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mercredi 25 octobre 2017

117- Le sol -4- Rendons leur grandeur à nos sols

RENDONS LEUR GRANDEUR À NOS SOLS

Il apparait de plus en plus évident que les sols agricoles sont une ressource mal appréciée par les générations antérieures d’agriculteurs et finalement involontairement, ou plutôt inconsciemment dégradée.


La Révolution Verte, avec ses bonnes intentions, a permis de résoudre une grande partie des problèmes de sécurité alimentaire dans le monde, au moins au niveau de la production.
Mais sa vision réductrice, et la trop grande part accordée aux intrants (pesticides et fertilisants), et les progressions spectaculaires de productivité qui en ont découlé les premières années, ont fait oublier à presque tous, certains fondements de notre belle activité.
Le réveil est brutal, avec des constats parfois dramatiques, des problèmes d’érosion terribles par endroits, des sols qui ont parfois perdu leur structure, une vie du sol réduite ou anéantie, une activité microbienne en berne, bref, des pertes de fertilité qui deviennent criants dans certaines conditions.

Mais rien n’est perdu, la plupart des erreurs sont récupérables, et les expériences les plus anciennes de changement de pratiques culturales montrent qu’il est toujours possible de revenir en arrière et de combiner les besoins de productivité avec le respect des écosystèmes, et surtout la récupération de nos sols.

Je vous propose ce texte, publié au printemps par David R. Montgomery, dans l’édition britannique de la revue digitale The Conversation, sous le titre (parodie du slogan de Donald Trump durant sa campagne électorale) « Make our soil great again ».


Make our soils great again
Rendons leur grandeur à nos sols

Par David R. Montgomery
Professeur de sciences de la Terre et de l’Espace, Université de Washington


« La plupart d’entre nous ne pense pas beaucoup au sol, et encore moins de sa santé. Mais comme le Jour de la Terre approche, il est temps de recommander quelques soins pour la peau à Mère Nature.
Restaurer la fertilité des sols est une des meilleures options dont dispose l’humanité pour faire des progrès sur trois formidables défis : nourrir toute l’humanité, freiner les changements climatiques et préserver la biodiversité.

La généralisation de la mécanisation et l’adoption des fertilisants chimiques et des pesticides a révolutionné l’agriculture. Mais ça a eu des conséquences imprévues sur le sol. Les agriculteurs de par le monde ont déjà dégradé et abandonné un tiers des terres cultivables planétaires. Aux Etats-Unis, nos sols ont déjà perdu environ la moitié de leur contenu en matière organique qui aidait à les rendre fertiles.

Qu’est-ce qui est en jeu si nous n’inversons pas cette tendance ? Les zones de conflits appauvries comme la Syrie, le Liban ou l’Irak sont parmi les sociétés qui vivent avec l’héritage de sols dégradés. Et si le monde continue de perdre des terres arables productives, il sera de plus en plus difficile d’alimenter une population globale en augmentation.

Mais il est possible de restaurer la fertilité des sols, et j’ai beaucoup appris en voyageant autour du monde à la rencontre d’agriculteurs qui ont adopté des pratiques régénératives à une large échelle commerciale ou à une petite échelle de subsistance, en faisant des recherches pour mon nouveau livre «Growing a Revolution : Bringing our soils back to life » (Cultiver une Révolution : ramener nos sols à la vie). De la Pennsylvanie jusqu’aux Dakotas et de l’Afrique à l’Amérique Latine, j’ai vu des preuves convaincantes de comment une nouvelle conception de l’agriculture peut rétablir la santé du sol, et ceci d’une manière remarquablement rapide.

Des ateliers sur les cultures sous couvert végétal, la gestion des adventices et la pratique du non-labour au Ranch Stark à Gainesville, Texas.

