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jeudi 28 février 2019

143- Les alternatives aux pesticides -3- Les pesticides


LES ALTERNATIVES AUX PESTICIDES -3- LES PESTICIDES

Peut-on substituer les pesticides par d’autres pesticides ?
Non seulement c’est possible, mais c’est même actuellement la solution la plus fréquemment employée par les agriculteurs bio et la plus simple pour eux.

Image personnelle

Voyons cela.

Quand on parle de pesticides, la société ne pense en général qu'aux pesticides de synthèse. On ne parle que rarement des pesticides autorisés en agriculture biologique, pourtant assez nombreux, et dont les effets indésirables ne sont pas forcément négligeables. Toxicité pour les sols, pour les poissons, pour les abeilles, perturbateurs endocriniens, les conséquences de leur utilisation n’a souvent pas grand-chose à envier aux pesticides de synthèse. La seule chose fondamentale qui les différencie, c’est leur origine naturelle et non synthétique.

Beaucoup de gens pensent aussi que l’agriculture biologique est une manière de réduire le « pouvoir » des grandes multinationales de l’agrochimie. C’est une grossière erreur, puisqu’il y a déjà plusieurs années que, sentant le vent tourner, elles ont massivement investi dans la recherche de solutions biologiques pour la protection des plantes.
C’est ainsi que l’un des principaux insecticides bio au monde, et actuellement l’un des pesticides les plus employés indépendamment de la méthode de culture, est le spinosad (dont la toxicité sur les abeilles est bien connue et largement documentée), a été découvert en 1985, puis produit à grande échelle par le géant américain de l’agrochimie Dow Chemical (désormais également propriétaire de Dupont). La fabrication de ce pesticide, produit par des bactéries, se fait dans des usines ultramodernes, bien loin de l’image romantique de la fabrication manuelle des pesticides à base de décoctions de plantes.
De la même manière, l’extraction des pyréthrines naturelles utilisées en agriculture biologique se fait à partir d’une production industrielle intensive en monoculture utilisant des pesticides de synthèse à grande échelle, également bien loin de la philosophie de l’agriculture biologique (http://culturagriculture.blogspot.com/2017/04/104-naturel-vs-sinthetique-4-de-la.html).


Bien entendu, il y a aussi un important travail de fabrication artisanale de pesticides, en général des extraits de plantes ou des fermentations. Leur efficacité est très variable, car elle dépend des conditions de fabrication (température, lumière, qualité de l’eau employée, concentration des plantes en principes actifs, savoir-faire du préparateur, etc.).
Certains fabricants, en général des entreprises locales ou nationales, rarement des multinationales, proposent des produits formulés sur la base de ces mêmes plantes, qui ont l’avantage d’apporter à l’agriculteur une certaines garantie d’homogénéité et une grande facilité d’emploi.

Mais je crois que le plus intéressant dans ce domaine est la recherche, par de nombreuses sociétés, petites ou grandes, des universités et des instituts de recherche, de solutions alternatives issues de la nature pour substituer les pesticides synthétiques.

La nature (particulièrement les plantes, les champignons et les bactéries) ne cesse de nous surprendre par sa grande créativité dans les solutions qu’elle a développées pour se défendre des agressions extérieures. (http://culturagriculture.blogspot.com/2015/09/52-lesprit-des-plantes-2-autodefense.html).
La recherche scientifique ne cesse de faire des découvertes qui montrent d’une part que notre alimentation est très chargée en toxines naturelles d’une grande diversité, et d’autre part que beaucoup de ces toxines peuvent avoir des utilisations agricoles intéressantes.


C’est ainsi que plusieurs études (la plus célèbre est américaine, date de 1999, du professeur Bruce Ames et son équipe, de l’Université de Berkeley https://toxnet.nlm.nih.gov/cpdb/pdfs/Paracelsus.pdf) ont tenté d’analyser et de quantifier les toxines naturelles présentes dans notre alimentation.
Les résultats sont très surprenants, et sont surtout contraires aux idées reçues : nous consommons quotidiennement environ 10.000 fois plus de toxines naturelles que de résidus de pesticides de synthèse.
Soit dit en passant, cette étude date d’il y a 20 ans. Depuis, les techniques de protection des cultures ont évolué, les molécules ont été modernisées et leurs doses d’utilisation ont été considérablement réduites.
En me basant sur mes propres analyses de résidus, que j’ai commencé à faire en 1997, j’estime que les quantités de résidus présents sur les aliments se sont réduites de 10 à 20 fois depuis cette époque. Par contre, nos aliments n’ont pas beaucoup évolué et maintiennent très probablement des niveaux similaires de toxines naturelles.
Ceci nous conduirait, en supposant que mon estimation soit correcte, à une proportion de 100.000 à 200.000 fois moins de résidus de pesticides de synthèse que de toxines naturelles absorbées quotidiennement dans notre alimentation.
Je vous conseille de lire l’article du blog Projet Utopia sur ce sujet (en français), qui fait une intéressante synthèse sur ce sujet http://projetutopia.info/poisons-naturels/

Je referme cette parenthèse pour vous dire que, pour ce qui m’intéresse aujourd’hui, ces études ont surtout l’intérêt de nous démontrer que le monde végétal recèle un grand nombre de possibilités d’extraction de molécules naturelles qui pourraient être utilisées en agriculture, avec des effets fongicide, insecticide, répulsif, nématicide et même, dans certains cas herbicide.
La même étude de Bruce Ames nous apprend par exemple qu’une simple tasse de café contient plus de 1000 composés chimiques et toxines naturels.


