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dimanche 12 mai 2019

146- Les alternatives aux pesticides -5- Le piégeage

LES ALTERNATIVES AUX PESTICIDES -5- LE PIÉGEAGE

L’utilisation de pièges est sans doute une des méthodes de chasse les plus anciennes, largement utilisé par les humains.
Le principe en est assez simple. Il consiste tout d'abord à bien connaitre les proies, leur rythme de vie, leurs habitudes, leur alimentation, leurs lieux de passage, leurs forces et leurs faiblesses.
A partir de ça, on place des pièges, soit de telle manière que la proie y soit irrésistiblement attirée, soit en travers de son chemin habituel de passage.
Dans tous les cas, l'objectif du piégeage est généralement la mort de l'animal, parfois sa capture pour le conduire ailleurs.

L'agriculture moderne a repris cette technique ancestrale pour réduire ou supprimer les dégâts de certains animaux nuisibles aux cultures agricoles.

Photo personnelle

Quand on parle de piégeage en agriculture, on pense en premier lieu aux lapins et autres rongeurs comme les campagnols. Et c'est vrai qu'on peut utiliser cette technique pour en réduire les dégâts.
Certains modèles de pièges à campagnols sont par exemple commercialisés pour être placés dans les galeries, afin de le substituer aux appâts empoisonnés habituellement utilisés.
Cela peut paraître cruel. Pourtant ces pièges modernes sont très efficaces et la mort de l’animal est presque instantanée, évitant sa souffrance beaucoup plus qu’avec la majorité des pièges artisanaux classiques ou qu’avec les appâts empoisonnés.
En fin de compte, on cherche avant tout, en ce qui concerne les vertébrés, davantage à faire une régulation des populations qu’à les éradiquer.
Et le piégeage a le mérite de réduire le risque de tuer des animaux non ciblés, comme par exemple leurs prédateurs (rapaces, serpents ou mammifères carnivores) par empoisonnement indirect.

Mais cette technique s'est surtout développée durant les 3 ou 4 dernières décennies avec les besoins de protection des récoltes contre les attaques d’insectes nuisibles.

La technique de piégeage est très utilisée pour la surveillance des populations d’insectes nuisibles à travers la capture d’individus dans un nombre limité de points de référence. Cela permet à l’agriculteur d’évaluer l’évolution du risque, et donc de mettre en application les mesures qu’il a prévues au moment le plus approprié.
Cette technique est très largement employée en production raisonnée ou intégrée et en agriculture biologique pour situer de manière la plus exacte possible les insecticides nécessaires à la protection de la culture.
Les attractifs employés sont, soit des phéromones sexuelles (dont je vous ai parlé dans le précédent chapitre http://culturagriculture.blogspot.com/2019/03/145-les-alternatives-aux-pesticides-4.html) qu’on utilise en particulier pour la surveillance des lépidoptères, nombreux sur de nombreuses cultures, soit des attractifs de type alimentaire comme on les utilise pour la mouche méditerranéenne des fruits (Ceratitis capitata), soit encore des obstacles, comme les bandes engluées pour surveiller les sorties des larves de cochenilles, ou des plaques ou bandes engluées de couleur (jaune ou bleue le plus souvent) pour la surveillance des aleurodes ou des thrips. Il existe aussi des pièges colorés ou encore des pièges lumineux pour certains usages, comme c’est le cas pour le piégeage domestique des moustiques.


Le design du piège à insectes a aussi beaucoup d’importance dans son efficacité, et dépend à la fois du nuisible visé et de l’attractif employé.
Dans le cas des mouches par exemple, il faut qu’elles y rentrent sans pouvoir en sortir. On utilise donc le principe de la nasse, c’est-à-dire qu’une fois rentrée dans le piège, il lui soit presque impossible de retrouver le chemin inverse.
On jouera donc sur la forme du piège, sa couleur, la transparence ou l’opacité des matériaux employés.
Toujours dans le cas de la mouche, on l’attire grâce à la couleur jaune. A l’intérieur, on place un attractif alimentaire dont l’odeur la guidera jusqu’au trou d’entrée, situé sur la partie jaune et opaque. Le haut du piège est réalisé en matériau transparent. Une fois dedans, la mouche est attirée par la lumière, donc vers la partie transparente, et ne retrouve donc pas la sortie.
Le même principe est utilisé pour capturer les guêpes dans les jardins.
Une pastille imprégnée d’insecticide, synthétique ou naturel selon les cas, tue l’insecte à l’intérieur du piège. Dans certains cas, c’est l’attractif alimentaire en lui-même, liquide, qui tuera l’insecte par noyade. Dans d’autres cas, la pastille de phéromones est placée sur une plaque engluée dont l’insecte ne peut pas s’échapper.


