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jeudi 24 janvier 2019

142- Les alternatives aux pesticides -2- Le suivi de culture


LES ALTERNATIVES AUX PESTICIDES -2- LE SUIVI DE CULTURE


On ne peut pas vraiment classer le suivi de culture parmi les alternatives aux pesticides, mais j’ai décidé d’en faire le point de départ de cette série car c’est le fondement de la Protection Phytosanitaire Intégrée ou Raisonnée, et de la protection phytosanitaire en Agriculture Biologique.
Aucune des méthodes, techniques et nouveautés qui y entreront ne pourront se développer ni fonctionner correctement sans cette étape fondamentale.


Tout suivi (ou surveillance) des cultures sous-entend l’intégration d’un aspect rarement commenté et pourtant essentiel pour une agriculture moderne, productive, respectueuse, saine et durable: la connaissance.
Une agriculture durable est une agriculture de science et de connaissance.
Connaissance de la culture d’abord, son cycle physiologique, son adaptation climatique, ses exigences agronomiques, ses besoins nutritionnels, ses sensibilités sanitaires et physiologiques, sa compatibilité avec les cultures environnantes, etc.
Connaissance du sol, qui est le support vital de la culture, afin de prendre en compte les facteurs de sensibilité potentiels (pathogènes, risques de nématodes, d’asphyxie radiculaire, etc.), et de connaitre les apports nutritionnels du sol à la culture (y compris les risques de déficiences ou de carences).
Connaissance des risques adverses, comme en particulier les risques climatiques, les maladies, les ravageurs.
Connaissances des auxiliaires pour la défense des cultures (insectes, champignons et vertébrés prédateurs), ceux qui seront utiles pour aider à résoudre les problèmes spécifiques de la culture.
Connaissance de l’environnement des zones de culture, afin de savoir quelle aide il pourra nous apporter (zones favorables au développement de certains auxiliaires par exemple), ou quelles contraintes il suppose (la proximité de zones illuminées peut augmenter la présence de certains lépidoptères nocturnes nuisibles aux cultures par exemple), et ce que l’agriculteur devra faire, ou ne pas faire afin de tenir compte de cet environnement tout en tirant le meilleur parti possible pour son activité.

Précisons que ce niveau de formation et de connaissances, aujourd’hui reconnu comme étant le point de départ indispensable pour toute évolution de la production agricole vers des pratiques vertueuses, est un acquis récent (et pas encore totalement généralisé) dans les pays les plus développés (à partir de la deuxième moitié du XXème siècle), et qu’il reste encore à acquérir dans une grande partie du monde. L’agriculture reste de manière universelle, un des secteurs les plus arriérés de l’activité humaine et de l’économie mondiale, en matière d’instruction, de formation et de développement.

Image : Issiaka Konate (ARAF - Plateau Dogon), Mali

Une fois ces connaissances acquises et la culture mise en place, l’agriculteur devra mettre en œuvre tout un processus, souvent complexe, qui lui permettra de mettre sa culture dans les conditions les plus favorables à son développement et à sa production, tant en qualité qu’en quantité.
Un des points clé sera la protection de la culture contre les maladies et les ravageurs.

-       Il devra d’abord mettre en œuvre tous les moyens disponibles pour empêcher les attaques sanitaires de se produire. C’est la prophylaxie. Ce sera l’élimination de restes contaminés des cultures précédentes ou adjacentes, la taille, le nettoyage des abords, etc.
-       Il devra ensuite implanter des systèmes d’observation, de manière à détecter les attaques aussi précocement que possible. C’est la surveillance. C’est la mise en place de pièges de surveillance, de protocoles d’observation, de comptages, d’enregistrements climatologiques, etc.
-       Il mettra en relation les observations et comptages avec des niveaux de référence appelés “seuils de nuisibilité”, variables selon la culture, la région de culture, le type de parasite et l’époque. Il déterminera de cette manière à partir de quel moment une menace présente devient réellement dangereuse et présente un risque économique. C’est la notion de seuil d’intervention.
-       En même temps qu’il observe les populations de nuisibles, il observe la présence de prédateurs de tous types. Ce sont des insectes, des acariens, des champignons ou des vertébrés (oiseaux, serpents, carnassiers) qui s’alimentent des différents risques présents sur les cultures. Leur présence peut considérablement réduire, voire éliminer complètement la menace d’une population de nuisibles. C’est l’utilisation des organismes auxiliaires.
-       Il choisira la méthode d’intervention au cas par cas. Il utilisera des pesticides, naturels ou synthétiques, en les choisissant pour leur efficacité, leurs effets secondaires et les risques sur l’environnement et la santé, lorsqu’aucun autre moyen ne permettra de résoudre le problème. C’est la décision d’intervention.

Chaque culture, chaque période du cycle physiologique, chaque type de conditions climatiques demandera une réponse adaptée.

Le suivi des niveaux de populations de maladies et d’insectes nuisibles aux cultures et de leurs auxiliaires, permet de décider de la meilleure technique d’intervention, si elle est nécessaire, et de son moment optimal.

LE CHOIX DES PRODUITS

Quand j’ai commencé mon parcours agricole, au tout début des années 80, la phytopharmacopée disponible incluait un grand nombre de molécules synthétiques très polyvalentes. On traitait contre une attaque de pucerons, et tout ce qui était présent (diptères, hyménoptères, coléoptères, lépidoptères et autres insectes nuisibles ou utiles) était aussi éliminé. Le respect des équilibres n’était pas à l’ordre du jour, et de toute manière il aurait été difficile d’essayer, car aucun des pesticides disponibles et autorisés, ou presque, n’était sélectif.
Progressivement, des produits de plus en plus spécifiques sont apparus, réduisant la polyvalence, donc les risques de « nettoyage » intempestif.
Il faut cependant signaler que dans le même temps sont apparus, ou réapparus certains problèmes, souvent connus car décrits dans les traités anciens, mais jusque-là généralement contrôlés par la polyvalence des produits phytosanitaires.