Ces agriculteurs ont adopté des pratiques qui favorisent la vie bénéfique du sol. Ils ont arrêté les labours et minimisé les perturbations du sol. Ils ont implanté des cultures de couverture, spécialement des légumineuses, en combinaison avec les cultures commerciales. Et ils ont cessé de semer la même chose au même endroit encore et toujours. Au lieu de ça, ils ont implanté une grande diversité de cultures dans des rotations complexes.
La combinaison de ces techniques favorise la diversité dans la vie microbienne bénéfique du sol qui améliore le cycle des nutriments, augmente la matière organique, améliore la structure du sol, et par là même réduit les pertes par érosion.

Les agriculteurs qui ont implanté les trois techniques ont commencé à régénérer la fertilité du sol et après plusieurs années, ils ont fini par gagner plus d’argent. Les volumes de récolte et la matière organique du sol ont augmenté pendant que leur consommation de carburants, fertilisants et pesticides se réduisait. Leurs champs étaient constamment plus visités par les pollinisateurs – papillons et abeilles – que les fermes conventionnelles environnantes. La réduction de l’emploi des pesticides et le respect des plantes autochtones dans les environs des parcelles se sont traduits par une augmentation des espèces prédatrices qui contrôlent les insectes nuisibles.

Les éleveurs innovateurs m'ont également montré des méthodes qui ont amélioré leur sol. Les vaches dans leurs fermes broutent comme le faisait autrefois le bison, se concentrant sur une petite zone pendant une courte période de temps, suivie d'un long repos. Ce modèle stimule la production de substances sucrées par les racines des plantes. Et ce phénomène nourrit la vie du sol qui, en retour, fournit aux plantes des hormones de croissance et des nutriments minéraux. Laisser paître les vaches permet également d’enrichir la matière organique du sol en dispersant le fumier à travers les champs, plutôt que de le concentrer dans les fosses des parcs de stabulation.


La matière organique du sol est la fondation du réseau alimentaire du sol, et il y a un consensus parmi les scientifiques avec lesquels j’ai pu discuter, pour penser que la matière organique du sol est le meilleur indicateur de la santé du sol. Combien de CO2 pourraient stocker dans le sol les agriculteurs et éleveurs du monde, par des pratiques culturales qui incorporent les résidus de culture et stimulent l’activité microbienne ? Les estimations varient énormément, mais les agriculteurs que j’ai rencontrés ont plus que doublé le contenu en CO2 de leurs sols en une ou deux décennies. Si les agriculteurs du monde entier faisaient cela, ça pourrait aider à compenser partiellement les émissions d’énergies fossiles pour les décennies à venir.

La restauration des sols ne va pas résoudre la faim dans le monde, arrêter le changement climatique, ou éviter des futures pertes de biodiversité. Une seule action ne peut pas résoudre de tels problèmes. Mais les agriculteurs innovateurs que j’ai rencontrés m’ont démontré que l’adoption de la série complète des pratiques de l’agriculture de conservation peut fournir de meilleurs moyens de subsistance et des avantages environnementaux significatifs tant sur les fermes conventionnelles que biologiques.

La restauration de la fertilité des sols agricoles dégradés est l'un des projets d'infrastructure naturelle les plus pressants et les moins reconnus par l'humanité, et portera ses fruits pour les générations à venir. Il est grand temps pour un effort ressemblant à un tir de fusée lunaire afin de restaurer la source de toutes les civilisations prospères:
Notre sol, la peau de la Terre. »

Image :https://www.nrcs.usda.gov/Internet/FSE_MEDIA/nrcs144p2_028580.jpg

dimanche 25 juin 2017

108- Agroécologie -5- (Agriculture urbaine -2-) Le compostage

AGROÉCOLOGIE – LE COMPOSTAGE

Faire son propre compost est un des meilleurs moyens pour réduire les volumes de déchets organiques, tout en préparant un excellent engrais pour les cultures ou le jardin.


En cultures ligneuses il est normal, mais pas généralisé, de broyer le bois issu de la taille pour le laisser sur place, restituant ainsi au sol la majeure partie des éléments minéraux extraits par les plantes. Cette pratique du broyage, avec ou sans enfouissement, se pratique aussi dans beaucoup de cultures annuelles.
Mais certaines situations peuvent exiger que ce broyage ne soit pas réalisé. C'est le cas de certaines maladies, ou des exigences de certains types de mécanisation (comme par exemple la récolte des amandes). Il y a aussi les agriculteurs qui simplement ne veulent pas le faire ou ne sont pas équipés de broyeurs.