Le même principe s’utilise dans la technique de piégeage massif, qui consiste à utiliser des pièges du même type que pour la surveillance, mais en très grand nombre, avec pour objectif de tenter de capturer la quasi-totalité des individus présents, évitant ainsi l’utilisation d’insecticides en contact direct avec la culture.
La technique marche bien dans certains cas, mal dans d’autres.
Dans la majorité des cas, les dégâts aux cultures sont produits par les larves des insectes. Il faut donc éviter que les adultes s’accouplent et se reproduisent.
L’efficacité est généralement bonne si on capture surtout des femelles.
Par contre, si l’attractif capture surtout des mâles, on ne peut éviter que des femelles, fécondées hors de la parcelle à protéger, viennent pondre sur la culture sensible.

Comme pour la technique de confusion sexuelle, le piégeage massif se base sur un important et long travail de recherche scientifique à partir duquel on peut développer ces techniques évitant l’emploi des pesticides au contact direct de la culture.
De la même manière, l’agriculteur doit posséder une très bonne connaissance de la situation de la culture et des risques phytosanitaires présents.

Ces techniques sont très sélectives et permettent donc de réduire au maximum les effets collatéraux indésirables de la protection des cultures.
Elles sont appelées à un probable fort développement dans les années à venir.

Image : http://image.made-in-china.com/2f0j00sSWaybQzJVrE/Yellow-Blue-Sticky-Trap.jpg

jeudi 28 mars 2019

145- Les alternatives aux pesticides -4- La confusion sexuelle

LES ALTERNATIVES AUX PESTICIDES -4- LA CONFUSION SEXUELLE

Ce nom peut paraître barbare voire risible pour les non-initiés. Il s’agit pourtant une vraie révolution dans le concept de protection des cultures.

Cette technique, mise au point dans les années 80, et d’abord développée sur vigne et en production fruitière, a ensuite été élargie à un grand nombre de cultures.

Le principe est particulier :
Chez les lépidoptères, et chez plusieurs autres genres d’arthropodes, le mâle et la femelle se retrouvent en vue de l’accouplement, par des signaux olfactifs lâchés dans l’air.
Concrètement, dans le cas des lépidoptères, les femelles matures produisent une phéromone, une substance volatile qu’elles libèrent dans l’air, et qui est destinée à permettre aux mâles de les localiser.


Les mâles sont dotés de récepteurs olfactifs très sensibles qui leur permettent de repérer la phéromone, et d’en suivre la piste jusqu’à en trouver l’origine.
Lorsque les mâles retrouvent les femelles, l’accouplement a lieu, les femelles pondent des œufs fécondés à partir desquels naitront les chenilles, leurs larves, qui s’alimenteront sur la culture en y faisant des dégâts, jusqu’à ce qu’elles puissent se métamorphoser pour devenir à leur tour des adultes reproducteurs.

La technique de confusion sexuelle consiste à diffuser dans les champs à protéger une grande quantité de phéromone sexuelle de l’insecte nuisible, en installant un grand nombre de diffuseurs.
Les mâles sont incapables de suivre une piste olfactive claire. Ils ne retrouvent donc pas les femelles, la fécondation n’a pas lieu, il n’y a donc pas de pontes ni de larves qui puissent faire des dégâts aux cultures.
On protège la culture en empêchant l’espèce nuisible de s’y développer.

En fait, cette technique n’est pas parfaite, car des rencontres de hasard peuvent avoir lieu.
L’espèce n’est donc pas menacée, mais ses dégâts sont négligeables.
Ces rencontres de hasard ne représentent aucun risque agricole, sauf dans certains cas de présence très excessive (ou invasive) du ravageur. Dans ces rares situations, il peut être nécessaire de compléter la confusion par un ou plusieurs traitements insecticides, jusqu’à ce que la régulation des populations soit suffisante. C’est habituellement assez rapide.
Un des problèmes des monocultures, c’est l’augmentation anormale de certains problèmes phytosanitaires, due à la concentration d’une unique espèce végétale, situation qui ne se produit jamais dans la nature.
C’est d’ailleurs pour cette raison, entre autres, que la préoccupation pour le respect de la biodiversité a pris une telle importance ces dernières années, ainsi que les nombreux efforts réalisés dans les fermes agricoles.
La confusion sexuelle évite la multiplication anormale d’une même espèce.


Cependant cette technique est opérationnelle pour la protection contre certains insectes, surtout des lépidoptères, mais il en reste de nombreux contre lesquels la technique n’a pas encore été mise au point.
La détermination de la composition exacte du « bouquet phéromonal » de chaque espèce est un travail de recherche très long. Une fois déterminé, il faut trouver la manière de le fabriquer, mettre au point un système de diffusion opérationnel (type de diffuseur et densité par hectare), puis le tester pour en vérifier l’efficacité, et son absence d’effets secondaires.

