Que-es-el-aceite-Neem.jpg

L'huile de neem est un produit traditionnel  largement utilisé et depuis des siècles en Inde et en Afrique en particulier, pour ses effets fongicide, insecticide, bactéricide, dans le traitement ou la prévention des poux, de la malaria, des maladies de peau, mais également comme contraceptif. La liste de ses actions réelles ou supposées est immense.

Son utilisation en agriculture est assez récente. Les propriétés comme insecticide, nématicide et acaricide de cet extrait sont désormais bien connus. Les molécules naturelles actives qui composent l'huile de neem sont nombreuses, on en compte plus d'une vingtaine, ce qui explique la polyvalence de son utilisation. Parmi celles-ci, la principale pour son utilisation en agriculture, est l'azadirachtine, et des secondaires essentielles sont salanine, méliantrol, nimbolide, nimbide, et l'acide nimbidinique. Cette polyvalence en fait un produit de base de l'agriculture biologique. Elle est d'ailleurs autorisée par la Commission Européenne. Pourtant certains pays comme la France n'autorisent pas cette substance, ce qui n'empêche pas les agriculteurs de l'utiliser largement, malgré l'interdiction légale. La loi est très claire là-dessus, tout produit n'ayant pas fait l'objet d'une autorisation légale pour un usage concret est strictement interdit pour cet usage. Mais certains, comme vous pouvez le voir dans le reportage suivant, ne s'en inquiètent pas vraiment.


  
Cependant cette huile, si polyvalente, présente aussi quelques défauts. C'est précisément par sa polyvalence qu'on peut le soupçonner. Elle se révèle très toxique pour les bourdons et de nombreux hyménoptères (sauf l’abeille domestique), est toxique pour la faune aquatique, et se classe parmi les perturbateurs endocriniens.
Sa polyvalence est précisément un des critères qui laisse soupçonner ses effets secondaires négatifs. Un produit très spécifique laisse peu de place à la surprise, au contraire des produits à large spectre d'action. C'est d'ailleurs un des critères qui a guidé l'élimination de molécules par la Commission Européenne.
La production de l’huile se fait dans plusieurs régions et pays. Elle peut être issue de plantations spécifiques, ou d’arbres isolés, de zones arides ou de zones humides, de culture irriguée ou non. Cette grande variabilité dans l’origine de l’huile provoque une grande variabilité dans sa composition chimique et dans les proportions en molécules actives. J’ai déjà abordé succinctement cette question dans un article récent http://culturagriculture.blogspot.com.es/2016/12/95-lesprit-des-plantes-7-lecons-de-vie.html

Il faut de plus préciser que l'extraction de l'huile est souvent faite de manière très artisanale, à partir d’arbres isolés ou de plantations de régions et climats très divers, et donc que son homogénéité est très variable. Les produits commercialisés garantissent un taux d’huile de neem constant, mais ils ne peuvent pas garantir un taux constant des ingrédients actifs, en particulier l’azadirachtine.
D'autre part, cette huile est thermosensible, ce qui veut dire qu'au-delà de 50ºC, sa composition se dégrade. Or, étant produite dans des pays chauds, ses conditions de production, de stockage et de transport vont fortement influencer son potentiel comme pesticide.


Il est donc très difficile, pour l'agriculteur, d'en faire une utilisation fiable, puisque les taux d'ingrédients actifs ne sont pas constants.
Enfin, il faut aussi indiquer que, dans les conditions artisanales de sa production et de sa transformation, son origine de pays souvent pauvres et aux conditions sociales douteuses, les risques de pollution de l'environnement local ou d'intoxication des employés sont élevés.
Il est à noter que, étant un produit naturel, le processus d'homologation est beaucoup plus léger que pour les molécules de synthèse. Cependant, les législateurs s'étant (enfin) rendu compte que tout ce qui est naturel n'est pas toujours bon pour la santé ou pour l'environnement, le processus d'homologation des pesticides dits « naturels » est en cours de renforcement.
Pourtant, il reste un point que les renforcements législatifs ne vont pas résoudre à court terme, les résidus. En effet, lorsqu’on analyse les résidus, on ne trouve que les molécules qu’on connait et qu’on cherche, puisque les technologies disponibles ne permettent pas de travailler autrement. Dans ce cas, on peut trouver de l’azadirachtine. Mais qu’en est-il de la vingtaine d’autres molécules naturellement présentes dans l’huile ? Elles ne sont pas recherchées. Donc on ne sait pas si elles laissent des résidus potentiellement avalés par les consommateurs. Pire, cette vingtaine de molécules ne font pas l’objet d’études environnementales et de santé. Présentent-elles des risques pour la santé ? Personne ne le sait. Pourtant personne ne songe à mettre en avant le principe de précaution. Puisque c’est naturel !