Très récemment (la publication date du 1er février 2019), il a été découvert qu’il existe peut-être une alternative biologique au très médiatique et très détesté et très controversé glyphosate https://www.nature.com/articles/s41467-019-08476-8 .
Cette molécule, un sucre jusque-là inconnu, est produite par une bactérie, Synechococcus elongatus, ce qui en fait une alternative biologique, avec un mode d’action très similaire au glyphosate, qui serait une garantie de polyvalence et d’efficacité.
Ce serait surtout une vraie solution aux difficultés de contrôle de l’herbe, un des grands problèmes mal résolus de l’agriculture biologique.
Vous pouvez lire à ce propos l’article publié par Futura Science https://www.futura-sciences.com/planete/actualites/plante-herbicide-base-sucre-remplacer-glyphosate-74945/

Reste à savoir si cette molécule corrigera les « défauts » du glyphosate, et dans combien d’années l’agriculteur pourra disposer librement de cette nouvelle molécule naturelle.

De nombreux pesticides naturels existent, basés sur des extraits végétaux pour la plupart : nicotine, pyréthrines naturelles, huile de neem, fermentation d’ortie, extrait de pépins d’agrumes, extrait d’ail, extrait de lavande, extrait de feuilles de tomate, extrait de piment, roténone, extrait de cannelle, huiles végétales, etc.
Certains sont facilement disponibles pour les agriculteurs, d’autres doivent être fabriqués artisanalement, d’autres encore font l’objet d’interdictions ou de restrictions pour les problèmes environnementaux ou sanitaires qu’ils présentent.


Bref, les pesticides biologiques ont un bel avenir devant eux. Ça reste des pesticides, avec des inconvénients similaires aux pesticides synthétiques, mais leur origine naturelle fait que leur emploi est permis aux agriculteurs biologiques, et ne pose pas d’états d’âmes aux fondamentalistes du bio. La globale méconnaissance de leurs effets secondaires sur la santé et sur l’environnement non plus.
Ils présentent un gros avantage pour les agriculteurs : il n’y a pas de changement fondamental dans les techniques et méthodes de production. Ils peuvent conserver les mêmes habitudes de travail, en substituant les pesticides synthétiques par leurs équivalents biologiques.

Le seul bémol  actuellement est le manque de solutions biologiques dans beaucoup de cas. Il est probable que grâce aux énormes investissements réalisés dans la recherche scientifique dans le monde, les nouveautés continueront à apparaitre à un rythme rapide.

Nous verrons par la suite que d’autres techniques peuvent représenter une profonde remise en question des habitudes des agriculteurs.
L’avenir doit fort logiquement considérer toutes les techniques disponibles.

Même si de grands progrès sont en cours, je continue de penser qu’il est très regrettable et dommageable de vouloir priver l’agriculture, au moins jusqu’à disposer d’alternatives vraies, de solutions efficaces, actuellement bien connues et peu problématiques si elles sont bien employées, seulement pour une idéologie qui ne se fonde sur aucune réalité tangible ni démontrée.

Et ne nous faisons aucune illusion, les travaux récents ou actuels qui étudient les baisses importantes de populations d’insectes ou d’oiseaux ne s’amélioreront pas avec l’interdiction des pesticides de synthèse. Les pesticides naturels auront des effets secondaires très comparables lorsqu’ils seront employés à très grande échelle. On peut juste espérer, mais sans preuve pour l’instant, que leur biodégradabilité sera plus rapide, et encore, pas ceux d’origine minière, incontournables en bio, comme le soufre ou le cuivre.


dimanche 27 mai 2018

131- Agroécologie -8- Un monde sans pétrole

AGROÉCOLOGIE – UN MONDE SANS PÉTROLE

Il y aura bientôt 50 ans, depuis l’époque du premier grand choc pétrolier de 1973, qu’on nous répète inlassablement que les réserves pétrolières mondiales seront épuisées dans 50 ans. En 1972, alors que cette grave crise se profile depuis un an, le Club de Rome, avec l’aide d’un groupe de chercheurs du MIT, avait même prévu un épuisement des réserves pétrolières une vingtaine d’années plus tard, dans la publication « The limits of growth » (Les limites de la croissance) https://www.clubofrome.org/report/the-limits-to-growth/.
Ça finira bien par arriver, c’est certain, bien que personne ne soit capable de nous prédire sérieusement quand ça se produira. Il ne faut pourtant pas être devin pour comprendre qu’une ressource minière qui s’extrait et se consomme à ce rythme, a forcément une espérance de vie courte.
C’est ce qui se produira à la fin de l’ère pétrolière qui m’intéresse aujourd’hui.