L’information à l’agriculteur a également beaucoup augmenté.
Jusqu’aux années 90, il ne connaissait que le risque pour l’utilisateur (et même souvent seulement partiellement), et le délai d’emploi avant la récolte.
Progressivement, l’agriculteur a reçu une information toujours plus complète concernant la santé, l’environnement, et les conditions d’utilisation.
Avec l’amélioration des techniques de mesure et la baisse de leur coût, les contrôles de résidus de pesticides se sont généralisés. Des normes concernant chaque produit et chaque type d’aliment ont été établies.
Les produits les plus polyvalents ont été interdits pour la plupart.


S’il est vrai que jusqu’à la fin des années 80 il était habituel (mais pas systématique) que les agriculteurs traitent par calendrier, sans se préoccuper réellement de la présence de maladies ou de ravageurs, et encore moins des auxiliaires, ce n’est plus du tout le cas aujourd’hui, pour plusieurs raisons :
-       Le niveau de formation et de connaissance des agriculteurs a fortement progressé.
-       L’amélioration de l’appui technique auprès des agriculteurs par des structures publiques, privées ou de type coopératif permettent de faire progresser aussi les agriculteurs les moins formés.
-       La pression sociale autour d’une agriculture durable dont l’impact sur la santé et l’environnement soit minime a littéralement explosé ces dernières années.
-       La préoccupation de l’impact des pratiques agricoles par les agriculteurs eux-mêmes a fortement progressé.
-       La législation se durcit chaque année un peu plus, tant sur les autorisations de pesticides que sur les conditions d’emploi, et les contrôles et sanctions également, au moins dans les pays riches.
-       Les supermarchés, qui contrôlent la majeure partie des marchés de consommation dans les pays industrialisés, obligent leurs fournisseurs à suivre et respecter des cahiers des charges qui tous, actuellement, sont très accès sur les risques sanitaires et environnementaux. Les contrôles sont nombreux et les sanctions sévères.
-       Le coût de la protection phytosanitaire est élevé, et d’importantes économies sont possibles (en comparaison avec un programme de traitement systématique par calendrier) grâce à une bonne gestion.
-       De nombreux pesticides biologiques ou très spécifiques font leur apparition sur le marché, avec des exigences techniques particulières qui demandent des conditions d’emploi très précises, mais qui permettent à l’agriculteur des résultats techniques sans risque de résidus.


Il est d’ailleurs important de signaler que les seuils de nuisibilité utilisés dans les années 80 et 90 ont dû être révisés dans la plupart des cas à cause de l’évolution des solutions disponibles.
En effet lorsque l’agriculteur disposait de produits très polyvalents dotés d’un important effet de choc, il pouvait attendre que les attaques nuisibles atteignent des niveaux relativement élevés.
Aujourd’hui c’est très différent, car les solutions ont rarement un effet de choc puissant, obligeant l’agriculteur à anticiper.

La philosophie de protection n’est plus de « laisser venir et tout nettoyer », mais plutôt d’ « éviter que les problèmes puissent prendre de l’ampleur », ce qui les rendrait très difficiles à résoudre.

Ce changement de paradigme a également un impact très direct sur la manière qu’a l’agriculteur de se concentrer sur la protection de ses cultures, car il sait que s’il n’a pas su, ou pas pu, éviter le développement de certains problèmes, les conséquences économiques pourront être extrêmement graves.

Bref, le suivi de la culture est depuis longtemps un point technique important pour l’agriculteur.
Avec les nombreux changements de ces dernières années, c’est devenu une vraie méthode de travail qui occupe une place essentielle dans la protection de la culture, et dans l’obtention d’un résultat technique satisfaisant.

Oui, s’il est vrai que le suivi des cultures n’est pas, en soi, une alternative à l’emploi des pesticides, c’est en revanche un facteur primordial de réussite de la culture avec un minimum d’interventions pesticides.


mercredi 12 décembre 2018

141- Les alternatives aux pesticides -1- Pourquoi?


LES ALTERNATIVES AUX PESTICIDES -1- POURQUOI?

Mon précédent article m’a donné l’idée de cette nouvelle série, très importante face aux défis qui se présentent à l’agriculture moderne, dans un contexte d’exigence sociétale pour la réduction ou même l’interdiction des pesticides de synthèse, et la nécessité de maintenir une agriculture très productive, mais respectueuse de l’environnement et de la santé des consommateurs et des usagers.


Il me parait intéressant de faire un tour d’horizon de ce qui existe pour les substituer.
Car on ne fera pas une agriculture suffisamment productive sans moyens de protection phytosanitaire. Même s’il est vrai que certaines cultures, dans certaines conditions, peuvent être produites sans aucun pesticide, la très grande majorité des productions agricoles ont un besoin indispensable de moyens de contrôle et de pesticides, quelle que soit leur origine, afin que la production soit suffisante, le revenu de l’agriculteur aussi, et que la sécurité des aliments soit garantie pour le consommateur.

Je vous rappelle que je m’oppose radicalement à une interdiction des pesticides de synthèse.
C’est une escroquerie intellectuelle de laisser penser à un public non informé, naïf et manipulé, que l’agriculture peut vivre sans pesticide.
C’est également une escroquerie intellectuelle de laisser penser à ce même public, que des solutions non synthétiques existent pour remplacer tous les pesticides de synthèse dans toutes les situations de culture.
C’est encore une escroquerie intellectuelle de laisser croire à ce même public, que tout ce qui est naturel est bon, et qu’un pesticide naturel est meilleur qu’un pesticide de synthèse. Vous pouvez le voir dans ma série “Naturel vs synthétique”.
C’est enfin une escroquerie intellectuelle de laisser croire, comme c’est encore le cas d’une large proportion de consommateurs, que l’agriculture biologique n’utilise pas de pesticides. Les communications sont systématiquement faites sur le même modèle, où on indique “sans pesticide” et on renvoie par un astérisque à une note écrite en tout petit caractère et en fin de texte “de synthèse”. 
Il suffit, pour s’en convaincre, d’observer la progression européenne du marché des biopesticides :

Même si je suis certain de ce que je viens de vous expliquer, je suis aussi convaincu que le mouvement bio a le grand mérite d’obliger l’ensemble de la filière agricole à se poser des questions, à changer sa manière de regarder son activité, à chercher des alternatives aux aspects les plus négatifs, en particulier concernant l’impact sur l’environnement et les risques sanitaires.