Dans ces situations, la pratique la plus habituelle est de sortir le bois de la parcelle à l'aide un gros râteau attelé sur un tracteur, et de le bruler.
C’est une technique économique et rapide, mais le brûlage est un contresens agronomique, énergétique, nutritionnel, environnemental, et même économique, au moins dans les zones à climats tempérés. En effet les bénéfices des apports de matière organique sont nombreux (voir http://culturagriculture.blogspot.com.es/2015/10/54-la-matiere-organique-du-sol.html). Bruler systématiquement cette source de restitution accélère l'appauvrissement du sol agricole et oblige l'agriculteur à acheter des quantités de fertilisants considérablement supérieures à ce dont il aurait besoin en restituant cette matière organique.

Dans les situations où le broyage des restes végétaux sur place n'est pas fait, la meilleure solution est son compostage. Ces restes sont rassemblés sur une aire dégagée, broyés grossièrement, organisés en piles (en tas), mouillés et remués périodiquement.

Le processus est simple, économique, mais requiert une certaine organisation et de la rigueur. Le compostage en pile va passer par une phase thermophile, pendant laquelle la température au cœur du tas peut atteindre 70ºC durant quelques jours, produisant un effet stérilisant par l'élimination de la quasi-totalité des champignons, bactéries et insectes. Même provenant de plantes malades, les restes végétaux compostés se transforment en une source saine et économique de matière organique, donc de fertilisant organique pour les cultures.


Il existe, dans certaines régions des groupes ou entreprises spécialisés dans la récupération des restes strictement végétaux (d’origine urbaine en particulier) pour les acheminer jusqu'aux fermes où les agriculteurs en deviennent propriétaires et en réalisent le compostage pour leur propre usage. Les déchetteries voient les volumes à traiter réduits, les agriculteurs obtiennent un volume de restes végétaux qu'ils sont incapables de produire sur leur ferme, et ils fabriquent leur propre fertilisant organique.
J'ai d'ailleurs un ami et ancien collègue conseiller qui s'est spécialisé dans cette activité, en Provence, en créant la société Terre et Compost. Salut Eric !
Si le compostage est de qualité et les restes végétaux de qualité suffisante, le compost obtenu peut même obtenir le label bio (mais ça dépend principalement de la législation nationale).

Le compostage est une technique très ancienne, simple, économique et écologique pour disposer de matière organique de bonne qualité sur la ferme.

J’ai trouvé un intéressant article sur ce sujet sur une page Facebook francophone (Québécoise, donc de la partie francophone du Canada), hautement recommandable à tous ceux qui s’intéressent aux sols, Sols Vivants Québec  (https://www.facebook.com/groups/1643973612487835/?ref=group_header). Vous y trouverez beaucoup d’informations, avec une dose de science, une dose d’expériences vécues et une bonne dose d’idéologie et de militantisme. Chacun pourra y trouver son compte. Je ne suis pas toujours d’accord avec les idées, mais ça ne retire rien à l’intérêt de la majorité des publications.


Le texte suivant a été publié sur Agronouvelles.com, le blog de l’Ordre des Agronomes du Québec http://www.agronouvelles.com/2017/06/le-compostage-domestique-passion-volonte-et-connaissances-techniques-requises/


« Le compostage domestique : passion, volonté et connaissances techniques requises.

Le compostage est un domaine fascinant qui se pratique à grande, à moyenne et à petite échelle et qui s’adresse tant aux industriels, aux producteurs agricoles qu’aux jardiniers amateurs. Bref, à tous ceux qui s’intéressent  à l’environnement, à l’agriculture ou à l’horticulture.