Les effets secondaires sont normalement négligeables car chaque phéromone est spécifique à une seule et même espèce, afin que mâles et femelles se retrouvent, sans risquer de se croiser avec d’autres espèces.

J’ai eu la chance, dans les années 80, de participer aux essais au verger de mise au point, dans le sud de la France, de la première technique de confusion sexuelle contre la tordeuse orientale du pêcher (Cydia molesta), par une société australienne pionnière. Je peux vous certifier que ça fonctionne.
La manipulation habituelle des diffuseurs faisait que j’étais imprégné de phéromones, et j’étais suivi par une troupe de mâles, forcément déçus lorsqu’ils se rendaient compte que je n’étais qu’un vulgaire humain !
« Je ne suis pas celle que vous croyez ! »


Il convient de préciser que, s’il est vrai que cette technique est une véritable alternative à l’emploi des pesticides, elle ne répond en revanche absolument pas à la volonté déclarée par une partie de la société civile de sortir de la chimie de synthèse.
En effet, tous les diffuseurs autorisés et disponibles y sur le marché sont remplis de phéromone synthétique, copie des phéromones naturelles (sinon ça ne marcherait pas). On appelle ça du biomimétisme. Elles sont produites dans des usines chimiques tout à fait semblables à toutes les usines chimiques du monde.
En fait, étant donnée la quantité de phéromones nécessaire pour que cette technique fonctionne, il est totalement inenvisageable d’en réaliser l’extraction à partir de femelles d’élevage.

Mais cette technique représente à mon avis une vraie révolution dans la manière de concevoir la protection phytosanitaire des cultures :
On ne cherche pas à tuer l’insecte, on cherche à éviter que sa population atteigne des niveaux de présence qui le transforment en nuisible.
C’est tout à fait différent, et ça ouvre la porte sur un vrai changement de pensée.
On n’a pas besoin de protéger une culture qui n’est pas agressée.
Mais il faut pouvoir éviter que l’agression ne se produise.

Ce changement de paradigme ouvre la perspective vers d’autres techniques, plus naturelles que la confusion sexuelle, et qui cherchent à obtenir un résultat similaire par d’autres voies.
Nous en reparlerons.

Image : http://agrobonsens.com/wp-content/uploads/2018/11/confusionsexuelle-3.jpg

lundi 11 mars 2019

144- Le sol -6- L'union fait la force

LE SOL -6- L’UNION FAIT LA FORCE

Il y a peu de temps, la page Facebook « Sols vivants – Québec » (page francophone, très recommandable pour qui s’intéresse aux influences réciproques de la vie du sol et de la production agricole), publiait un article très intéressant concernant la scientifique Christine Jones et ses travaux sur la diversité sur et dans les sols.

Cet article, du 18 février 2019 et publié dans le journal indépendant La Junta Tribune-Democrat, de l’État du Colorado, met en lumière quelques points dont on parle peu, mais qui pourraient être essentiels pour l’avenir d’une agriculture durable et productive, et pour la lutte contre le réchauffement climatique.

Image personnelle

Christine Jones explique que la vapeur d’eau est le principal gaz à effet de serre. Elle n’est pas la première à en parler, mais curieusement, le débat public s’est focalisé sur le CO2, alors que la vapeur est en réalité beaucoup plus importante.

Ensuite elle y parle de la diversité comme source de puissance vitale pour les sols et de fertilité pour les cultures.
C’est un point jamais abordé, mais qui peut donner une intéressante piste d’expérimentation et de travail pour tous les agriculteurs et chercheurs qui, d’une manière ou d’une autre, tentent d’éviter ou de réduire les labours et d’augmenter la biodiversité sur leurs fermes.
On peut résumer son message par cette phrase
«Aujourd'hui, nos sols ne sont pas déficients en minéraux, ils sont déficients en microorganismes»


Comme d’habitude, je publie l’article dans sa totalité. J’ai pourtant ici supprimé une partie qui annonce une conférence à laquelle Christine Jones doit participer quelques jours plus tard. À la date de publication de ce post de blog, la conférence est terminée. Je supprime donc cette partie pour qu’elle ne parasite pas la lecture. Mais vous pouvez y accéder par le lien vers l’article original.



Une écologue des sols conteste la pensée dominante sur le changement climatique

Par Candace Krebs / pour Ag Journal
  

La gestion des terres cultivées et des pâturages est le moyen le plus efficace de remédier au changement climatique, une approche qui ne reçoit pas toute l'attention qu'elle mérite, selon une australienne, écologiste des sols renommée qui parle de la santé des sols dans le monde entier.