Il est donc très intéressant de connaitre les méthodes alternatives disponibles ou en développement. Car même si je suis convaincu qu’une agriculture sans pesticide est impossible, je suis également convaincu qu’il est possible d’en réduire fortement l’emploi.
Beaucoup de chercheurs dans le monde essaient de trouver des solutions, car la suppression des pesticides synthétiques aurait de graves conséquences  sur la productivité de l’agriculture, sur la recrudescence de la faim dans le monde, et même sur les risques sanitaires de notre alimentation. Une des conséquences serait une probable forte augmentation du coût des aliments, de fortes difficultés financières pour les agriculteurs des zones affectées, et certains risques, souvent difficiles à évaluer, d’insécurité alimentaire. En gros, on peut estimer que la disponibilité des aliments sera plus difficile à maintenir stable.
Chers lecteurs des pays riches, ne vous inquiétez pas. Vous aurez toujours à manger. Vous avez la chance, comme moi, de vivre dans un pays solvable, cible de choix pour l’exportation, une de ces destinations qui ne manquera jamais d’aliments car on y a les moyens de les payer.
Mais les habitants des pays en développement risquent de souffrir beaucoup plus de difficultés alimentaires, plus qu’aujourd’hui encore, puisque l’exportation d’aliments pourrait se convertir en source essentielle de revenus pour les états et les propriétaires.


Les nouvelles méthodes attirent particulièrement l’attention des multinationales et de certaines startups, bien décidées à profiter d’un très gros gâteau qui se profile à l’horizon, la fourniture massive d’aliments aux pays riches.
Et c’est bien normal.
Il y a un réel besoin.
L’évolution des mentalités, tout d’abord dans les pays développés, puis progressivement dans les pays en développement pousse l’agriculture vers la production biologique, ou tout du moins, vers une production moins gourmande en pesticides.

En fait, ce n’est pas exactement ça. Quelle que soit la méthode de production appliquée, et même s’il est vrai qu’il existe des moyens pour réduire la pression des attaques de beaucoup de maladies et de ravageurs, il n’en reste pas moins que les cultures y seront toujours plus ou moins sensibles.
Afin d’éviter des pertes de production excessives, l’agriculteur va mettre en œuvre tous les moyens disponibles pour éviter les dégâts potentiels.

L’agriculture biologique interdit tout ce qui n’est pas d’origine naturelle (à quelques exceptions près), sans pour autant garantir l’innocuité de la technique utilisée, ni même les risques environnementaux qu’elle présente, comme c’est le cas pour le cuivre ou l’huile de neem, ou par la production de toxines naturelles par déficience du contrôle des maladies fongiques.


L’agriculteur conventionnel n’a plus, aujourd’hui, aucun intérêt à utiliser les pesticides aveuglément. Ils sont chers, voire très chers, et ils peuvent avoir des effets secondaires sur la culture elle-même, comme c’est le cas des pyréthroïdes avec les acariens, qui favorisent le développement d’autres problèmes phytosanitaires qui à leur tour exigeront l’utilisation d’autres pesticides.

Les deux grandes orientations de la production, bio ou conventionnelle, se rejoignent donc sur le fond du problème: toute intervention dans les champs a des effets secondaires et des conséquences indésirables.
Rien n’est jamais anodin, qu’on utilise une technique respectueuse ou un pesticide naturel, ou qu’on utilise un pesticide de synthèse.

Le sujet de cette nouvelle série est précisément de répertorier les techniques et méthodes disponibles afin d’éviter l’utilisation des pesticides, spécialement les synthétiques.
Sur certaines cultures, les alternatives non synthétiques ne permettent pas, actuellement, d’assurer une production suffisante.
Mais ça viendra, je ne sais ni quand ni comment, mais ça viendra.

En attendant, toute interdiction non correctement préparée par l’existence préalable d’une solution de substitution confirmée, aura de graves conséquences sur l’alimentation.
La probable interdiction prochaine du glyphosate pourrait se révéler désastreuse, en particulier pour des méthodes de production vertueuses comme l’agriculture de conservation, avec finalement un résultat exactement inverse à celui recherché.
L’interdiction des néonicotinoïdes, dont les effets sur les abeilles sont discutables et controversés aura également de graves conséquences pour certaines cultures.


Il serait préférable de placer des priorités, sans parti pris, sans idéologie, selon des critères scientifiques indiscutables, et de favoriser la recherche de solutions pour résoudre ces priorités.

De nombreux travaux sont en cours ou ont déjà débouché. Je vais vous les présenter dans plusieurs chapitres de cette série, et je publierai par la suite un nouvel article à chaque fois qu’une innovation méritera qu’on parle d’elle.

Dans les prochains chapitres de cette série, je vous parlerai de l’évolution des connaissances sur les ravageurs et les maladies, ainsi que du comportement des plantes vis à vis de ces agresseurs, des pesticides d’origine naturelle, des organismes utiles vivants susceptibles d’éviter l’emploi des pesticides, de l’influence que peut avoir l’agriculteur sur les capacités d’autodéfense des plantes, de l’utilisation des phéromones, de l’influence de la biodiversité sur les risques parasitaires, de la recherche génétique, etc.