Si l’agriculture urbaine suscite un intérêt croissant, le compostage domestique fait toujours et encore partie des outils qui sont à la disposition de l’horticulteur urbain, depuis longtemps comme un mode de production d’une matière vivante (le compost), et plus récemment, dans une perspective environnementale, comme un mode de gestion écologique pour certains résidus qu’il génère à la maison.

Ce faisant, le transport de ces matières organiques et tous les inconvénients et les impacts qu’il entraine sont ainsi minimisés. En utilisant le compost chez soi, on retourne au sol la matière organique et les éléments nutritifs essentiels à la croissance des plantes. En dépit de ces nobles objectifs, il faut de la passion horticole, des  convictions environnementales, un brin de volonté, et un minimum de temps et de connaissances techniques pour faire du compostage domestique une aventure pérenne.

Le compostage c’est quoi?

On allègue souvent que le compostage est un procédé naturel. Malgré les similitudes que l’on voit entre le compostage en pile et les processus de décomposition observés en nature, force est de constater que l’empilement sur plusieurs pieds d’épaisseur de matières organiques de diverses origines que l’on dispose sur une surface restreinte ou dans une enceinte close  ne se produit pas en nature.


Le compostage devrait donc être vu comme un procédé que l’on contrôle et qui se distingue d’un amas au champ ou d’un empilement de résidus organiques qu’on laisse se décomposer et qui finit, au fil des mois et des ans, par se transformer en une matière qui ressemble à la terre noire.

Dans les ouvrages spécialisés comme les normes et les guides, le compostage est synonyme de « procédé dirigé de bio-oxydation d’un substrat organique solide incluant une phase thermophile ». Cette définition sous-entend le maintien de conditions aérobies au sein de la masse et l’atteinte de températures thermophiles (correspondant à des Tº > 45ºC) dans l’ensemble de la masse. Cette notion d’atteinte de températures élevées est importante, notamment pour le compostage à grande échelle, car elle permet d’obtenir un effet d’hygiénisation. Grâce aux températures élevées, le procédé de compostage permet de réduire la teneur en micro-organismes pathogènes et la destruction des graines de mauvaises herbes, réduisant ainsi les risques de contamination et de dissémination. Le terme compost devrait désigner, en toute logique, le produit issu du compostage, c’est-à-dire une matière stabilisée, hygiénisée et désodorisée qui est bénéfique à la croissance des végétaux.

Faut-il en déduire que le compost provenant d’un compostage domestique sans élévation de température n’est pas de qualité? Absolument pas! En suivant les règles de l’art, on parvient à produire un compost de bonne qualité; encore faut-il, à l’instar de la fabrication de vins ou de bières à la maison, prendre la peine de s’instruire, car il y a une limite à pouvoir concilier facilité et qualité lorsque les processus en cause sont complexes.

Le compostage à petite échelle

Le compostage à différentes échelles et l’utilisation de composts ont fait l’objet de nombreux ouvrages et publications. Chez nous [au Québec], le récent livre intitulé « Le compost : Pourquoi? Comment? » de l’agronome Lili Michaud aborde le sujet de façon claire et détaillée et fournit une mine d’informations utiles, voire essentielles, pour celui qui s’intéresse notamment au compostage domestique. Inutile donc de reprendre ici des informations déjà amplement traitées.

Quelle que soit l’échelle à laquelle on pratique le compostage, les processus qui impliquent le travail de micro-organismes sont les mêmes et le but du composteur demeure la satisfaction des exigences des micro-organismes pour que le travail soit adéquatement réalisé. Si les micro-organismes se fichent de la taille des opérations, ils ont besoin d’un bon environnement (humidité, oxygène) et de nourriture (carbone, azote) pour faire leur travail et survivre dans la jungle microbienne.


Le choix de résidus de qualité est crucial et ceci est d’autant plus vrai en l’absence de températures élevées. Ce mode de transformation « froid » exige un minimum de vigilance. Par exemple, les matières pouvant contenir des agents pathogènes (excréments d’animaux, plantes malades) et les plantes considérées comme de mauvaises herbes (à rhizomes ou en graines) sont à éviter.