AZADIRACHTINE

Les chimistes, après avoir étudié les propriétés de cette huile "miraculeuse", ont appris à synthétiser l'ingrédient principal, l'azadirachtine. La structure de la molécule synthétique est exactement identique à celle de molécule naturelle, mais elle est débarrassée de ses impuretés, des molécules inutiles (pour l'usage agricole), sa qualité et sa concentration sont constantes, son efficacité est fortement renforcée, à dose plus faible, et ses effets secondaires sont les mêmes, en ce qui concerne la molécule, mais moindres en ce qui concerne le produit formulé (puisque les molécules secondaires ont été éliminées).
Ce produit formulé est donc un pesticide de synthèse, qui est une copie exacte d’une molécule naturelle. Etant un pesticide de synthèse, il a dû passer, avant sa mise sur le marché, par tout le processus, très long et très couteux, d'homologation européenne d’abord, et national ensuite. Les études portent sur la toxicité sur les oiseaux, les mammifères, la faune aquatique, les insectes utiles (dont les abeilles et les bourdons), sur les sols, les eaux superficielles et souterraines, sur la capacité à se dégrader dans l'eau, l'air, les sols, ou à la lumière, sur ses effets sur la santé (par exemple ses effets comme perturbateur endocrinien).

Image: http://www.alanwood.net/pesticides/structures/azadirachtin.gif

En tant qu'utilisateur, je peux, selon les circonstances, avoir besoin d'utiliser l'un ou l'autre. Je peux vous certifier, par expérience propre, que l'utilisation de l'azadirachtine de synthèse est beaucoup plus sûre que de l'huile de neem.
L'azadirachtine, homologuée sur fruits à noyaux, est dosée de manière constante, son utilisation est simple, et son efficacité est sans surprise, dans les marges habituelles des aléas de l'efficacité de tous les pesticides.
L'huile de neem n'étant pas dosée en matière active, mais en concentration d'huile, son efficacité est très variable, d'une marque à l'autre, et dans une même marque, d'un lot à l'autre.
Un agriculteur n'a jamais recours à l'utilisation des pesticides, synthétiques ou naturels, par plaisir. S'il le fait, c'est qu'il a besoin de le faire car sa culture et son revenu sont en danger. Lorsqu'il le fait, il a préalablement étudié les avantages et inconvénients de chacune des solutions dont il dispose, et il va choisir produit et dose pour obtenir le maximum d'efficacité avec le minimum d'inconvénients.
Si le lot d’huile qu’il reçoit, pour une raison quelconque, ne donne pas les résultats attendus, il va donc devoir renouveler l'intervention, avec tout ce que ça entraine de coûts et de risques environnementaux.
Ce n'est pas le cas avec l'azadirachtine.

Et pour terminer, les résidus sont analysés. La molécule est identifiée et connue, de telle manière que les équipements peuvent la mesurer de manière précise. Il n’y a pas de risque de mauvaise surprise.




Alors évidemment, on peut douter de tout.
Certains affirment que l'huile de neem présente moins d'effets secondaires que l'azadirachtine seule, car le cocktail de molécules a un effet mitigateur.
Personnellement, j'aurais plutôt tendance à penser le contraire. Le cocktail de molécules est issu de l'histoire botanique de l'arbre et provient de ses besoins d'autodéfense (http://culturagriculture.blogspot.com.es/2015/09/52-lesprit-des-plantes-2-autodefense.html). Le cocktail a donc une vraie raison d'être, et la Nature travaille rarement pour rien. Si ces molécules existent, ce n'est pas pour se neutraliser entre elles, mais pour renforcer l’autodéfense.
J'ai tendance à penser que plus une espèce végétale a été domestiquée depuis longtemps (en particulier sélectionnée et hybridée), moins sa capacité d'autodéfense est élevée (sauf pour certaines espèces, comme le cannabis ou le pavot, dont la sélection cherche précisément à renforcer son potentiel à produire les alcaloïdes). Or l'arbre de neem n'a jamais été domestiqué, juste utilisé dans son état naturel, et les plantations actuelles, destinées aux extraits végétaux sont toutes réalisées à partir de variétés sauvages.