A bientôt donc.

lundi 31 octobre 2016

91- Agriculture urbaine -1- La ville à la campagne

AGRICULTURE URBAINE -1- LA VILLE À LA CAMPAGNE…

Cet été, durant mes vacances, j'ai passé quelques jours très agréables chez ma mère, à Bordeaux. Au cours d'une de nos balades, en voiture, j'ai été frappé par un petit fait, insignifiant à première vue, que les bordelais connaissent bien, sans pour autant y prêter attention, ou en tous cas sans en voir toutes les répercussions.
Je ne vais nommer personne, puisque mon but est juste de réfléchir et de vous faire réfléchir avec moi, sur un problème réel.

Le Château XX, l'un des plus célèbres Châteaux du bordelais, est entièrement enserré dans la ville. Avec le temps, la croissance urbaine et la croissance industrielle faisant leur œuvre de conquête de nouveaux territoires, ce très fameux château, avec l’intégralité de son vignoble, s'est retrouvé entièrement en ville, entouré de logements et de zones industrielles, entouré et même entrecoupé par des routes, avec leur cortège de feux, de ronds-points, et de bouchons.

Image: http://www.lafdv.fr/images/20151022/3676_9195.jpg

C'est justement à l'un de ces feux que mon regard a été attiré par une petite chose, tout à fait anodine, et très normale dans une vigne au mois de septembre: les très jolies grappes de raisin noir.
Et qu'avaient-elles donc, ces grappes, qui ont depuis dû être vendangées, pour ainsi attirer mon attention?
Elles étaient à peine à quelques mètres de la route, de mon pot d'échappement, et de tous les pots d'échappements de toutes les voitures, camions et autobus qui passent quotidiennement par cette route.

Et je me suis posé la question suivante: les vins de Château XX, véritables icônes de la production de grands vins du bordelais, sont-ils parfois analysés pour en connaitre la teneur en polluants urbains?
Je pense en particulier aux résidus d'hydrocarbures, aux oxydes d'azote, aux composés fluorés, et surtout aux métaux lourds, plomb, zinc, cadmium ou nickel, dont il est connu que les risques sont très loin d'être anodins.

Je m'en fus donc à la plus grande librairie de la ville, connue pour l'immense diversité des ouvrages disponibles. Dans la ville de Bordeaux, dans l'une des plus importantes librairies de France, les ouvrages sur les vins de Bordeaux sont innombrables. Je cherchai donc quelque chose sur cette question. Mais rien. Rien de rien, même pas une simple évocation d'un problème potentiel. Evidemment, on ne remet pas en question la qualité des vins de Château XX, ni des grands crus bordelais.

Je décidai ensuite de chercher sur Internet ce que je pourrais trouver sur ce sujet. Rien non plus. On y trouve bien quelques documents faisant état de production de pollution par les caves viticoles, mais rien sur le sujet qui me préoccupe.
Soudain, j'eus l'idée de chercher s'il existe quelque chose concernant les risques de pollution dans les potagers urbains. Bingo! Il existe diverses publications, et diverses études concernant le sujet, réalisées par des universités aux Etats-Unis, en Ukraine et en Allemagne en particulier, et qui font état de risques, tant de pollution des sols (mais qui n'affecte en principe pas les fruits), que de pollution de l'air, donc des fruits, par dépôt atmosphérique.

Et là, on peut se poser la question.

Image: https://theurbanprospector.files.wordpress.com/2015/03/chicagofarm-thegreenhorns-wordpress.jpg

En effet, les raisins ne sont pas lavés et brossés un par un après la vendange, et les dépôts atmosphériques arrivent donc probablement jusqu'à la barrique. Les molécules comme les oxydes d'azote se décomposent sans doute lors du processus de vinification. Mais les métaux, eux, non.

Est-ce un problème? Peut-être pas, il est possible que les métaux présents le soient dans des niveaux suffisamment bas pour qu'il n'y ait pas de risque sanitaire.
Pourtant, selon les liens ci-dessus, les végétaux placés à moins de 10 mètres de voies à forte circulation ont un risque élevé de dépasser les normes européennes.
Cependant l’article précise aussi que les barrières végétales sont parmi les moyens les plus efficaces pour réduire cet effet polluant. On peut donc raisonnablement supposer que la plus grosse partie de la vendange se situe dans des niveaux de polluants très faibles. Or, dans le cas du vin, le grain de raisin n’est pas consommé seul, mais mélangé avec des millions d’autres. Il est donc fort probable que les niveaux atteints dans le vin soient faibles.
Mais visiblement pas grand monde ne s'est préoccupé de le vérifier, ou en tout cas, de le rendre public.
Il est probable que ça ne présente pas de problème de santé publique. C’est d’autant plus vrai dans ce cas, puisque ce château pratique des prix qui ne placent pas ce risque éventuel au rang de risque pour le grand public (j’ai vu justement la semaine dernière, ici à Séville, dans la boutique gourmet d’un grand magasin, une bouteille de Château XX à la vente à plus de 450€…).

Or cette situation, involontaire de la part de Château XX, qui a seulement vu la ville se rapprocher au fil du temps, sans y intervenir, est fréquente en agriculture. Plus la ferme est proche de la ville, plus elle y est sensible. C’est aussi le cas de toutes les « ceintures vertes » qui entourent les villes, et dont les agriculteurs locaux profitent souvent de la manne économique que représente la possibilité de vente directe des produits de la ferme. Beaucoup ont d’ailleurs converti leurs production au bio afin d’attirer un public toujours plus nombreux et avide de ces produits « authentiques ».

Cependant cette évolution, semble-t-il inévitable de progression des villes vers la campagne ne doit pas nous faire oublier les conséquences négatives de cette conquête : réduction des terres agricoles, disparition d’agriculteurs, pollution des zones rurales, obligation d’augmenter la productivité pour maintenir la capacité alimentaire.