De plus, et toujours pour des raisons de qualité, les matières pouvant contenir des métaux ou des composés non biologiquement dégradables (ex. : résidus de pesticides, cendres de bois traité, matières plastiques), ou les matières générant des odeurs désagréables (pour vous ou vos voisins) comme les poissons, les viandes et les crustacés sont aussi à éviter pour des opérations à petite échelle. Finalement, certaines matières peuvent être mises au compostage, mais en faibles quantités  (coquilles d’œufs, gazon frais humide, cendres).


Le compost est avant tout un amendement organique pour les sols et il s’utilise avantageusement d’abord  comme source de matière organique qui, en se décomposant dans le sol, apportera les éléments nutritifs essentiels à la croissance des plantes. La qualité des composts est un domaine complexe, tant par la multitude des paramètres à prendre en considération que par la complexité des processus en cause, de la fabrication du compost jusqu’à son utilisation.

Un professeur grisonnant disait un jour à un jeune agronome : « Sachez qu’il faut plus qu’un thermomètre pour faire du compostage ». À mon tour de dire : «Il faut plus qu’un pH-mètre pour évaluer la qualité du compost ».

Teneur en matière organique, humus, capacité de rétention en eau, ratio C/N, azote, phosphore, potassium, oligo-éléments, pH, maturité, éléments traces métalliques et agents pathogènes ne sont que quelques exemples de la terminologie associée à la notion de qualité des composts.

Ces paramètres sont importants pour ceux dont le travail est d’assurer une bonne croissance des végétaux tout en préservant la qualité des sols et de l’environnement.
Bienvenue dans les plates-bandes des agronomes!


Agronome depuis 1982, Denis Potvin [l’auteur de l’article] est spécialisé dans le domaine de la gestion des biomasses et des matières résiduelles fertilisantes de diverses origines, notamment par compostage. Il a joint l’Institut de recherche et de développement en agroenvironnement (IRDA) en 2012 à titre de chargé de projets en valorisation des biomasses. Denis Potvin travaille maintenant comme agent de transfert de technologies tout en continuant de s’impliquer dans la réalisation de projets qui mettent son expertise à profit. »


Si vous souhaitez réaliser votre propre compost, informez-vous bien sur le processus. C’est simple, mais il y a quelques règles à respecter.
Vous trouverez de nombreux liens utiles, par exemple en tapant sur votre moteur de recherche « fabriquer son propre compost ».

Au travail !

  

vendredi 8 avril 2016

54- La matière organique du sol



LA MATIÈRE ORGANIQUE DU SOL

Début septembre, pour des besoins professionnels, j’ai dû préparer un document technique, pour l’inclure dans un dossier présenté à l’administration andalouse. Il s’agit d’une explication simple de la justification du broyage du bois dans des vergers de tous types, afin que le fonctionnaire assigné, qui n’est pas forcément un agronome, comprenne facilement les motivations techniques et environnementales. Ça m’a paru une excellente base pour rédiger cet article du blog.

Les plantes s’alimentent du sol, sous forme d’éléments nutritifs libérés dans la solution du sol, c’est-à-dire dans l’eau disponible pour les plantes. Ces éléments, constitutifs des plantes, son l’azote, le potassium, le phosphore, le calcium, le soufre, le magnésium, et de nombreux oligo-éléments, en général des métaux. Seules quelques plantes peuvent extraire l’azote de l’air, les légumineuses, et d’autres comme les orchidées extraient la quasi-totalité de leurs aliments de l’air (c’est pour ça qu’il ne faut jamais couper les racines aériennes des orchidées, sinon elles meurent).
Les éléments nutritionnels naturellement disponibles (c’est-à-dire sans compter les apports de fertilisants chimiques et biologiques) pour la plante dans le sol, proviennent dans leur grande majorité de la décomposition de la matière organique.
La matière organique, elle, provient du cycle de vie des plantes qui vivent sur place. Dans une forêt naturelle, les plantes ou parties de plantes qui meurent, tombent au sol, et commence alors un long processus de décomposition qui débouchera sur les mêmes éléments, à nouveau mis à disposition des plantes du lieu. Une forêt naturelle sans nettoyage, ni exploitation, ni entretien humain, n’a pas besoin de fertilisation, bien qu’elle produise une énorme quantité de matériel végétal, sous forme de pousses, de bois, de feuilles et de fruits de tous les types présents.
Ce qui est produit provient de ce qu’absorbent les plantes.
Ce qu’absorbent les plantes provient de la décomposition des organismes, végétaux et animaux qui vivent et meurent sur place.
Ce qui meurt sur place, sauf quelques animaux et microorganismes qui peuvent venir de l’extérieur, provient de plantes et animaux autochtones.
C’est le cycle de la vie. Rien ne se crée ni ne disparait, ou presque, au moins dans ce lieu précis.