Image: https://i.ytimg.com/vi/-QyqvdtiUnM/maxresdefault.jpg

Je n’ai pas pu trouver une seule étude sérieuse qui ait comparé, tant en efficacité qu’en effets environnementaux et en résidus, l’huile de neem et l’azadirachtine de synthèse. Tout ce que j’ai trouvé repose sur des affirmations non démontrées et clairement subjectives.
Bien évidemment, ceux qui défendent l'innocuité de l'huile de neem sont les milieux de l'agriculture biologique. C’est très logique puisqu’ils en ont besoin et disposent de peu d’alternatives. C'est d'autant plus logique qu'étant utilisée massivement, et parfois sans autorisation, il convient d'y trouver une justification.
Mais je ne peux m'empêcher d'être surpris que ceux qui défendent l'intérêt du cocktail de molécules de l'huile de neem, sont aussi ceux qui attaquent les cocktails de pesticides en agriculture conventionnelle (chose que je ne remets pas en question, mais j'attends les résultats scientifiques nécessaires pour prendre position).
Ce qui est supposément vrai en conventionnel ne le serait pas en bio?

Il y a de quoi être surpris.


Tout ça pour vous dire, et c'est le but de ce premier exemple, que l'huile de neem est autorisée (sauf situations particulières), largement utilisée et encensée en agriculture biologique. Pourtant, son hétérogénéité, ses méthodes d'extraction, ses effets secondaires, ses effets de perturbateur endocrinien semblent ne troubler personne. L'agriculteur dispose d'un joli bidon de quelques litres, bien propre, sûr et bien étiqueté. Il ne se pose pas la question de ce ça peut avoir impliqué, avant.
L'azadirachtine, par contre, est interdite en agriculture biologique. C'est pourtant la même molécule, dont les effets secondaires sont les mêmes, mais dont l'homogénéité est totale, la méthode de production est contrôlée et sûre. Elle est passée par différentes commissions qui ont établi des conditions d'utilisation pour chaque culture, des taux de résidus, des délais d'emploi avant la récolte, des normes de sécurité lors de la manipulation, du stockage et de l'emploi.

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Dans ce premier match, c’est à l’évidence l’azadirachtine qui gagne, tant pour son efficacité que pour le contrôle de ses effets sur l’environnement et sur la santé, mais également par la sécurité qu’elle apporte grâce à un processus d’homologation strict et en révision périodique.
Dans ce cas, et sans aucun doute, l’utilisation en agriculture conventionnelle de l’azadirachtine est plus sûre que l’utilisation, en agriculture biologique comme en agriculture conventionnelle, de l’huile de neem.

C’est un cas flagrant, dans lequel l’idéologie bio préfère accepter des risques sanitaires et environnementaux, plutôt que d’assouplir ses critères, dans une situation précise, bien que la philosophie générale ne soit pas réellement remise en question.
Il s’agirait pourtant juste de reconnaitre que l’exacte copie de synthèse est plus efficace et présente moins de risques que l’extrait naturel original.
Mais il semble bien que la raison est vraiment faible, face au dogme.


Alors, pourquoi un agriculteur conventionnel comme moi, peut-il être conduit à utiliser un pesticide bio comme l'huile de neem, s'il dispose d'une avantageuse alternative de synthèse comme l'azadirachtine?

C'est une question intéressante à laquelle je vous répondrai dans un article spécifique. D’autant que ça concerne aussi bien l’huile de neem que tous les pesticides biologiques.

Image: http://www.hsnstore.com/blog/wp-content/uploads/2014/06/bio.jpg