Le pétrole est la base d’une incroyable et très diverse activité industrielle et économique, la chimie, la pharmacie, l’agrochimie, le textile, les plastiques, les colles, les peintures, les transports, les lubrifiants, les carburants et tous leurs produits dérivés comme la paraffine par exemple. Cette immense activité s’arrêtera alors, au moins dans sa forme actuelle. Le pétrole est, aujourd’hui, la matière première phare de l’ensemble de l’activité humaine.
Face à cette place prépondérante, une énorme activité de recherche s’est mise en place, depuis plusieurs décades, afin de trouver des matières premières de substitution pour toutes ces activités et productions.
Le très fertile génie humain a d’ailleurs déjà trouvé des solutions de remplacement pour beaucoup de choses. C’est souvent le prix, la résistance ou la difficulté d’approvisionnement qui rend complexe leur généralisation, comme on le constate par exemple pour les plastiques agricoles d’origine végétale. A ces difficultés techniques ou économiques, s’ajoute la résistance des industries actuelles qui, parfois, freinent autant qu’elles peuvent certaines solutions susceptibles de leur faire de la concurrence.
Remplacer une matière première aussi polyvalente et économique n’est pas facile, d’autant que le pétrole a façonné en 150 ans, un modèle économique et industriel dont l’adaptation est complexe.

Pour faire simple, on peut dire que les substituts du pétrole sont l’huile, la cellulose et les fibres. Ces trois éléments essentiels destinés à remplacer le pétrole sont tous issus de la production végétale et animale.


L’avenir du l’humanité passe donc par l’agriculture. Ce n’est un secret pour personne en ce qui concerne les aliments. Mais il est probable que peu de gens en sont conscients en ce qui concerne l’industrie chimique, le textile, les plastiques, beaucoup de matériaux modernes ou pour les carburants.
Bref, l’avenir des activités humaines dépend de l’agriculture.


La fin du pétrole bouleversera profondément l’équilibre géopolitique de la planète, et les pays puissants seront alors ceux qui auront su préserver leurs capacités productives en agriculture, que ce soit par la préservation des surfaces agricoles, par le maintien de la fertilité des sols, ou par la quantité et la qualité des ressources en eau douce disponibles pour l’agriculture.

C’est là que l’agroécologie entre en jeu, non pas à travers les idéologies qui y sont reliées, mais à travers son développement par choix politique, et surtout par sa pratique quotidienne par les agriculteurs, et dans la diversité de ses multiples facettes.
Des grands pays céréaliers comme l’Ukraine, seront-ils toujours en mesure de produire autant sans une évolution vers des pratiques qui préservent mieux les ressources?
Le fréquent refus actuel de création de retenues d’eau pour des raisons écologiques ou politiques ne se transformera-t-il pas en un grave problème agroécologique?


Les pays doivent développer leur potentiel agricole avec une vision à long terme, sur la base d’une agriculture de conservation, capable de produire beaucoup tout en préservant les ressources fondamentales que sont la biodiversité, le sol et l’eau.

L’agriculture industrielle n’est en mal en soi. Produire à grande échelle a ses avantages en termes de qualité des structures, de respect des protocoles et des normes, et de puissance d’investissement, ainsi que de mise à disposition des produits. Mais elle doit être clairement encadrée et contrôlée afin d’en éviter les risques de dérives sociales et environnementales.

L’agriculture biologique, dans ces versions actuelles, n’aura, à mon avis, pas la possibilité de subvenir à tous les besoins de l’humanité dans la perspective de la disparition de l’actuelle principale matière première.
L’actuelle mise en avant comme un modèle à suivre et comme l’avenir du monde de la permaculture, tient plus du besoin de se rassurer d’une classe sociale intellectuelle, plutôt favorisée et urbaine, largement déconnectée des réalités, que d’une vision clairvoyante des besoins réels de l’humanité et de la planète.
Nourrir le monde est une chose, mais le fournir à la fois en aliments, en énergie et en matières premières en est une autre.

La voie raisonnable d’avenir se situe dans le juste milieu, comme c’est très souvent le cas. Et dans le cas de l’agriculture, le juste milieu se situe dans une production intensive, mais respectueuse de l’environnement et du consommateur, qui ne refuse pas la chimie de synthèse par pur dogmatisme, mais choisit toutes ses pratiques de production pour leur combinaison d’avantages techniques et agronomiques d’une part, et leurs effets minimes sur l’environnement et la santé, ainsi que l’économie des ressources d’autre part.