Le bois est formé par une structure spécifique et dure, qui lui confère sa rigidité et sa résistance, la lignine. C’est un problème dans le processus de décomposition car, à part des animaux comme les rongeurs ou certains insectes, seuls les champignons peuvent l’attaquer. Ceux-ci s’installent sur le bois mort, et y déroulent leur cycle en s’alimentant de la lignine. Ces champignons, spécifiques pour cette fonction, ont besoin de beaucoup d’humidité, d’air et de lumière pour vivre. Ils se maintiennent en surface du sol, dans les premiers centimètres (de 0 à 10 centimètres de profondeur à peu près). C’est la raison pour laquelle les bateaux coulés, ou les restes de bois enterrés sous plusieurs mètres de terre, peuvent être découverts en très bon état de conservation après plusieurs siècles. Les champignons, incapables de vivre dans ces conditions de manque d’air et/ou de lumière, ne se développent pas et n’attaquent pas le bois. Pour cette même raison, une ville comme Venise, dont les édifices reposent sur des poteaux de bois, est toujours debout bien qu’elle soit sur une grande lagune, baignée par l’eau en permanence.
Une fois décomposée la lignine, la matière organique va pouvoir commencer son processus d’humification (transformation en humus), avec la participation active d’un grand nombre d’organismes vivants du sol, en particulier les bactéries et les lombrics. C’est un processus aérobie, donc qui ne peut se dérouler qu’en présence d’une quantité suffisante d’air, donc seulement dans les couches superficielles du sol (de 0 à 40 centimètres environ).

En agriculture, nous extrayons les récoltes pour la production d’aliments, de paille, de bois, de fibres textiles ou de matériaux pour biomasse ou pour l’industrie. Le résultat, c’est que peu à peu, le sol s’appauvrit si les extractions ne sont pas totalement restituées.
Pour maintenir le sol dans son même état de fertilité, il est indispensable de compenser ces extractions par des apports de fertilisants. Ceux-ci compensent seulement la perte d’éléments nutritifs, pas la perte de matière organique ni la fertilité.
La fertilité du sol doit être maintenue à long terme par des apports de matière organique, de manière à compenser les extractions qui tendent à appauvrir le sol, non seulement en termes de fertilité, mais aussi en termes de vie du sol.

Sur les cultures ligneuses (les arbres et les arbustes), la taille consiste en une sélection des organes productifs pour améliorer la qualité de production. Le bois éliminé peut être recyclé (biomasse, compost, cellulose, bois de chauffage, etc.), brûlé ou restitué au sol.
Le bois envoyé au recyclage peut présenter un intérêt économique, puisqu’en général il est vendu, ou en tire un bénéfice d’un autre ordre.


Un tracteur équipé d'un broyeur, c'est le moyen le plus habituel pour tirer parti du bois de taille, en été comme en hiver.

Le brûlage doit être réservé à des cas très peu communs de problèmes phytosanitaires graves, puisque c’est une perte pure et dure, avec des effets polluants, accompagnés de la destruction, par le feu et la chaleur, de la vie superficielle du sol. Beaucoup d’agriculteurs sont très réticents à laisser le bois broyé, d peur de propager des maladies. Pourtant il faut indiquer qu’il existe une alternative au brûlage, le compostage, puisque, au cours de son processus naturel, la température peut atteindre 70 degrés durant de nombreuses heures, ce qui est un excellent stérilisant qui élimine bactéries, champignons, insectes, et même les semences de mauvaises herbes.