«L'eau située en surface du sol va s'évaporer. La vapeur d’eau, causée par l’évaporation de l’eau parce qu’elle ne s’est pas infiltrée, est le gaz à effet de serre qui a le plus augmenté depuis la révolution industrielle », a déclaré Christine Jones lors d’un discours prononcé à la conférence No Till on the Plains de Wichita en Janvier.


«Il est scientifiquement démontré que la vapeur d’eau représente 95% de l’effet de serre, alors qu’au plus 3% du dioxyde de carbone est le résultat de la combustion de combustibles fossiles, et que le dioxyde de carbone ne représente que 0,04% de l’atmosphère», a-t-elle poursuivi. «Alors, comment un gaz présent à l'état de trace peut-il changer le climat mondial?»

C’est un détail crucial que les médias généralistes et une grande partie du grand public ont largement omis, selon elle.

«Cela n'a rien à voir avec le fait de brûler du charbon ou non», a-t-elle déclaré avec emphase.

Docteur en biochimie des sols, Jones a travaillé dans le domaine de la recherche publique et du développement agricole avant de devenir consultante en santé des sols sur la scène internationale.

Elle préconise de garder le sol couvert en permanence de diverses communautés végétales tout en réduisant considérablement la dépendance aux fongicides, aux pesticides et aux engrais artificiels. La solution pour des campagnes saines et productives ne consiste pas en davantage d’intrants, ni même en plus de pluies, explique-t-elle, c’est une compréhension et une capitalisation des avantages de divers mélanges de plantes qui travaillent ensemble pour extraire le carbone de l’atmosphère et le ramener dans le sol.

[…]


Le principe sur lequel Jones ne saurait insister davantage dans ses exposés, c’est le pouvoir de la diversité.

Elle appelle à plus de diversité dans le régime alimentaire humain - affirmant que les humains ont besoin de manger au moins 30 aliments végétaux différents chaque semaine pour que le biome intestinal fonctionne correctement - plus de diversité dans les régimes alimentaires du bétail, citant les travaux de Fred Provenza, professeur émérite à la Utah State University qui a effectué des recherches approfondies sur les modèles d'alimentation des animaux et, enfin, divers paysages reflétant la complexité de la prairie primitive, qui contenait autrefois plus de 700 espèces différentes d'herbes et de non-graminées dans chaque petite parcelle de Terre.

Pour expliquer pourquoi la diversité des plantes est si importante, elle utilise un terme qui pourrait être nouveau pour beaucoup d'agriculteurs: «la détection de quorum» (quorum sensing).

Les microorganismes du sol peuvent sentir lorsque le nombre de plantes atteint un point critique dans la communauté, a-t-elle déclaré en conférence à Wichita.

«Un quorum dans une organisation est ce seuil qui doit être atteint pour prendre des décisions et mener des affaires», a-t-elle déclaré. «Ce que nous savons maintenant sur les populations microbiennes, c'est qu'elles doivent également respecter un seuil pour obtenir un «comportement coordonné dépendant de la densité». Lorsque cela se produit, elles travaillent ensemble en tant que super-organisme, capable de tolérer la sécheresse ou des sols pauvres en nutriments, ou une quelconque situation de ce genre».


Elle a évoqué des recherches effectuées en Allemagne qui montraient que la combinaison de plusieurs plantes augmentait davantage la production de biomasse que d'ajouter 200 unités d'azote par hectare aux cultures en monoculture. Dans d'autres expériences, des cultures de plantes mélangées ont pu se développer avec un minimum d'eau, tandis que des bandes de monocultures montraient un sévère stress de sécheresse.

«Ce qui se passe ici dépasse la simple idée de complémentarité, dans laquelle chaque plante occupe un créneau différent», déclare-t-elle.

Divers mélanges augmentent la photosynthèse, ce qui entraîne davantage de stockage de carbone dans le sol, explique-t-elle.

«On peut se demander pourquoi nous nous inquiétons tant des mauvaises herbes», plaisante-t-elle.

Les avantages d'une biodiversité accrue sont autant valables pour les terres agricoles que pour les pâturages, ajoute-t-elle.

Bien que certaines plantes tirent plus de bénéfices de la diversité que d’autres, c’est l’impact global de réseaux interdépendants complexes de racines et de microorganismes du sol, qui transforme la fonction du paysage dans son ensemble. Tout revient à renforcer la capacité de séquestration du carbone, déclare-t-elle.

Elle soutient depuis longtemps que le carbone du sol est essentiel pour que les plantes tirent pleinement parti des nutriments tels que l'azote, ce que l'agriculture moderne a tendance à négliger.