Image personnelle 

Cette agriculture existe déjà. Elle évolue en permanence, s’améliore de jour en jour, mais n’a pas une vraie reconnaissance politique et sociale car elle ne refuse pas la chimie de synthèse. Elle s’appelle agriculture de conservation pour les cultures annuelles céréalières et industrielles, et agriculture intégrée (ou agriculture raisonnée) pour les cultures pérennes et le maraichage. Mais elle n’est pas considérée comme politiquement correcte, et se retrouve placée par la société civile au même niveau que l’agriculture industrielle ou même que le productivisme agricole issu de la Révolution Verte, telle qu’elle était pratiquée dans les années 60.
Elle n’a pourtant rien à voir, et se rapproche beaucoup plus de l’agriculture biologique que de l’agriculture industrielle.
Mais elle a le tort de ne pas se plier au dogme et doit donc être gardée sous silence.
Les gardiens de ce dogme sont en particulier les grandes ONG environnementalistes, avec l’appui, déclaré ou non, de nombreuses personnalités de la politique, du spectacle, de la cuisine et du journalisme, et n’acceptent pas ce qu’ils considèrent comme une déviance.
« Il est difficile d'accepter la vérité lorsque les mensonges étaient exactement ce que tu voulais entendre » (citation d’origine inconnue trouvée sur le web).

L’agriculture biologique garde sa place dans ce panorama agricole de l’ère post-pétrolière, pour servir un public exigeant, plutôt fortuné, et plutôt urbain. Elle reste aussi une source importante d’évolution et de recherche de solutions nouvelles. Le fait de ne jamais pouvoir avoir recours à certaines solutions oblige à inventer, à imaginer. L’agriculture biologique, sous toutes ses formes, est un excellent laboratoire de progrès.

Mais l’agroécologie est à la fois une décision d’agriculteur et une orientation politique.
Les pays qui s’y intéressent, ou qui ont déjà choisi d’en faire un objectif socio-économique, doivent savoir prendre des décisions progressives.
Personne ne doit jamais oublier que l’agriculture n’est pas une personne.

L’agriculture est un tout, un ensemble de personnes, d’entreprises et d’activités interdépendantes, souvent fragiles, qu’il convient de faire évoluer progressivement et avec l’accompagnement nécessaire afin de ne pas les fragiliser davantage.

Les pays qui sauront préparer correctement cette ère post-pétrole ont un brillant avenir devant eux.

Encore faudra-t-il arriver à ce moment crucial avec une agriculture en bon état, capable de répondre à ces nouveaux enjeux.

Image : https://image.freepik.com/photos-libre/paysage-rural-en-ete-la-rioja_1398-4757.jpg

mardi 1 mai 2018

129- Naturel vs synthétique -7- Bilanophos vs Glufosinate


BILANAPHOS VS GLUFOSINATE

Il y a environ 2 ans, je publiais un article sur cette même comparaison, mais sous un angle différent (http://culturagriculture.blogspot.com.es/2016/01/66-protection-des-plantes-4-aux.html).

Il me parait intéressant de le reprendre sous l’angle de l’opposition entre naturel et synthétique. Nous avons vu dans des articles antérieurs que cette différenciation est parfois à la limite du raisonnable. Cet exemple le démontre une fois de plus.

Cette fois, il s’agit d’un herbicide. C’est d’autant plus intéressant que le problème de la maitrise des herbes nuisibles aux cultures est une des grandes difficultés de l’agriculture biologique.
Je n’aime pas la dénomination « mauvaises herbes », car ces plantes ne sont pas mauvaises, elles ont juste le tort de pousser là où l’agriculteur ne veut pas qu’elles se trouvent, et où elles peuvent nuire à la culture.



« Comment produire un herbicide naturel par Andrew Kniss* (6 janvier 2016)


Il y a plus d'un an, j'ai produit un article sur un herbicide « maison » à base de sel, de vinaigre et de savon à vaisselle.

« Beaucoup d'entre vous l'ont probablement vu affiché sur Facebook, Twitter, Pinterest, ou sur votre site de jardinage préféré. Une de mes descriptions préférées l'appelle une "potion herbicide magique, naturelle". »

Cette potion particulière tue certainement les mauvaises herbes, mais elle n'est pas naturelle (et elle n'est certainement pas sans produits chimiques). Elle contient du savon à vaisselle et du vinaigre, les deux étant synthétisés industriellement ; elle n'est donc pas naturelle au sens de la plupart des définitions du mot. C'est décevant, parce que les gens rêvent vraiment d'un désherbant naturel. Ils veulent détruire les mauvaises herbes autour de leur maison et dans leur jardin, mais ils n'aiment pas l'idée d'utiliser un pesticide de synthèse. La plupart des gens (moi y compris) préféreraient utiliser quelque chose de naturel, toutes autres choses étant égales par ailleurs. Malheureusement, il y a très peu de produits vraiment naturels qui sont des herbicides efficaces.

Cela étant dit, je tiens à vous présenter une substance chimique fascinante dénommée bilanaphos. Au début des années 1970, le bilanaphos a été découvert de façon indépendante par deux laboratoires différents, l'un en Allemagne et l'autre au Japon. Les deux groupes ont isolé cette substance chimique à partir de bactéries Streptomyces : S. viridochromogenes en Allemagne, et S. hygroscopicus pour le groupe japonais. Le bilanaphos est produit naturellement par ces bactéries naturelles. Donc, au sens d'à peu près toutes les définitions, le bilanaphos est naturel.