Le broyage représente la manière la plus efficace pour combiner les exigences de l’agriculture (pouvoir marcher et circuler dans le verger), avec le comportement naturel du cycle du bois dans une forêt. C’est un processus, pour utiliser un mot très à la mode, totalement durable.
Au cas où on extrait ou on brûle le bois de taille, il faut compenser ces extractions par des apports de fertilisants. Pourtant, les engrais sans matière organique (chimiques ou biologiques) compensent uniquement l’extraction des éléments, mais ne sont pas capables d’entretenir l’activité de la vie du sol. Peu à peu, le sol perd sa structure et sa fertilité. Les conditions de culture sont toujours plus difficiles, et les résultats productifs de pire en pire. Il est indispensable d’apporter de la matière organique d’une manière ou d’une autre, par exemple sous forme de compost ou de fumier composté.
Les extractions d’éléments nutritifs que représente une récolte sont en général très limitées, et faciles à compenser grâce à une fertilisation modérée. Si on y ajoute les extractions du bois, ce sont des quantités infiniment plus élevées. C’est là qu’apparait le vrai risque de destruction de la structure du sol, de perte de fertilité, et de pollution environnementale à cause des quantités d’engrais à apporter.  
Après la taille d'hiver, marcher ou circuler peut être un problème.

Maintenir ou enrichir le sol en matière organique présente des avantages agronomiques importants :
-       La vie du sol est beaucoup plus importante et active, ce qui favorise sa fertilité, son aération et sa capacité à stocker l’eau de pluie ou d’irrigation.
-       La matière organique joue un rôle fondamental dans le complexe argilo-humique, c’est-à-dire sur la capacité d’échange des éléments nutritifs pour la plante. L’efficacité de la nutrition végétale en dépend directement.
-       En vergers, et combinée avec une couverture végétale, c’est-à-dire avec la présence d’herbe entre les rangées d’arbres, cette technique favorise la multiplication des lombrics, favorise le drainage et limite son compactage.
-       Dans beaucoup de cas, le bénéfice le plus visuel est une augmentation de l’homogénéité des cultures, qui se traduit par une augmentation de la productivité, sans besoin d’augmenter les apports de fertilisants ni d’eau d’irrigation. Les irrégularités naturelles de la texture du sol, combinées avec le travail de l’agriculteur, font qu’une plantation, homogène au départ, se transforme en hétérogène avec le temps, avec des arbres puissants et productifs, et d’autres plus faibles et peu productifs. Gagner en homogénéité, c’est faire en sorte que les arbres soient tous puissants et productifs.
Là ce n'est plus un problème.

Les bénéfices environnementaux d’une bonne gestion de la matière organique sont encore plus nombreux :
-       Une vie active importante du sol favorise la biodiversité. Par exemple, l’augmentation des populations de lombrics favorise les populations de taupes et d’oiseaux qui s’en nourrissent, ce qui favorise la multiplication des serpents et des oiseaux prédateurs, etc.
-       L’augmentation de la fertilité naturelle du sol permet de réduire la consommation de fertilisants, puisqu’une grande partie des besoins des cultures sont fournies naturellement par le sol lui-même.
-       L’amélioration de l’aération du sol permet une meilleure pénétration de l’eau de pluie, et une réduction des besoins en eau d’irrigation.
-       L’amélioration de l’aération du sol permet aussi un meilleur drainage, ce qui réduit le risque d’asphyxie des cultures, ainsi que les pertes d’eau de pluie par écoulement de surface, et améliore les possibilités de recharge des nappes phréatiques.
-       Comme dans le cas de la technique de semis direct pour les cultures annuelles, le fait de maintenir le sol sans labour, avec les restes de taille broyés en surface, surtout si c’est combiné avec une couverture végétale, réduit beaucoup la perte de sol agricole par l’érosion due à la pluie te au vent.
-       L’amélioration de l’homogénéité des parcelles de culture permet une meilleure productivité. Au niveau local, c’est un meilleur revenu pour l’agriculteur. Au niveau global, c’est une garantie de pouvoir continuer à croitre en productivité, c’est-à-dire à produire plus, sans besoin de conquérir de nouvelles terres, pour faire face à l’augmentation de la population mondiale. C’est un avantage environnemental évident, bien que difficile à apprécier localement.
-       Le non-labour réduit nettement la libération de CO2 à l’atmosphère, ce qui participe directement à la lutte con le réchauffement climatique.
-       Il existe un effet, peu connu des agriculteurs eux-mêmes, mais potentiellement très important, qui est l’amélioration de la capacité de la plante à s’auto-défendre en raison de la richesse du sol en microorganismes bénéfiques. Ce point demande un article à lui seul.
-       Pour terminer, il est démontré qu’une vie microbienne plus active du sol améliore beaucoup sa capacité à décomposer les résidus de pesticides, chimiques et biologiques, réduisant le risque de pollution des eaux souterraines.
Au printemps suivant, l'herbe a poussé et on ne voit plus le bois de taille. Pourtant il est sur le sol.