«Aujourd'hui, nos sols ne sont pas déficients en minéraux, ils sont déficients en microorganismes», affirme-t-elle.

Une quantité suffisante de carbone est également nécessaire pour la pleine expression du potentiel génétique d’une plante.

«Dans le monde végétal, la sélection génétique peut vous orienter dans une certaine direction, mais si vous agissez pour la santé de votre sol, vous pouvez faire des progrès considérables en un temps beaucoup plus court», déclare-t-elle.

La preuve que le sol est sain est une couleur sombre et riche, une teneur élevée en matière organique, une structure riche en agrégats et des réseaux complexes de filaments colonisant les racines des plantes, permettant une absorption accrue de l'eau et des nutriments.


"On ne devrait jamais voir les racines exposées sur une plante", a déclaré Jones. "Si vous pouvez voir les racines de la plante, c’est qu’elles ne communiquent pas correctement avec le sol."

Toutes ces qualités indiquent une augmentation active de la séquestration du carbone.

Jones conclut que les changements intervenus dans les pratiques agricoles au cours du siècle dernier ont eu plus d'impact sur le climat mondial qu'on ne le reconnaît généralement. Mais cela signifie également que l'amélioration des pratiques agricoles recèle un potentiel considérable pour améliorer le climat.

"La température croissante, l'aridité croissante, sont le résultat d'une gestion agricole inappropriée", a-t-elle déclaré. «Nous avons apporté d’énormes changements au paysage en le simplifiant, en supprimant les arbres et les plantes et en passant de plantations diversifiées à des champs qui ne produisent plus qu’une seule chose à la fois.»



Il serait trop simple de réduire les causes des changements climatiques en stigmatisant l’agriculture. Son rôle y est pourtant important.

Mais il faut, d’une part savoir reconnaitre les erreurs du passé, même si elles ont été faites sans mauvaises intentions, et d’autre part souligner et favoriser la capacité de l’agriculture à devenir l’acteur principal de la lutte contre le réchauffement global et de la réduction des gaz à effet de serre.

Image : https://www.patmo.net/photos/images/ah110430004.jpg

samedi 15 septembre 2018

138- Protection des plantes -7- Abreuvoirs

PROTECTION DES PLANTES - ABREUVOIRS

De grands efforts sont réalisés quotidiennement par de plus en plus d’agriculteurs pour améliorer la biodiversité sur leurs fermes, qui se traduisent par le respect croissant des zones boisées, l'implantation d'arbres dans des zones incompatibles avec les cultures, ou la mise en place de haies qui permettent de délimiter la ferme tout en la protégeant des intrusions mal intentionnées ou en évitant les risques d’effets indésirables sur les lacs et rivières. Dans certaines régions venteuses, comme c'est le cas de la Provence, dans le sud de la France, la protection des cultures contre le vent se fait traditionnellement par des haies de cyprès.


Ces zones de biodiversité remplissent parfaitement leur rôle, et toutes sortes d'animaux s'y installent rapidement. C'est en particulier le cas de charmants petits rongeurs arboricoles comme les écureuils, bien connus, ou les lérots et les loirs beaucoup moins connus et souvent confondus avec des rats.
En soi, ces animaux ne sont pas des nuisibles. Ils s'alimentent des graines et de fruits, mais leur consommation est normalement faible et ne présente pas de risque important pour l'agriculteur.
Pourtant, dans certains cas ils peuvent occasionner des dégâts sérieux non pas aux cultures, mais aux systèmes d'irrigation. C'est particulièrement vrai pour la micro aspersion et le goutte à goutte.
Dans ces systèmes, l'eau est acheminée par un réseau de tuyauteries enterrées et/ou superficielles jusqu'au pied de la culture.



Nos charmants petits rongeurs comprennent très rapidement que ces tuyaux sont pleins d'eau. Au printemps, il y a rarement des problèmes car ils trouvent facilement de l'eau dans les flaques de pluie ou grâce à la rosée du matin.
Mais en plein été, lorsque tout est sec, ils ont soif, et trouver de l’eau peut leur être difficile, ou trop éloigné. S'ils veulent boire en dehors des heures d'arrosage, ils cherchent à libérer l'eau contenue dans ces tuyaux en les rongeant (ils sont souvent en plastique, de type polyéthylène). Les dégâts peuvent être importants et les pertes d’eau également. À cela, il faut ajouter les manques d’irrigation provoqués par les fuites et les pertes de pression, qui peuvent être préjudiciables à la culture.
En plus, c’est un type de dégâts usant pour l’agriculteur car il répare fréquemment et retrouve le même problème le lendemain de la réparation, au même endroit ou presque, et ainsi de suite durant tout l’été.