Image: http://menehayfarm.co.uk/wp-content/uploads/2016/01/website-intro.jpg

Les médias, avides de sujets sensibles, présentent trop souvent l’agriculteur comme le principal responsable de la (supposée mauvaise) qualité des produits alimentaires (de plus en plus remise en question par des ONG aux objectifs opaques). Mais doit-on éluder la responsabilité croissante de l’urbanisation galopante ?
L’agriculteur est-il responsable de la pollution provoquée par la croissance urbaine ? On n’en parle pas, de cette pollution et de ses conséquences sur l’alimentation, alors qu’elle est, à mon avis, plus préoccupante que l’utilisation des pesticides.
La réalité sur les pesticides est maquillée pour pouvoir les accuser, ainsi que leurs fabricants et leurs utilisateurs. C’est à la mode, on se méfie de tout. Donc fournissons de la méfiance à qui en veut ! C’est très vendeur…
La réalité sur la pollution est dissimulée, car il n’y a personne à accuser, il n’y a pas de bouc émissaire possible. Dans ce cas, les accusateurs (les producteurs de l’émission et les téléspectateurs eux-mêmes) se retrouveraient directement sur le banc des accusés. C’est peu vendeur…

…ET LA CAMPAGNE À LA VILLE.

Mais pour aller plus loin dans cette réflexion, l'agriculture urbaine est en pleine vogue, en particulier dans les milieux écologistes.
Les projets de potagers et de vergers sur les toits, dans les jardins, dans les cours d'immeubles ou sur les balcons sont légion. On peut ainsi y produire sans pesticide, uniquement par des techniques bio, des fruits et légumes dont au moins, on est sûr qu'ils sont sains.
Est-ce bien certain?
La pollution urbaine est-elle meilleure pour la santé que les résidus de pesticides de synthèse?

La végétalisation des toits, des façades et des constructions est une excellente chose pour la biodiversité, pour la santé des abeilles et des oiseaux, ainsi que pour la qualité de l’air de grandes villes, ça ne présente aucun doute. Mais de là à en faire une ressource alimentaire supposée saine, il y a un pas que personnellement je ne franchirai pas…

Image: http://deavita.fr/wp-content/uploads/2016/02/jardin-sur-le-toit-pleine-ville-ultra-moderne.jpg

Au moins, avec les résidus de pesticides, il existe des références sérieuses et nombreuses, qu'on peut toujours discuter, mais qui existent. Des études très longues et complètes sont réalisées pour déterminer l'action sur la santé et l’environnement de toutes les molécules autorisées. Les équipes chargées d’évaluer les molécules sont constituées de scientifiques, de médecins et d’agronomes très compétents et contrôlés. On peut avoir confiance dans leurs conclusions, quoi qu’en pensent certains.
Pourtant, certains n’hésitent pas à affirmer que l’origine des polluants pourrait se situer dans les pesticides (par exemple les fervents de la permaculture http://www.permaculteurs.com/article/risques-de-pollution-au-potager/ ).
Quelqu’un connait-il un pesticide contenant du plomb, du cadmium ou du nickel ? Il n’y en a aucun. C’est tellement facile d’accuser les pesticides de tout, et aussi du reste…

Pour les polluants industriels et urbains, il existe peu de références, et les normes ne concernent que les métaux lourds. Pourtant, certains végétaux, en particuliers les aliments-feuille comme salades, épinards, choux, et autres plantes aromatiques à feuille sont particulièrement exposés à tous les contaminants, ayant une grande surface de captation, qui en plus se consomme. C'est aussi le cas pour un aliment comme le poivron, aliment qui pèse peu mais a un rapport poids/surface très défavorable.

Alors, mes chers jardiniers urbains, convaincus que vos fruits et légumes sont plus sains que ceux que vous achetez au supermarché, sachez donc que ingurgitez probablement un grand nombre de polluants, pour lesquels vous êtes vous-mêmes les souris de laboratoire…


Image: http://static.betazeta.com/www.veoverde.com/wp-content/uploads/2012/01/apodemus-660x350.jpg

mercredi 28 septembre 2016

89- Des nitrites dans la viande, mais pourquoi faire?

DES NITRITES DANS LA VIANDE, MAIS POURQUOI FAIRE?

Pour une fois, je vais vous parler de viande. Ce n’est pas mon habitude, pas que je sois végétarien, mais parce que c’est un sujet que je connais très mal. Mais si l’occasion se présente d’en parler sans risque de vous raconter trop de bêtises…

Je signale à mes lecteurs non français, que la France est probablement le pays où la pression médiatique et politique contre la chimie en général et contre ses usages alimentaires (utilisation des pesticides en agriculture et des additifs dans l’alimentation), est la plus forte. Les émissions de télévision contre l’agriculture et l’agroalimentaire sont extrêmement nombreuses, de l’ordre de 1 à 1,5 par semaine (http://alerte-environnement.fr/2016/09/08/pesticides-multiplication-des-hoax-lagri-bashing-se-poursuit/ ).
Quel que soit le sujet abordé, les aspects négatifs sont toujours décortiqués avec plus ou moins de malhonnêteté, et les aspects positifs ou simplement utiles sont systématiquement passés sous silence. L’émission mensuelle Cash Investigation, animée par la très médiatique et très polémique Elise Lucet est l’un des fers de lance de cette politique aux finalités non avouées.

Donc, dans l'émission Cash Investigation du 13 septembre dernier (https://www.youtube.com/user/cashinvestigationf2 ), Elise Lucet dénonçait de manière virulente, supposées preuves et surtout témoignages à l'appui, selon sa méthode habituelle, l'usage généralisé des nitrites dans les viandes conservées, en particulier le jambon blanc et les saucisses. Le seul objectif de l’utilisation massive de cet additif, selon la thèse qu’elle défend, est de garder à la viande sa couleur rose.

Image: http://www.ziaconcetta.com/site/images/normal/Les-produits53710180a2c3f.jpg

Les nitrites sont accusés d'être parmi les responsables, en particulier des cancers colorectaux. Le CIRC, référence très controversée quant à l'impartialité de ses travaux, les classe 2A, soit cancérogène probable (probabilité haute). Le produit présente un danger, ça parait clair, bien que la controverse existe.
La question du risque est donc de savoir quelle est la consommation raisonnable à ne pas dépasser. Le risque c’est le danger multiplié par l’exposition, dans ce cas la consommation. (Le saut en parachute présente un danger. Mais vous n’aurez de risque que si vous le pratiquez).
Plus vous allez consommer de produit contenant des nitrites, plus vous aurez de risque de développer un des cancers auquel le produit vous expose.
Le sujet est donc très sérieux, on ne doit pas le prendre à la légère.

