LES ALTERNATIVES AUX PESTICIDES -3- LES
PESTICIDES
Peut-on substituer les pesticides par
d’autres pesticides ?
Non seulement c’est possible, mais c’est
même actuellement la solution la plus fréquemment employée par les agriculteurs
bio et la plus simple pour eux.
Image personnelle
Voyons cela.
Quand on parle de pesticides, la société ne
pense en général qu'aux pesticides de synthèse. On ne parle que rarement des
pesticides autorisés en agriculture biologique, pourtant assez nombreux, et
dont les effets indésirables ne sont pas forcément négligeables. Toxicité pour
les sols, pour les poissons, pour les abeilles, perturbateurs endocriniens, les
conséquences de leur utilisation n’a souvent pas grand-chose à envier aux
pesticides de synthèse. La seule chose fondamentale qui les différencie, c’est
leur origine naturelle et non synthétique.
Beaucoup de gens pensent aussi que
l’agriculture biologique est une manière de réduire le « pouvoir »
des grandes multinationales de l’agrochimie. C’est une grossière erreur,
puisqu’il y a déjà plusieurs années que, sentant le vent tourner, elles ont
massivement investi dans la recherche de solutions biologiques pour la
protection des plantes.
C’est ainsi que l’un des principaux
insecticides bio au monde, et actuellement l’un des pesticides les plus
employés indépendamment de la méthode de culture, est le spinosad (dont la
toxicité sur les abeilles est bien connue et largement documentée), a été
découvert en 1985, puis produit à grande échelle par le géant américain de
l’agrochimie Dow Chemical (désormais également propriétaire de Dupont). La
fabrication de ce pesticide, produit par des bactéries, se fait dans des usines
ultramodernes, bien loin de l’image romantique de la fabrication manuelle des
pesticides à base de décoctions de plantes.
De la même manière, l’extraction des
pyréthrines naturelles utilisées en agriculture biologique se fait à partir
d’une production industrielle intensive en monoculture utilisant des pesticides
de synthèse à grande échelle, également bien loin de la philosophie de
l’agriculture biologique (http://culturagriculture.blogspot.com/2017/04/104-naturel-vs-sinthetique-4-de-la.html).
Bien entendu, il y a aussi un important
travail de fabrication artisanale de pesticides, en général des extraits de
plantes ou des fermentations. Leur efficacité est très variable, car elle
dépend des conditions de fabrication (température, lumière, qualité de l’eau
employée, concentration des plantes en principes actifs, savoir-faire du
préparateur, etc.).
Certains fabricants, en général des
entreprises locales ou nationales, rarement des multinationales, proposent des
produits formulés sur la base de ces mêmes plantes, qui ont l’avantage
d’apporter à l’agriculteur une certaines garantie d’homogénéité et une grande
facilité d’emploi.
Mais je crois que le plus intéressant dans
ce domaine est la recherche, par de nombreuses sociétés, petites ou grandes,
des universités et des instituts de recherche, de solutions alternatives issues
de la nature pour substituer les pesticides synthétiques.
La nature (particulièrement les plantes,
les champignons et les bactéries) ne cesse de nous surprendre par sa grande créativité
dans les solutions qu’elle a développées pour se défendre des agressions
extérieures. (http://culturagriculture.blogspot.com/2015/09/52-lesprit-des-plantes-2-autodefense.html).
La recherche scientifique ne cesse de faire
des découvertes qui montrent d’une part que notre alimentation est très chargée
en toxines naturelles d’une grande diversité, et d’autre part que beaucoup de
ces toxines peuvent avoir des utilisations agricoles intéressantes.
C’est ainsi que plusieurs études (la plus
célèbre est américaine, date de 1999, du professeur Bruce Ames et son équipe,
de l’Université de Berkeley https://toxnet.nlm.nih.gov/cpdb/pdfs/Paracelsus.pdf) ont tenté d’analyser et de quantifier les toxines naturelles présentes
dans notre alimentation.
Les résultats sont très surprenants, et
sont surtout contraires aux idées reçues : nous consommons quotidiennement
environ 10.000 fois plus de toxines naturelles que de résidus de pesticides de
synthèse.
Soit dit en passant, cette étude date d’il
y a 20 ans. Depuis, les techniques de protection des cultures ont évolué, les
molécules ont été modernisées et leurs doses d’utilisation ont été considérablement
réduites.
En me basant sur mes propres analyses de
résidus, que j’ai commencé à faire en 1997, j’estime que les quantités de
résidus présents sur les aliments se sont réduites de 10 à 20 fois depuis cette
époque. Par contre, nos aliments n’ont pas beaucoup évolué et maintiennent très
probablement des niveaux similaires de toxines naturelles.