Les scientifiques d'Allemagne et du Japon ont très tôt trouvé que le bilanaphos avait des propriétés herbicides fortes ; quand il était appliqué sur les plantes, celles-ci mourraient. Après une étude plus approfondie, les scientifiques du groupe allemand ont déterminé que seule une partie de la substance chimique bilanaphos complète était nécessaire pour l'activité herbicide. En fait, lorsque le bilanaphos pénètre dans la plante, environ la moitié de la molécule est rapidement coupée, ce qui laisse subsister une petite molécule – la phosphinothricine. C'est cette molécule plus petite qui joue le rôle de l'herbicide dans la plante.

Lorsque la substance naturelle bilanaphos (à gauche) entre dans la cellule de la plante, la plante supprime deux résidus alanine, laissant subsister la phosphinothricine (à droite). La phosphinothricine a une activité herbicide dans la plupart des plantes, en inhibant l'enzyme glutamine synthétase.



Nous avons donc une substance naturelle (bilanaphos) qui est convertie naturellement par les plantes en une autre substance (la phosphinothricine) qui agit très efficacement comme un herbicide. Et il se trouve que certaines espèces de Streptomyces produisent aussi naturellement une petite quantité de phosphinothricine. Cela ressemble beaucoup à un herbicide naturel, non ? Pas si vite…

La phosphinothricine (mieux connue aux États-Unis comme glufosinate [en France, glufosinate ammonium]) est largement utilisée aujourd'hui comme herbicide. Elle est la matière active des herbicides comme Rely (principalement utilisé dans les vergers et les vignes aux États-Unis) et Liberty (le plus souvent utilisé en conjonction avec les cultures Liberty Link), [et Basta en France]. Mais même si le produit chimique se trouve à l'état naturel et a été découvert par extraction à partir de bactéries d'origine naturelle, l'herbicide commercial est produit par voie de synthèse. Donc, on ne le considère pas comme un herbicide « naturel ».

L'histoire de la phosphinothricine, bien que très intéressante, n'est pas unique. Un grand nombre de scientifiques du monde entier explorent la nature à la recherche de nouveaux produits chimiques qui ont des propriétés utiles, antibiotiques, pesticides ou autres. Les scientifiques de l'USDA estiment qu'entre 1997 et 2010, environ 69% des nouvelles matières actives de pesticides enregistrées par l'EPA étaient soit des produits naturels, soit des produits de synthèse dérivés de sources naturelles (comme la phosphinothricine) ou de nature biologique. Par exemple, un autre herbicide couramment utilisé sur le maïs a été découvert après une première observation du fait que peu de plantes pouvaient pousser sous un buisson de Callistemon dans un jardin. Mais les herbicides constituent en fait la fraction la plus petite (moins de 7%) de ces nouveaux pesticides d'origine naturelle ; environ 30% des matières actives des nouveaux insecticides et fongicides sont soit des substances naturelles, soit des substances dérivées de produits naturels.


Actuellement, la FDA a du mal à définir le mot «naturel» sur les étiquettes alimentaires. C'est un terme de marketing souvent utilisé sans définition claire. Il peut être encore plus difficile à définir en relation avec les pesticides. Comme le montre l'exemple de la phosphinothricine, les limites entre le naturel et le synthétique peuvent rapidement devenir floues. Est-ce naturel parce que ça se trouve dans la nature ? Ou faut-il extraire la substance physiquement de la nature pour pouvoir être considéré comme naturel ?

La distinction « naturel ou non » peut nous distraire de ce qui est vraiment important dans le débat sur les pesticides. Si la substance est structurellement la même, le produit d'origine naturelle et les versions produites par synthèse partageront les mêmes propriétés. Les propriétés de la substance sont beaucoup plus importantes, à mon avis, que la source de la substance. Le pesticide est-il sans danger pour les applicateurs et l'environnement ? Est-il dégradé rapidement dans l'environnement en produits non toxiques ? Si oui, alors je me préoccupe bien moins de savoir s'il est naturel ou non, quelle que soit notre définition de « naturel ».

Mais il y a des questions liées à la source du produit qui peuvent être importantes. En particulier, lequel a l'impact le plus important : la synthèse dans un laboratoire ou l'extraction à partir de sources naturelles ? J'entends rarement des discussions sur cette question, bien que ce soit là l'une des questions les plus importantes liées aux produits naturels (à condition qu'ils soient considérés comme sûrs). Si nous pouvons extraire efficacement une ressource renouvelable de la nature, et éviter les dépenses liées à l'énergie et aux combustibles fossiles de la production par voie de synthèse, alors un composé produit naturellement me semble être plutôt une bonne chose. Mais si extraire quelque chose de la nature signifie que nous aurons un plus grand impact négatif sur l'environnement que la production en usine, alors, s'il vous plaît, donnez-moi la version de synthèse.