Gros succès pour l'émission de rentrée. Il faut remobiliser le rentreur de vacances déprimé. Un petit coup d'anxiété, et on se fait un bon audimat pour la rentrée.
Sauf que le problème n'est pas là où on prétend qu’il se situe. L’émission présente l’usage des nitrites comme le principal responsable de l’augmentation de certains types de cancers.

Pourtant, il y a quelques détails dont elle fait totalement abstraction.

Nos sociétés assistent à une augmentation significative du nombre de cancers de tous types. Les hypothèses pour expliquer ce phénomène sont nombreuses. Les pesticides et les fertilisants sont, bien sûr, parmi les premiers accusés.
Il existe pourtant une cause d’importance majeure, qu’aujourd’hui personne ne remet en question, mais dont on parle peu, l’âge. L’espérance de vie en France était d’un peu moins de 70 ans en 1960, elle est de plus de 82 ans en 2012 (source Banque Mondiale). https://www.google.es/#q=esp%C3%A9rance+de+vie+france
Les cancers colorectaux sont des maladies typiques des personnes âgées. L’augmentation de l’espérance de vie provoque une forte augmentation du nombre de personnes susceptibles de développer ce type de cancers, donc du nombre de cas.
Doit-on attribuer l’augmentation de ces types de cancers à l’utilisation des nitrites, ou à l’augmentation du nombre de personnes âgées ?

D’autre part, l’augmentation de la consommation de charcuterie suit à peu près l’augmentation de population. En France, la population est passée de 44 millions en 1960 à 66 millions en 2012 (https://www.google.es/#q=population+fran%C3%A7aise ), soit une augmentation de 50%, alors que la consommation de charcuterie est passée de moins de 1,5 millions de tonnes à 2,1 millions de tonnes, soit une augmentation de 50% aussi. https://visuels.l214.com/sites/www.viande.info/2014/pages/Evolution-structure-conso-viande-France.jpg


Avec des évidences aussi peu évidentes, pourquoi faire une émission à sensation sur un problème qui n’existe pas ?
Quels sont les intérêts occultes que défend Elise Lucet dans son émission ?

Image (extraite du film "Les vieux de la vieille"): http://media.senscritique.com/media/000005516361/1200/Les_Vieux_de_la_vieille.jpg

Parce que les vraies questions, celles qu’elle n'a pas voulu poser sont:
Les nitrites, sont-ils vraiment utilisés uniquement pour que la viande garde sa belle couleur rose?
Si c’est le cas, et que cet additif est si dangereux, pourquoi les autorités sanitaires autorisent-elles son usage massif ?
Les lobbies du secteur de l'agroalimentaire sont-ils si puissants que l'administration publique les laisse faire n'importe quoi sans réagir, en supposant qu’il existe réellement un risque pour la santé publique?

Un petit tour sur internet pour trouver des informations, et nous voici sur le blog de Wackes Seppi, qui nous fait un très clair résumé de situation (http://seppi.over-blog.com/2016/09/cash-investigation-sur-france-2-rien-a-cirer-du-csa-ni-des-telespectateurs.html )

Puis nous allons sur la page d’Info-nitrites, qui nous présente une petite vidéo très simple et claire (http://info-nitrites.fr/nitrites-et-charcuterie/ ). Nous en profitons pour y évaluer la quantité de jambon blanc que l'on peut manger tous les jours sans risque, selon les normes européennes (http://info-nitrites.fr/categorie/questions-reponses/ ).


Que tirons-nous de ça?
-       Que les nitrites sont actuellement une nécessité pour conserver la viande plus de quelques jours. Il n’existe pas, pour l’instant, de produit meilleur,
-       Que, contrairement à ce que nous annonce Elise Lucet, la couleur rose n'est qu'une conséquence de l'usage des nitrites. Il faut bien reconnaitre que nous sommes si habitués à acheter du jambon rose, que si on nous le présentait marronnasse, nous aurions quelques difficultés à nous y habituer,
-       Que les bactéries contre lesquelles agissent les nitrites sont infiniment plus dangereuses que le risque de cancer, dont les nitrites ne sont en plus pas la seule cause. Nous parlons en l'occurrence du botulisme (quelques centaines de cas en Europe chaque année), de la listériose (autour de 1500 cas en Europe chaque année) et de la salmonellose (plus de 150.000 cas en Europe chaque année, bien que la viande ne soit pas la seule incriminée),
-       Qu'il faut choisir, comme c'est souvent le cas, entre deux maux. D’une part, nous avons un risque hypothétique de développer un cancer colorectal durant la vieillesse (si on abuse de la charcuterie). D’autre part, nous avons la certitude absolue d'assister à une explosion des cas de botulisme, de listériose et de salmonellose si on interdit l'additif, avec les problèmes de santé, les risques de mortalité et les surcouts de santé publique qui y seraient liés,
-       Que la France est le pays de l’Union Européenne où l’incidence des cancers colorectaux est la plus faible comme le montre le tableau à la fin du document suivant http://info-nitrites.fr/charcuterie-et-cancer-le-debat/.

Image: http://i.huffpost.com/gen/2992434/images/o-SALMONELLOSIS-facebook.jpg

Alors Elise Lucet, puisque ces additifs, selon votre théorie, sont uniquement destinés à maintenir la couleur rose de la viande, et n’a aucun autre intérêt digne d’être mentionné dans une émission « d’information » à une heure de grande écoute sur une chaine de télévision du service public, si on testait la méthode sur vous?