Photos personnelles

La lutte contre ce qui peut se transformer en un vrai fléau ne passe pas par l'élimination des rongeurs, c'est difficile, à peu près inutile et contre-productif en termes de biodiversité et de pollution.
Le plus simple, le moins cher et le plus efficace est d'installer des abreuvoirs, qui sont remplis par l’eau d’irrigation puis débordent, arrosant la culture.

Les rongeurs peuvent mettre un certain temps à s’y habituer, et on peut, dans les premiers jours, trouver des tuyaux rongés juste à côté d’un abreuvoir, ou même dans l’abreuvoir lui-même.
Il faut insister car au bout de quelques jours les rongeurs auront compris que l’eau est disponible sans effort dans les abreuvoirs, et ils cesseront de ronger les tuyaux.

Photo personnelle

Les cas de ce type sont assez nombreux en agriculture. Il est presque toujours plus simple et efficace de trouver la méthode pour vivre en harmonie avec les animaux, plutôt que d’essayer de lutter contre eux.
C’est une des bases de la production intégrée et de la production biologique et de toutes les méthodes de production qui mettent une priorité à l’équilibre environnemental de la ferme.
On n’utilise des moyens de lutte que lorsque les autres moyens, comme la prophylaxie, la mise en place de nichoirs ou d’hôtels à insectes, d’abreuvoirs ou de simples répulsifs auront échoué, et que les dégâts seront devenus difficilement gérables et dangereux.

Photo personnelle

samedi 16 juin 2018

133- Agroécologie -9- Enherbement

AGROÉCOLOGIE - ENHERBEMENT

Le motif initial de mon embauche ici était la conversion du système d’irrigation. Depuis ses origines, l’entreprise n’utilisait que l’irrigation traditionnelle par gravité.
Le passage à l’irrigation par goutte à goutte demandait un effort technique que le responsable de production ne pouvait assumer seul.
J’étais auparavant conseiller technique pour un groupe de producteurs, parmi lesquels l’enherbement des vergers était une pratique assez habituelle.

Photo personnelle

Arrivé ici, je me suis retrouvé dans des vergers dont le sol était soigneusement maintenu très propre, c’est-à-dire sans herbe, par un travail mécanique entre chaque irrigation gravitaire.
Le changement de système d’irrigation demandait une adaptation. Il était évident que le travail du sol ne se justifiait plus.
Tout naturellement, nous sommes passés au désherbage total, afin de maintenir le sol propre, sans travail mécanique. Les herbicides disponibles permettaient un désherbage efficace, durable et économique.
Ce sol très propre se justifiait par la concurrence de l’herbe sur la culture, en particulier pour l’eau, dans une région, l’Andalousie, où l’eau est un bien précieux qu’il convient de ne pas gaspiller. D’autre part, la présence d’herbe au printemps peut augmenter la sensibilité aux gelées. Enfin, la présence d’herbe augmente, en époque de récolte, l’humidité ambiante, aggravant du même coup les risques de maladies de conservation, donc les pertes après la récolte et les litiges en destination.

Photo personnelle

Mais avec le temps, la fin de l’entretien mécanique du sol se traduisit aussi par un compactage, un durcissement du sol provocant un affaiblissement des vergers par zones, occasionnant d’importantes irrégularités de vigueur et de capacité productive et qualitative.
Nous en sommes donc venus à investir dans des outils de décompactage couteux à l’achat et à l’emploi. Cependant, l’efficacité de ces moyens mécaniques s’est révélée généralement limitée à quelques mois, voire seulement quelques semaines.

C’est là que m’est venue l’idée de chercher une méthode durable et naturelle pour obtenir ce résultat. Beaucoup de lecture spécialisée, quelques voyages et de nombreux contacts m’ont alors convaincu de tester dans les conditions locales, l’enherbement.
Il m’a d’abord fallu chercher des références pour trouver des espèces végétales, adaptées à ces sols et surtout aux conditions climatiques locales. Il faut dire qu’ici, l’hiver est caractérisé par un manque de froid, l’été est long (4 à 5 mois), très chaud (il est normal de dépasser 40ºC), et surtout très sec (au moins 4 mois sans la moindre goutte de pluie). Les références étant limitées, les semences chères pour un résultat très incertain, j’ai alors décidé de travailler autrement, à partir d’espèces autochtones, forcément très adaptées aux conditions locales.
Certaines herbes peuvent être ici très problématiques, en particulier la mauve (Malva sylvestris), qui prend facilement des proportions énormes, le liseron (Convolvulus arvensis), très envahissant et grimpant, le pourpier (Portulaca oleracea), très gros consommateur d’eau et l’érigéron du Canada (Conyza canadensis) qui tend à tout étouffer. Toutes ces plantes sont des dicotylédones, et leur contrôle peut donc se faire à base d’herbicides sélectifs. La seule graminée problématique est le souchet (Cyperus esculentus) très concurrent en nutriments, et très envahissant sur sol nu.