Références :

Hoerlein (1994) Glufosinate (Phosphinothricin), A Natural Amino Acid with Unexpected Herbicidal Properties. p 73-145 in  Reviews of Environmental Contamination and Toxicology (Vol 138)

Dayan et al. (2011) Rationale for a natural products approach to herbicide discovery. Pest Management Science. 68:519–528

Cantrell et al. (2012) Natural Products as Sources for New Pesticides. Journal of Natural Products. 75:1231-1242.

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* M. Andrew Kniss est Professeur d'écologie et de gestion des mauvaises herbes à l'Université du Wyoming. »


L’idéologie de l’agriculture biologique oblige à n’utiliser que des pesticides d’origine naturelle. Pourtant des dérogations existent, en fonction des possibilités de certaines molécules, de la manière de les utiliser, ou des besoins des agriculteurs qui parfois justifient des entorses soigneusement gardées sous silence, au moins vis-à-vis des consommateurs.

On a parfois du mal à comprendre pourquoi certaines molécules, produites de manière totalement industrielle (comme la deltaméthrine qui est un pyréthroïde de synthèse) sont acceptées en bio. D’autres, tout à fait comparables dans leur processus de fabrication, tout en étant de simples copies de molécules d’origine naturelle, ne le sont pas, comme c’est le cas de l’azadirachtine, naturellement produite par l’arbre de neem, et principale molécule active de tous les pesticides bio à base d’huile de neem.
Par contre, les phéromones utilisées en agriculture biologique, comme en conventionnelle, sont des produits de fabrication 100% synthétique, qui sont des copies des phéromones naturellement émises par les insectes. Là il n’y a pas de problème. Il est vrai que ces produits ne sont pas pulvérisés sur les cultures. Mais ils flottent dans l’air jour et nuit durant des mois, et se déposent forcément sur les produits qui seront des aliments.
On peut également se demander par exemple, pourquoi le spinosad, produit naturellement par des bactéries (Saccharopolyspora spinosa), et fabriqué à grande échelle par un processus entièrement industrialisé, est autorisé en agriculture biologique, mais le bilanophos également produit naturellement par des bactéries (du genre Streptomyces) ne l’est pas ?


Car finalement, que manque-t-il à l’agriculture biologique pour qu’elle se généralise ?
Des outils, des solutions techniques pour résoudre des problèmes concrets, en particulier au niveau de la protection phytosanitaire.
La plupart des autres problèmes ont des solutions cohérentes (avec un bémol tout de même sur les aspects nutritionnels, qui progressent cependant rapidement), et même souvent d’un coût très raisonnable.
Mais on constate que, s’il est sûr que les conversions à l’agriculture biologique sont de plus en plus nombreuses (rarement par conviction personnelle, mais davantage à cause de la pression sociétale, ou par opportunisme économique), les retours en arrière sont aussi de plus en plus fréquents. La principale cause évoquée par ces agriculteurs sont les problèmes phytosanitaires non résolus qui s’accompagnent de baisses sensibles de rendements ou de baisse de qualité, et au final d’un problème sérieux de revenu pour l’agriculteur.

Car l’augmentation de l’offre de produits bio et leur démocratisation s’accompagnent d’un effet pervers, au demeurant tout à fait prévisible, qui est la baisse des prix, pas forcément à la consommation, mais à l’agriculteur.
Qui dit baisse des prix, dit aussi baisse de revenu, et obligation d’améliorer la qualité (visuelle), donc augmentation du coût de production réel. Car s’il est vrai que la production biologique n’a pas l’obligation de respecter les mêmes critères de normalisation de qualité des aliments que l’agriculture conventionnelle, la réalité évolue petit à petit et les circuits de mise en marché exigent de plus en plus un produit bio et beau à la fois.
Une sorte de retour de bâton qui pourrait être largement évité si on autorisait l’utilisation en agriculture biologique des toujours plus nombreux pesticides synthétiques « copiés de la nature ».

La raison gagnera-t-elle un jour la partie sur le dogme ?


samedi 21 avril 2018

128- Agroécologie -7- L'agriculture, toujours plus verte

AGROÉCOLOGIE - L’AGRICULTURE, TOUJOURS PLUS VERTE.


Bien que le grand public, grâce à un matraquage médiatique incessant, pense le contraire, le rapprochement de l’agriculture conventionnelle et de l’agriculture biologique est évident pour qui s’intéresse vraiment à la question.

Photo personnelle

Après la Seconde Guerre Mondiale, l’agriculture occidentale a abusé de la chimie de synthèse, entrainant progressivement dans son sillage beaucoup de pays en développement. Il ne s’agissait pas d’une volonté délibérée des agriculteurs, mais plutôt d’un conditionnement, et d’une forte volonté politique. C’était l’époque de la Révolution Verte, pleine de bonnes intentions et de conceptions très basiques et parfois erronées.
L’agriculture était un des grands moteurs du développement économique. Le productivisme était à l’ordre du jour. Il fallait nourrir une population avide de confort et de bonne chère après des années de privations. Il fallait aussi faire entrer des devises, donc exporter, et l’agriculture était un des axes les plus évidents.
Les besoins en aliments et en devises étaient énormes, tout comme l’était aussi la méconnaissance des risques, au moins au niveau des usagers (c’était l’époque du DDT tout puissant, présent jusque dans les insecticides domestiques et dans les lotions anti-poux pour les enfants, avec la bénédiction de l’administration sanitaire). A cela, il faut ajouter que le niveau de formation des agriculteurs était généralement très bas.