Une dégustation de charcuterie sans nitrite, en direct sur votre plateau, avec toute votre équipe de choc et vos nombreux soutiens?
Ensuite on ferait un suivi médical de tout le groupe, avec étude statistique à l'appui. On pourrait même faire un groupe témoin alimenté à la charcuterie avec nitrites.
On aurait une étude scientifique et publique de l’incidence sur la santé des consommateurs, des bactéries que le non traitement aux nitrites aurait permis de ne pas contrôler.
Ça ne serait pas un super sujet d'émission, ça?

On pourrait même en faire une téléréalité, avec vidéo en direct depuis les toilettes et les urgences de l’hôpital.

Un bel audimat en perspective !!!

Mais je préfère ne pas participer à l'expérience si Elise Lucet n'y voit pas d'inconvénient.

Je ne voudrais pas lui voler la vedette…


lundi 1 février 2016

67- Protection des plantes -5- Du bon usage des pesticides

DU BON USAGE DES PESTICIDES

Un monde sans pesticides de synthèse n’est pas actuellement envisageable, quoi qu’en disent certains, en particulier parce que
-       la population mondiale a augmenté de manière exponentielle ces dernières décennies,
-       les besoins alimentaires ont littéralement explosé,
-       de nombreux problèmes phytosanitaires pouvant gravement affecter la production agricole n’ont pas actuellement d’autre solution efficace,
-       les surfaces agricoles disponibles pour la production d’aliments sont en réduction (urbanisation, désertification, production de biocarburants, production de pesticides biologiques, etc.)
Les pesticides disponibles pour l’agriculture biologique sont toujours plus nombreux et couvrent des besoins toujours plus divers. Ils ne sont cependant pas encore suffisamment nombreux et polyvalents pour répondre à tous les besoins.

Pourtant, comme je vous l’expliquais dans mon dernier article (http://culturagriculture.blogspot.com.es/2016/01/66-protection-des-plantes-4-aux.html), il suffirait de réviser les exigences de l’agriculture biologique, en y acceptant les « pesticides-copies », qui ne sont autres qu’une fabrication synthétique de molécules naturelles, pour couvrir la plupart des lacunes de la pharmacopée biologique.
Mais là, nous entrons dans un domaine hautement politique, ou la logique, la vision à long terme, la réelle considération des problèmes environnementaux et la simple cohérence, passent au second plan face à la recherche du pouvoir et à la manipulation de l’opinion dans un objectif idéologique.

Tout ceci pour vous dire que, dans l’état actuel de l’agriculture, il est tout à fait possible de faire une agriculture conventionnelle, très respectueuse de l’environnement et de la santé.
Mais c’est aussi pour affirmer que les risques liés à l’utilisation des pesticides sont les mêmes pour les produits naturels que pour les produits de synthèse.

Quelques précautions sont nécessaires bien sûr, afin de réduire au maximum l’impact des pesticides utilisés.
Ici encore, ces recommandations sont valables autant pour les pesticides de synthèse que pour les pesticides biologiques. Si un principe actif tue des insectes nuisibles, il est probable qu’il tue également des insectes utiles ou qu’il ait des effets secondaires indésirables, aussi bien s’il est issu de la chimie de synthèse que si c’est un extrait de plantes.
Pour l’utilisation de tous les types de pesticides, certaines précautions sont indispensables pour que leur impact soit minimal.

Alors c'est quoi, des conditions d'utilisation correctes, quand on parle de pesticides ?

Ça concerne plusieurs points essentiels :

La formation du personnel : toutes les personnes devant intervenir seront correctement formées, aussi bien pour les formations obligatoires à la manipulation des produits, que pour l’observation des cultures et la reconnaissance des problèmes phytosanitaires. Il s’agit de l’agriculteur lui-même, son observateur, les tractoristes, magasiniers et autres personnes pouvant avoir un rôle à jouer dans la protection phytosanitaire.

La détermination précise des besoins : grâce à la formation du personnel, la ferme est surveillée selon une routine spécifique aux cultures présentes, afin de déterminer leur état sanitaire et les risques potentiels à tout moment. Pour cela, on utilise tous les moyens disponibles, la surveillance visuelle par comptages, le piégeage de contrôle, le calcul des cycles des cultures et des problèmes phytosanitaires, les avertissements agricoles, les données climatiques. On surveille ainsi tous les risques potentiels, ainsi que l’évolution de la faune utile. Ces contrôles sont mis en relation avec le risque pour la culture, les probabilités d’évolution et les seuils d’intervention disponibles. C’est la systématique qui va permettre à l’agriculteur de prendre la décision d’attendre ou d’intervenir, et de quelle manière.
Piège pour la surveillance de la mouche méditerranéenne des fruits.

Le produit précis : chaque produit a des caractéristiques précises, et peut répondre à une gamme de besoins bien déterminés. Les effets collatéraux non contrôlés sont ceux qui provoquent les vrais problèmes environnementaux. Il est indispensable de toujours utiliser le produit le plus adapté à la situation. Une bonne efficacité du traitement est la meilleure manière de ne pas avoir besoin de le répéter.

Le moment précis : c’est le moment où la solution envisagée aura la meilleure efficacité sur le problème présent. Chaque situation est différente. Appliquer le produit trop tôt lui fait perdre de son efficacité car la cible ne se trouve pas à son moment de sensibilité optimale. De plus, au moins dans le cas des insecticides, attendre permet souvent aux insectes utiles de s’installer et de résoudre le problème sans besoin de traiter. Appliquer le produit trop tard, le met dans une situation pour laquelle il risque d’être insuffisant, donc il faudra, soit le compléter par un autre, soit traiter une deuxième fois. Moins d’efficacité pour un cout économique et environnemental supérieur.

Les conditions climatiques adaptées : on traitera toujours sans vent pour éviter les dérives du produit hors de la culture, sans pluie pour éviter le ruissellement au sol, et avec des conditions de températures adaptées. Il est fréquent en été de devoir traiter de nuit pour éviter les fortes chaleurs qui peuvent sérieusement réduire l’efficacité des applications. Mais il peut être difficile de combiner tous les facteurs de traitement, et les conditions climatiques ne sont pas toujours faciles à respecter.