Ma décision fut donc d’appliquer, sur les germinations provoquées par les premières pluies d’automne, un herbicide sélectif destiné à empêcher ces dicotylédones problématiques de prendre le dessus. Évidemment, les graminées, non affectées par ces herbicides, démarraient très bien, mais très clairsemées au départ et le souchet, qui démarre plus tard, continuait à dominer en grande partie. Il a fallu 2 à 3 ans pour que la couverture végétale, presque exclusivement constituée de graminées autochtones, s’implante suffisamment, couvre la totalité de l’inter rangs, et réduise drastiquement les invasions de plantes problématiques.
L’enherbement est désormais bien implanté, et il est normal de ne pas avoir besoin d’utiliser d’herbicide. Pourtant, par endroits, les premières germinations d’automne peuvent encore parfois être dominées par ces plantes envahissantes. Dans ce cas, une application précoce et à faible dose d’un herbicide sélectif évite qu’elles ne deviennent problématiques.
Dans le reste du verger, où on n’applique aucun herbicide, la couverture végétale, au début exclusivement constituée de graminées, se diversifie progressivement, avec la présence toujours plus fréquente de dicotylédones variées, incluant quelques spécimens sporadiques des espèces problématiques.

Photo personnelle

L’enherbement, dans ce cas, fonctionne de manière différente à ce que je connaissais en France, où il est permanent, présent toute l’année.
Ici, il apparait après les premières pluies, est plus ou moins garni et vigoureux en fonction des conditions climatiques de l’automne, de l’hiver et du printemps, et sèche totalement durant l’été.

Je vous précise que depuis toujours, les seules exportations ou extractions réalisées dans nos vergers sont constituées par les fruits, et par le gros bois lors des arrachages des vieux arbres. À cela, il faut ajouter certains bois en cas de taille d’assainissement que nous pratiquons parfois pour résoudre un problème sanitaire difficile (Phomopsis amygdali par exemple). Tous les bois issus de la taille normale, les feuilles et autres restes végétaux sont toujours laissés sur place et broyés.

Plusieurs années d’expérience de ce système m’ont permis de réaliser quelques observations très intéressantes, sur les effets induits par cet enherbement temporaire.

Sur le plan purement productif, on constate que les irrégularités du verger dues au compactage du sol ont presque disparu. Avec ce changement, le potentiel productif global a augmenté par simple effet d’homogénéisation.
Cet effet sur le sol peut aussi être confirmé par d’autres observations simples :
-       Lors des épisodes de pluies, souvent torrentielles dans ce climat, la pénétration dans le sol est grandement améliorée, évitant les ruissellements, réduisant la saturation des fossés d’évacuation, érosion, et améliorant la capacité de stockage de l’eau par le sol.
-       La portance des engins est grandement améliorée par la présence de l’herbe, même après la pluie. Seuls les passages répétés durant la récolte peuvent poser un problème (mais moins qu’auparavant), dans les rangs de circulation.