Progressivement, la recherche a fait (et bien fait) son travail, réalisant de nombreuses découvertes, comprenant toujours mieux le fonctionnement des animaux et des plantes, des sols ainsi que des écosystèmes, et divulguant peu à peu ces connaissances nouvelles.
Bref, le progrès était en marche.

En parallèle à ces avancées agronomiques, les technologies ont progressé à un rythme encore plus rapide. A l’époque du DDT, on ne faisait pas d’analyse de résidus de pesticides sur les produits alimentaires. Ces techniques se sont développées dans les années 70, avec les progrès de l’électronique, et de la chimie. Or le DDT est interdit depuis le début des années 70.
Les premiers équipements d’analyses de résidus étaient capables de mesurer la présence d’une molécule dans des niveaux de 1 mg/kg (1 ppm) ou 1 gramme de molécule chimique dans 1 tonne d’aliment.
Certains produits pouvaient avoir des délais autorisés d’emploi avant récolte de 0 jour. Autrement dit, il était possible de faire un traitement chimique, et de récolter les fruits ou légumes le même jour. Et malgré tout, les analyses donnaient absence de résidus.
Or actuellement, ces mêmes équipements sont capables de déterminer la présence d’une molécule dans des niveaux de 1mg/tonne (1 ppb), autrement dit 1 gramme de molécule chimique dans 1000 tonnes d’aliments, c’est-à-dire un niveau de précision 1000 fois plus élevé.
Ces progrès technologiques ont permis de détecter des aberrations dans les usages autorisés, et d’une manière plus générale dans les législations.
Toutes les législations concernant les autorisations et l’utilisation des pesticides chimiques ont été modifiées en conséquence.


En parallèle, la médecine a également grandement progressé, et on s'est ainsi rendu compte que certaines pratiques ou certains produits, réputés inoffensifs, ne l’étaient pas tant que ça. Autre source de modifications des usages.

Dans le même temps, les recherches réalisées sur l’environnement, et sur l’impact de ces mêmes pratiques, ont permis d’en mesurer les effets positifs, et surtout négatifs.

Toujours durant la même période, l’enseignement agricole a considérablement progressé, et le niveau de formation des agriculteurs est désormais bon, au moins dans les pays industrialisés. Avec cette formation, est venue la réflexion, le raisonnement, l’intégration de l’activité agricole dans son environnement.

Enfin, les progrès technologiques ont aussi affecté de manière très directe l’information, donnant accès à tous les acteurs de la société, à une immense source d’informations. Malheureusement, Internet, véritable révolution en matière de disponibilité des informations, est aussi devenu une gigantesque tribune dans laquelle n’importe qui peut dire n’importe quoi, sans apporter de preuve de ce qu’il dit, tout en recevant une large audience.

Tous ces progrès, réalisés en parallèle, mais sans concertations les uns avec les autres, ont conduit à de nombreux changements dans les législations, dans les préoccupations, dans les comportements.

Pourtant, malgré tous les problèmes détectés a posteriori grâce aux évolutions technologiques et scientifiques, malgré la toxicité avérée de certains produits d’usage courant, l’espérance de vie n’a cessé de progresser dans les pays industrialisés. La qualité et la diversité des aliments proposés contrebalançaient les problèmes occasionnés. Ceci ne veut pas pour autant dire qu’il fallait ne rien changer, bien au contraire. Mais il faut relativiser la gravité de certains problèmes.
Il faut aussi se souvenir, en particulier en ce qui concerne la pollution des sols et des eaux souterraines, que nous continuons de payer, encore aujourd’hui, les conséquences de certaines erreurs vieilles de plusieurs décennies. C’est ainsi que l’on retrouve encore, dans certains sols, des résidus de DDT, plus de 40 ans après son interdiction, mais décomposé sous forme de DDD et de DDE. Il faudra encore plusieurs décennies de plus pour tout disparaisse.
C’est pour cela que les évaluations actuelles sont si strictes, en particulier concernant la dégradation des nouvelles molécules dans les sols et dans l’eau.