Le dosage précis : une dose trop faible aura une efficacité insuffisante et peut entrainer le besoin d’une seconde application. De plus, l’utilisation systématique de doses trop faibles peut conduire à l’apparition de souches résistantes (les insectes survivants au traitement s’immunisent progressivement au produit). Une dose trop élevée va résoudre le problème, mais avec un surcout économique et un surcout environnemental élevés, les deux étant néfastes et inutiles.

L'alternance des produits : c’est une règle de base dans l’utilisation des pesticides, chimiques ou biologiques. Il faut alterner les produits, en faisant varier les modes d’action, afin que le problème ciblé ait le moins de risque possible de développer une résistance.

Le respect des conditions d’emploi : chaque produit, avant d’être mis sur le marché, passe par de nombreuses étapes d’études qui permettront de déterminer ses conditions d’emploi, sur chacune des cultures pour lesquelles il sera autorisé. Cela concerne les délais avant la récolte (pour permettre de réduire ou d’éviter le résidu potentiellement présent lors de la consommation), les distances par rapport aux points d’eau, le délai à respecter avant l’entrée de personnes ou d’animaux dans les parcelles traitées, etc.

La qualité du matériel d'application : c’est ce qui va permettre de respecter le dosage précis et le moment précis. C’est donc fondamental. Il s’agit principalement du type de machine et du type de buses. La machine doit être adaptée à la culture. On ne traite pas avec le même matériel un champ de blé, une vigne ou un verger de cerisiers. Mais il s’agit aussi du nombre de machines à avoir sur la ferme pour pouvoir réagir rapidement lors d’un problème, sans qu’il prenne des proportions graves pour cause de sous-équipement, et de lenteur d’intervention.

La qualité des équipements de protection individuelle (EPI) : ce sont les gants, bottes, casques ou masques filtrants, combinaisons de protection ou cabines de tracteurs. Il est indispensable qu’ils soient adaptés et en bon état. Il est aussi indispensable que les personnes qui manipulent ces produits, qui sont les plus exposées, les portent (je le dis car beaucoup d’applicateurs n’aiment pas les porter, et prennent ainsi des risques inutiles). Dans certaines conditions, en particulier en été lorsqu’il fait chaud, ils peuvent être assez inconfortables. Un des points les plus sensibles est le choix et le bon état des filtres respiratoires.

Les précautions lors du stockage des produits  phytosanitaires : chaque ferme doit être équipée d’un local de stockage sûr, de manière à ce que les produits soient à l’abri de la pluie, du froid, de chaleur, bref, de toutes les conditions qui pourraient affecter sa conservation. Le local doit aussi être résistant au feu, équipé d’extincteurs, et doit pouvoir contenir un renversement accidentel. De la même manière, son accès doit être limité aux quelques personnes formées pour la manipulation des pesticides.

Les précautions lors de la préparation de la bouillie phytosanitaire : un point de chargement et de lavage bien réalisé permet de contrôler le risque de pollution des sols et des cours d’eau. L’utilisation d’instruments de mesure adaptés, suffisamment précis et en bon état, permet le juste dosage des produits. De plus, c’est au moment du chargement des cuves que le produit est le plus dangereux, puisque l’emballage est ouvert et le produit est concentré. Il est donc indispensable que toutes les précautions soient prises à ce moment.

La gestion correcte des effluents et des emballages : c’est une partie parfois négligée. C’est pourtant très important car ça évite des conséquences sérieuses environnementales au niveau des points de chargement, et dans l’environnement de la ferme en général. L’inutilisation des emballages et leur recyclage permet d’éviter qu’ils soient réutilisés, par exemple pour le transport d’eau potable ou ne se perdent dans l’environnement.
Ce point de chargement et de lavage a un sol imperméable, récupère tous les effluents pour leur traitement biologique (système Phytobac®), et est équipé de matériel de mesure spécialisé.

Tous ces points se résument à deux points clés dans la bonne gestion des intrants agricoles : la formation, et le contrôle.
Je ne connais pas d’agriculteur qui utilise des pesticides par plaisir.
Les fermes ont désormais intégré dans les routines de suivi des cultures, toutes les observations sanitaires, météorologiques et phénologiques (le stade de développement de la culture, qui influe directement sur sa sensibilité), la présence de maladies et de ravageurs, la présence d’auxiliaires (organismes utiles comme les pollinisateurs et les prédateurs). Ce sont les principaux critères qui vont permettre de prendre la décision d’intervenir ou d’attendre.

Dans les pays développés, ces points sont plus ou moins tous mis en œuvre. En revanche dans les pays en développement, seules les entreprises exportatrices y sont vraiment sensibilisées, par exigences de leurs clients. Il y a encore beaucoup à progresser pour l’utilisation des pesticides y soit bien gérée.

Il est clair que les pesticides sont potentiellement dangereux.

Mais il y a deux phases bien différentes qu’il faut distinguer :

-       La manipulation des pesticides sur la ferme, au cours de laquelle le pesticide arrive concentré pour y être dilué, donc se manipule dans sa phase dangereuse. Dans cette phase, le risque vient de la concentration du produit. C’est l’effet dose, au même titre qu’un excès d’alcool, de café ou de médicaments est dangereux pour la santé.
-       La présence de résidus éventuels sur les aliments, pour laquelle chaque pesticide a fait l’objet d’études extrêmement poussées, préalables à son autorisation d’utilisation. Ces travaux permettent d’affirmer que les risques que les pesticides présentent pour la santé des consommateurs sont extrêmement faibles, pour ne pas dire inexistants. Affirmer le contraire, comme certains n’hésitent pas à le faire, c’est juste affirmer que les autorités compétentes empoisonnent sciemment la population. Une accusation extrêmement grave, et dénuée de tout fondement scientifique.

Mais il est clair qu’un bon usage des pesticides est un facteur clé d’efficacité et de durabilité.