Le broyage du bois de taille pour sa restitution au sol est une pratique totalement durable, puisqu’elle participe activement au maintien de la fertilité du sol, à sa conservation, à sa capacité de drainage et à sa capacité à produire, sur le long terme, des récoltes importantes en quantité et en qualité. Dans les cas de sols dégradés ou très pauvres en matière organique, des apports extérieurs en forme de compost sont indispensables pour leur rendre une vie active suffisante. C’est un processus long qui peut demander plusieurs années.
Mais attention, pour être efficace, un enrichissement en matière organique demande de très grosses quantités. Un exemple :
Pour augmenter le pourcentage en matière organique de 1%, sur les 30 centimètres superficiels du sol, il faut prendre en compte que 30 centimètres de sol sont 300 litres de terre par mètre carré, ou 450 kilos, et qu’un compost contient en général autour de 40% de matière organique.
Donc pour un potager de 100 m2, il faudra apporter plus de 1 tonne de compost de bonne qualité, et un agriculteur devra prévoir plus de 100 tonnes par hectare.
Ce petit calcul abrégé est destiné à vous faire comprendre que la restitution annuelle des restes végétaux est une technique facile, économique et très efficace pour maintenir un sol dans de bonnes conditions. Il est intéressant, spécialement pour le jardinier, de faire son propre compost avec tous les restes végétaux qu’il génère, par exemple en provenance des plantes décoratives, de taille de haies, de restes de fruits et légumes abimés ou d’épluchures, de gazon tondu. C’est facile, ça ne sent pas mauvais et c’est un complément nutritionnel excellent. Ça exige juste d’être retourné de temps en temps, et d’être maintenu humide. Je vais préparer un article sur le compostage.
Ce calcul est aussi pour vous prévenir que les engrais organiques habituels sont trompeurs. C’est une bonne source nutritionnelle, mais pas un enrichissement du sol. Pour ça, il faudrait en apporter des quantités gigantesques.


A la fin d'un été très sec, l'herbe a séché, mélangée avec les restes de bois de taille broyés, formant une bonne couche de matière organique, prête à être décomposée quand arriveront les premières pluies d'automne. L'herbe germera de nouveau, et au printemps prochain, nous aurons de nouveau une couverture végétale verte, fine et très active.
Sans plantes, il n’y aurait pas de vie sur la Terre, mais sans sols fertiles, les plantes ne pousseraient pas.
Le sol, c’est la vie des plantes, donc celle des humains. Plus simplement, le sol c’est la vie. Nous devons en prendre soin, autant si nous sommes agriculteurs, que jardinier, ou simple propriétaire d’un jardin.
Pour en prendre soin, il faut d’abord le connaitre, et comprendre les processus très complexes qui se déroulent de manière permanente sous nos pieds, et en silence. Nous n’y faisons pas attention. Pourtant notre vie en dépend.