Pour en revenir au sujet du jour, tous ces changements ont eu une série de conséquences importantes sur l’agriculture :
-       Les agriculteurs sont actuellement bien formés et sont préoccupés par leur santé, celle des consommateurs et par leur environnement.
-       Les mouvements écologistes se sont développés fortement et, par leur action souvent contestable, ont largement participé à cette prise de conscience, désormais généralisée à toute la société.
-       Les gouvernements ont pris la mesure de la problématique et ont légiféré, tant sur les autorisations de produits chimiques, que sur le contrôle de leur utilisation.
-       Le nombre de molécules autorisées a été drastiquement réduit, avec élimination de tous les produits les plus dangereux, et les niveaux de résidus autorisés ont tous été fortement revus à la baisse. Actuellement, la législation européenne est la plus restrictive au monde, de loin.
-       Les entreprises chimiques ont radicalement changé leurs orientations de recherche, de manière à répondre à ces évolutions, avec comme résultat, l’apparition de produits toujours plus respectueux de l’environnement, de l’usager et du consommateur. Même les plus grandes sociétés de chimie se sont lancées dans la recherche de produits biologiques.
-       La plupart des agriculteurs conventionnels intègrent actuellement dans leurs méthodes et techniques de production, des éléments, toujours plus nombreux, compatibles avec l’agriculture biologique.
-       Certains points restent pourtant non résolus, en particulier les mesures de l’impact réel des pesticides non chimiques, autorisés en agriculture biologique, sur l’environnement, sur l’usager et sur le consommateur. C’est là que la pression médiatique fait mal son travail.


En fait, si on y regarde de près, on se rend compte que l’agriculture conventionnelle a très largement évolué vers une production intégrée (ou raisonnée) pour les cultures ligneuses (productions fruitières, vigne, olive, agrumes, etc.) et pour de nombreuses cultures annuelles, comme le maraichage. Pour d’autres cultures (céréales, coton, cultures fourragères, etc.), l’agriculture de conservation va dans la même direction. Ces deux méthodes et leurs variantes ont incorporé aux pratiques de cultures, de nombreuses techniques plus respectueuses de l’environnement, ont réduit l’usage des pesticides et des engrais, les doses et moments d’application ont été grandement améliorés grâce aux connaissances acquises sur la biologie des cultures, des sols et de l’environnement. Voir par exemple http://culturagriculture.blogspot.com.es/2014/11/32-les-methodes-de-production-4-la.html

Dans le même temps, l’agriculture biologique a également évolué, en particulier grâce à l’arrivée de nouvelles solutions aux problèmes sanitaires et nutritionnels des cultures. Il faut dire que les recherches, publiques ou privées concernant les techniques de protection phytosanitaire et les pesticides non chimiques sont nombreuses.

La protection des cultures reste un enjeu majeur pour les agriculteurs, quelle que soit la méthode de production. Il faut bien reconnaitre que la rentabilité de la culture reste la première préoccupation pour l’agriculteur qui est, avant tout, un chef d’entreprise, dont l’activité doit être non seulement rentable, mais en plus elle doit lui permettre de générer des revenus suffisants pour lui-même afin de faire vivre dignement sa famille.

Photo personnelle

En fait le rapprochement entre ces deux grands courants est rapide, et inéluctable. Je ne crois pas que l’on arrive à une fusion, car l’agriculture biologique refuse certaines orientations, comme les biotechnologies, bien qu’elles soient sans doute la voie la plus directe et rapide vers une disparition des besoins en pesticides, qu’ils soient chimiques, ou non chimiques.

Le bio tend à stagner dans l’évolution de ses techniques (sauf sur la protection phytosanitaire), garde de nombreuses zones d’ombres (surtout dans sa communication), et survit avec de nombreux problèmes actuellement insolubles, en acceptant parfois l’utilisation de certains pesticides synthétiques, en conditions contrôlées. Les aides publiques, nettement plus importantes en bio qu’en conventionnel, participent aussi à son développement. Mais il s’industrialise par nécessité, pour répondre aux besoins d’un marché toujours davantage dominé par les supermarchés.
Le conventionnel se réforme en profondeur, devient chaque jour un peu plus respectueux de l’environnement, des sols, des nappes phréatiques, des consommateurs, bref devient toujours plus vert.
Le consommateur, si courtisé par tout le monde, et largement intoxiqué par une désinformation politiquement correcte et soigneusement orchestrée, finira par s’y perdre. Certains signes montrent qu’il a de plus en plus de mal à faire la différence.

Et ça ne plait pas à tout le monde.
Car qui, parmi les nombreux profiteurs du bio, souhaite vraiment que l’agriculture biologique prenne une grande ampleur? Qui souhaite ce rapprochement et la quasi-disparition des différences ?
Ce serait la mort de la poule aux œufs d’or.
N’y aurait-il pas là une des principales causes des attaques toujours plus nombreuses et toujours plus virulentes contre l’agriculture conventionnelle ?
Allez savoir.

C’est une vision à court terme, capitaliste, de pure gestion économique mais en attendant, les bénéfices engrangés n’en seront que meilleurs, qu’ils soient économiques, ou politiques.

Si les intérêts particuliers et politiques ne prenaient pas le dessus sur l’intérêt public, on devrait en réalité assister à une collaboration entre les deux tendances. Pourtant, on assiste en réalité à un affrontement.

Alors, si j’ose dire, à qui profite le crime?
Ni à l’agriculteur, ni au consommateur, en tout cas.

Image: http://www.mes-ballades.com/77/image-77/77_FAUNE_combat-de-cerfs-faune.jpg