Ceci nous conduirait, en supposant que mon
estimation soit correcte, à une proportion de 100.000 à 200.000 fois moins de
résidus de pesticides de synthèse que de toxines naturelles absorbées
quotidiennement dans notre alimentation.
Je vous conseille de lire l’article du blog
Projet Utopia sur ce sujet (en français), qui fait une intéressante synthèse
sur ce sujet http://projetutopia.info/poisons-naturels/
Je referme cette parenthèse pour vous dire
que, pour ce qui m’intéresse aujourd’hui, ces études ont surtout l’intérêt de
nous démontrer que le monde végétal recèle un grand nombre de possibilités
d’extraction de molécules naturelles qui pourraient être utilisées en
agriculture, avec des effets fongicide, insecticide, répulsif, nématicide et
même, dans certains cas herbicide.
La même étude de Bruce Ames nous apprend
par exemple qu’une simple tasse de café contient plus de 1000 composés chimiques
et toxines naturels.
Très récemment (la publication date du 1er
février 2019), il a été découvert qu’il existe peut-être une alternative
biologique au très médiatique et très détesté et très controversé glyphosate https://www.nature.com/articles/s41467-019-08476-8 .
Cette molécule, un sucre jusque-là inconnu,
est produite par une bactérie, Synechococcus elongatus, ce qui en fait une
alternative biologique, avec un mode d’action très similaire au glyphosate, qui
serait une garantie de polyvalence et d’efficacité.
Ce serait surtout une vraie solution aux difficultés
de contrôle de l’herbe, un des grands problèmes mal résolus de l’agriculture
biologique.
Vous pouvez lire à ce propos l’article
publié par Futura Science https://www.futura-sciences.com/planete/actualites/plante-herbicide-base-sucre-remplacer-glyphosate-74945/
Reste à savoir si cette molécule corrigera
les « défauts » du glyphosate, et dans combien d’années l’agriculteur
pourra disposer librement de cette nouvelle molécule naturelle.
De nombreux pesticides naturels existent,
basés sur des extraits végétaux pour la plupart : nicotine, pyréthrines
naturelles, huile de neem, fermentation d’ortie, extrait de pépins d’agrumes,
extrait d’ail, extrait de lavande, extrait de feuilles de tomate, extrait de
piment, roténone, extrait de cannelle, huiles végétales, etc.
Certains sont facilement disponibles pour
les agriculteurs, d’autres doivent être fabriqués artisanalement, d’autres
encore font l’objet d’interdictions ou de restrictions pour les problèmes
environnementaux ou sanitaires qu’ils présentent.
Bref, les pesticides biologiques ont un bel
avenir devant eux. Ça reste des pesticides, avec des inconvénients similaires
aux pesticides synthétiques, mais leur origine naturelle fait que leur emploi est
permis aux agriculteurs biologiques, et ne pose pas d’états d’âmes aux fondamentalistes
du bio. La globale méconnaissance de leurs effets secondaires sur la santé et
sur l’environnement non plus.
Ils présentent un gros avantage pour les
agriculteurs : il n’y a pas de changement fondamental dans les techniques
et méthodes de production. Ils peuvent conserver les mêmes habitudes de
travail, en substituant les pesticides synthétiques par leurs équivalents
biologiques.
Le seul bémol actuellement est le manque de solutions
biologiques dans beaucoup de cas. Il est probable que grâce aux énormes
investissements réalisés dans la recherche scientifique dans le monde, les
nouveautés continueront à apparaitre à un rythme rapide.
Nous verrons par la suite que d’autres
techniques peuvent représenter une profonde remise en question des habitudes
des agriculteurs.
L’avenir doit fort logiquement considérer
toutes les techniques disponibles.
Même si de grands progrès sont en cours, je
continue de penser qu’il est très regrettable et dommageable de vouloir priver
l’agriculture, au moins jusqu’à disposer d’alternatives vraies, de solutions
efficaces, actuellement bien connues et peu problématiques si elles sont bien
employées, seulement pour une idéologie qui ne se fonde sur aucune réalité
tangible ni démontrée.
Et ne nous faisons aucune illusion, les
travaux récents ou actuels qui étudient les baisses importantes de populations
d’insectes ou d’oiseaux ne s’amélioreront pas avec l’interdiction des
pesticides de synthèse. Les pesticides naturels auront des effets secondaires très
comparables lorsqu’ils seront employés à très grande échelle. On peut juste
espérer, mais sans preuve pour l’instant, que leur biodégradabilité sera plus
rapide, et encore, pas ceux d’origine minière, incontournables en bio, comme le
soufre ou le cuivre.