Photo personnelle

-       Le personnel, abondant dans le pêcher, car tout est fait à la main, tailles, éclaircissage et récolte, travaille toujours sur un sol porteur. Il a juste besoin de bottes en caoutchouc pour ne pas se mouiller les pieds le matin avec la rosée.
-       Il est fréquent en irrigation par goutte à goutte, d’avoir à réparer une fuite enterrée. On observe alors une forte présence de vers de terre, qu’il était rare d’observer auparavant. Quand on connait le rôle fondamental de ces animaux dans la vie, la fertilité et la structuration des sols, c’est évidemment un bénéfice énorme.
-       Un ravageur très commun et très préjudiciable ici est le campagnol provençal, Microtus duodecimcostatus. Il est difficile à contrôler, a une multiplication exponentielle, et peut occasionner de graves dégâts aux cultures ligneuses, puisqu’il s’alimente de racines. L'enherbement ne les a pas fait disparaitre. En revanche, au lieu de migrer en été vers les zones humides du goutte à goutte, il se maintient désormais dans la zone de l’enherbement, où il trouve à la fois des conditions favorables pour ses galeries, et des racines nombreuses de l’herbe qui sont la base de son alimentation. Une cohabitation pacifique en somme.
-       Les lapins et les lièvres, très présents dans nos vergers n’attaquent plus l’écorce des arbres puisqu’ils trouvent de l’herbe durant toute l’année, verte pendant 8 mois, sèche pendant 4 mois.
-       On constate, bien que le rapport avec l’enherbement ne soit pas certain, une réduction de la pression de certains ravageurs comme les acariens ou les thrips. Il est probable qu’une partie des populations se maintienne dans l’herbe, et que d’autre part, leurs prédateurs y trouvent des conditions favorables à un développement précoce, assurant du même coup une limitation naturelle des populations dans les vergers.
-       D’une manière générale, les populations de serpents, renards, belettes, rapaces, chauves-souris et autres prédateurs ont nettement augmenté, assurant un meilleur contrôle des oiseaux, rongeurs et autres insectes problématiques.
-       Durant toute cette période, nous n’avons cessé de réduire les apports de fertilisants, en particulier en ce qui concerne l’azote, mais aussi le calcium et le phosphore, arrivant à des niveaux que, très sincèrement, je n’imaginais pas pouvoir atteindre, tout en augmentant le potentiel productif et qualitatif. C’est pourtant la réalité. Ça m’a d’ailleurs conduit à démarrer cette année une étude sur la fertilité des sols, ainsi que sur leur activité biologique.
-       J’ajouterai même un autre avantage, non négligeable quand on parle de fruits frais, difficiles à laver, comme c’est le cas de la pêche : les cueilleurs ne se tachent pas de boue, ni les mains, ni eux-mêmes, ni les caisses, même en cas de pluie, grâce à ce tapis végétal, donnant un fruit plus propre dans son ensemble, ce qui constitue indéniablement une amélioration de la qualité du produit présenté à la consommation.


Y a-t-il des défauts ?
À vrai dire j’en vois peu.

Photo personnelle

Le risque de gel de printemps.
La présence d’herbe augmente le rayonnement, donc le risque de gelées blanches.
On peut imaginer l’application d’un herbicide défoliant à faible dose en période de risque, juste pour brûler la feuille et arrêter son activité temporairement.
Personnellement je préfère le fauchage, qui a le même effet de blocage pendant quelques jours, et évite l’emploi d’un herbicide.

Les problèmes de conservation.
Un fauchage situé juste avant la récolte permet de les éviter en grande partie, et d’autre part, les fongicides modernes (les synthétiques, bien sûr, mais également les biologiques) ont un niveau d’efficacité très supérieur à ceux du siècle dernier. Le fauchage est cependant indispensable pour éviter de maintenir sous les arbres une atmosphère humide et confinée, favorable au développement des champignons de conservation.

Le risque de feu.
L’herbe sèche reste en surface. Jusqu’à présent, un fauchage en début d’été, qui coïncide avec le broyage du bois issu de la taille en vert, a toujours suffi à éviter ce problème.


Mon expérience n’a rien de scientifique. Elle réside sur mes observations, mes décisions et mes conditions de sol, de climat et de culture.
Mais je suis persuadé que ce genre de pratiques, très faciles à mettre en œuvre, ont un impact très positif sur l’activité microbienne du sol, la biodiversité en général, l’équilibre sanitaire de la ferme, et au bout du compte sur la durabilité de la culture et de l’activité agricole dans son ensemble.

On peut aussi parler de coût. En fait, la gestion de couverture végétale est un peu plus coûteuse qu’un herbicide sur toute la surface. Il faut compter au moins un passage de tracteur de plus par hectare pour faucher l’herbe.
Mais si mes observations sont justes, la réduction du coût de la protection phytosanitaire et de la nutrition compense très largement le surcoût occasionné.
Sans compter que la démarche s’inscrit à la fois dans une optique de réduction des intrants agricoles, et dans une optique de réduction de l’impact de l’activité agricole sur la biodiversité et sur l’environnement.

Photo personnelle


Il est évident que l’enherbement est une technique utilisable essentiellement en cultures ligneuses, vergers, vignes, agrumes, amandiers, olivier, cultures pour biomasse, etc.
D’autres branches de l’agriculture recherchent les mêmes effets avec des techniques différentes, comme c’est le cas de l’agriculture de conservation, davantage destinées aux cultures annuelles, qui cherche à réduire au maximum les labours, soit par des semis réalisés directement sur les restes des cultures précédentes (avec parfois utilisation d’herbicide en préparation du semis), soit avec des semis sous couvert de végétaux vivants (afin d’essayer d’éviter l’emploi de l’herbicide).

Ces techniques, qui montrent chaque jour un peu plus leur efficacité, et leur compatibilité avec un résultat technique et économique de premier ordre, prennent beaucoup d’ampleur, et tendent progressivement à se généraliser.
C’est la démonstration que l’agriculture conventionnelle peut être très respectueuse de l’environnement, tout en étant très productive.

C’est ça aussi, l’agriculture durable.